La saison des romances de Noël est arrivée !

Il n’y a pas besoin de passer beaucoup de temps sur les réseaux sociaux pour découvrir que Noël approche dans la romance. Il n’y a qu’à regarder les sorties annoncées en octobre pour voir se bousculer des pulls à col roulé tricotés main avec d’affreux dessins ; des sapins, des boules, du vert (sapin !) et de la neige (qu’on ne verra sans doute plus que dans les romances avec le réchauffement climatique). Je ne détaille pas davantage mais vous voyez certainement ce que je veux dire. Il y a quelques années, les sorties étaient bien moins nombreuses et provenaient toutes des USA. En effet, ce n’est pas du tout une tradition française et dans la romance, ça a longtemps été réservé à l’historique. Il s’agissait souvent de nouvelles, de livres plus courts, parfois liés à un roman précédemment publié et qui permettait de voir le couple de héros fêter son premier Noël. Charmant ! Les thèmes étaient alors particulièrement tournés vers la magie de Noël, le miracle, parfois la naissance. Bref, ces histoires s’inscrivaient dans une tradition chrétienne se référant directement à des éléments religieux comme les douze jours après Noël (Twelvetide) qui désignent la période allant du 25 décembre…

La romance et le piège du mommy porn

L’expression mommy porn a été popularisée au moment de la publication de Fifty Shades of Grey, d’EL James. Le mot qualifie au départ un type de films pornographiques mettant en scène des femmes qui ne sont plus des jeunes filles. Cela se voulait une double insulte pour cette saga au succès énorme. Non seulement, il était un porno, c’est à dire forcément nul en dehors du pouvoir d’excitation qu’il suscitait, mais il était aussi du porno pour « maman », c’est à dire des mères de famille qui meurent d’ennui et ne trouvent pas leur compte d’excitation sexuelle dans les sites dédiés ou les films, plus souvent réservés à un public masculin ; les femmes auraient besoin d’autres choses ; en filigrane, on ajoutait une dernière pique : les femmes, pour être excitées, ont besoin d’un habillage « romantique ». La scène elle-même ne suffit pas, mais ajoutez un peu de « blabla cucul la praline » et cela fonctionnerait. Cette expression a immédiatement contribué à dévaloriser le livre, à l’évacuer, sans se poser du tout les questions de son succès. Cela fonctionnait, car c’était du porno. Que les femmes le lisent en masse, qu’elles admettent qu’une initiation sexuelle sado-maso était parfaitement admissible, était pourtant un fait…

Le contexte américain dans la romance francophone
article/billet d'humeur/analyse / 21 septembre 2020

Pourquoi de nombreuses romances francophones se déroulent-elles aux États-Unis, dans un contexte qui se prétend américain alors que bien souvent, l’histoire pourrait se dérouler à Vesoul, Vladivostok ou Valparaiso, sans que cela ne change quoi que ce soit ? Voilà la question que je me pose très souvent en consultant le résumé d’une romance francophone ou en lisant les commentaires des lectrices dans des groupes ou sur les réseaux. Ce serait apparemment plus glamour, plus sexy. C’est surtout très commun pour les lectrices, nourries aux séries Netflix et autres qui sont très souvent anglo-saxonnes, c’est vrai. Ajoutons que la romance francophone emprunte de nombreux tropes à celle qui vient d’outre-atlantique et vous avez votre réponse. En effet, si vous parlez de romance sportive, il est souvent question de baseball et de football américain. Si ces sports existent chez nous, ce ne sont pas, et de loin, les plus connus et les plus pratiqués. Difficile donc de situer une intrigue ailleurs que dans le pays qui a contribué à les développer et où il y a des équipes et des joueurs vedettes. Il en va ainsi de quelques thèmes, finalement peu nombreux. Pour la plupart, les intrigues pourraient probablement se dérouler…

La dark romance est-elle une romance comme les autres ?

Il me semble qu’il est opportun de revenir sur cette niche de la romance, celle qu’on appelle la dark et qui est souvent présentée par les lectrices comme la vraie romance, pas celle pour tout le monde, puisqu’elle joue avec tabous et limites du supportable. Confidentielle, rarement publiée chez les grands éditeurs (ne vous fiez pas à des titres qui se disent dark romance ou s’intitulent comme ça, ce n’est pas forcément les plus représentatives), la dark romance ne faisait pas vraiment parler d’elle, mais le fait que Netflix ait mis à son programme le premier opus d’une saga polonaise qui emprunte l’un des scénarios les plus anciens de la dark, l’enlèvement et le syndrome de Stockholm, pousse à se réinterroger sur ce genre. La dark romance est un genre qui a la particularité de développer une romance, là où elle ne devrait pas naître. Nous sommes donc aux confins du genre, presque en dehors. – Le premier élément est la violence. Elle est inhérente aux genres et elle s’exerce souvent contre les héros, plus particulièrement l’héroïne. – Le second est des relations sexuelles qui participent à la violence. Elles sont souvent imposées, basées sur la douleur des héros, particulièrement…

La chute d’ Autant en emporte le vent

J’ai lu Autant en emporte le vent très jeune, je devais avoir une quinzaine d’années. J’adorais les romans historiques, je dévorais les livres et je ne le savais pas encore mais j’avais un goût pour les romances. Le contexte de la guerre de Sécession et le couple Scarlett/Rhett m’a envoûtée. Je le trouvais terriblement séduisant, follement ironique et visiblement tellement amoureux d’une jeune femme imparfaite, capricieuse, mais d’une force mentale exceptionnelle, capable de résilience. Il incarnait le héros par excellence. C’est sans doute ma première émotion autour d’une romance. J’avais beaucoup apprécié le contexte de la guerre de Sécession, de ce monde qui s’écroulait, un vieux monde, celui basé sur l’esclavage. Naturellement, je me réjouissais qu’ils perdent cette guerre et j’admirais profondément les soldats du nord qui mettaient fin à cela, dans la violence, certes. Je me souviens avoir lu le livre un été, en quelques jours, et me faire disputer par ma grand-mère parce que je ne venais pas manger quand on m’appelait, scotchée à ma lecture. Ce qui, pour ceux qui me connaissent, est un signe de passion extrême chez moi. L’année scolaire qui a suivi, ma prof d’anglais ( les séries américaines faciles d’accès n’existaient pas, Netflix…

Le cul entre deux chaises…
article/billet d'humeur/analyse / 20 février 2020

Au fil de mes lectures, je tombe de plus en plus souvent sur des livres qui évoluent sur le statut de la femme, qui tentent de coller aux évolutions de la société d’aujourd’hui. Il est impossible d’écrire comme il y a cinq ans, avant les multiples alertes qui ont été données sur le comportements face aux femmes au sein des couples, dans le milieu professionnel, sportif… Mais il est bien difficile aussi de faire évoluer les mentalités et les lectrices de romance ont souvent du mal à remettre en question ce qu’elles aiment. Parce que contrairement à moi (on ne se refait pas !) elles veulent que leur lecture demeure essentiellement fantasmatique et « sans prise de tête », pour « rêver ». J’entends cela très souvent et je peux comprendre mais tout de même, n’est-ce pas un argument un peu facile pour refuser de s’interroger sur certains situations que les romances banalisent à l’extrême ? Les auteures savent tout cela, ont sans doute des opinion sur la question mais tentent, au moins pour certaines d’entre elles de viser un juste milieu qui les entraînent dans des gymnastiques parfois assez ridicules. Je vais développer l’exemple du livre de Sawyer Bennett que je viens de…

La romance, une industrie littéraire

Je lis de la romance depuis très longtemps et je ne peux que constater que la romance est entrée dans son ère industrielle. Pour une fois, je vais peu parler de contenu des livres ni de qualité car il est plus question ici d’un marché économique. Eh oui, un livre est l’œuvre d’un créateur, son auteur, mais il est aussi un objet vendu sur un marché que la surproduction guette. Il ne faut pas se boucher le nez en protestant que tout cela est secondaire, ça ne l’est pas du tout. Écrire est un travail, parfois le seul exercé par l’auteur d’un livre et le livre a un coût de fabrication et de distribution. Le marché du livre s’est massifié de façon générale, il n’y a qu’à voir le nombre de livres publiés au moment des deux rentrées littéraires, celle de septembre et celle de janvier. Mais celui de la romance, c’est un peu différent. Avez-vous compter le nombre de sorties par semaine ou par mois ? Il suffit de consulter un des nombreux blogs ou comptes qui se sont créés ces dernières années autour de la romance pour constater qu’il y a au moins une vingtaine de titres par…

Le Megxit… Digne d’une romance !

Une fois n’est pas coutume, il semblerait que la vie réelle ressemble vraiment à une de nos romances. Je parle bien évidemment du Megxit, ce drama comme seuls nos amis anglais savent en concocter, c’est à dire l’annonce de Meghan et Harry de ne plus jouer leur rôle protocolaire et de vivre une partie de l’année en Amérique du Nord d’où est originaire Meghan. Et de travailler. Vous vous rendez compte, un prince et son épouse qui travaillent ? Il n’y a que dans les romances que l’on croisait des histoires pareilles ! En effet, un des thèmes de la romance est de mettre en scène des princes et princesses. Ce type de héros a longtemps été l’apanage de Harlequin et de sa collection Azur. On inventait des princes de royaumes d’opérette, le plus souvent inspirés par Monaco, parfois des cours scandinaves, bien plus discrètes et simples et plus récemment par la famille britannique. Je pense d’ailleurs que nous devons le renouveau du prince dans la romance au Royaume-Uni et à l’avènement de la génération des enfants de Diana et Charles. Tout le monde se souvient du mariage de conte de fée de William et Kate, celui encore plus conte…

Les clichés de la romance à l’épreuve de notre époque… plus écolo !

Nous le savons tous, la romance est une véritable malle aux trésors aux clichés. Les héros et héroïnes doivent obéir à un certain nombre de critères, du moins c’est ce que l’on pense. Certaines auteures en jouent, d’autres les enchaînent sans sourciller mais il va y avoir quelques changements à faire à l’avenir au risque de voir nos héros devenir très ringards. Imaginons d’abord qu’ils suivent l’air du temps, soient plus adeptes de Greta Thunberg et de Nicolas Hulot que de Donald Trump. Qu’ils soient écologistes mais vraiment. Eh bien quelques clichés vont disparaître. Vous connaissez cette scène fameuse où le richissime milliardaire conduit notre héroïne dans un lieu de rêve dans son jet. Là, ils montent sur un superbe yatch et gagnent des plages paradisiaques dans des hôtels de luxe ou des aménagements somptueux. Je suppose que vous voyez déjà les problèmes… Il y en a au moins trois : – Le jet… aïe, aïe, aïe… Très consommateur de kérosène, rejetant du CO2 dans l’atmosphère, permettant non pas de faire se déplacer de nombreux passagers mais nos deux héros et un équipage restreint. Ils ont tout faux… Un couple aussi populaire que Meghan et Harry souffre de son image…

Mais que se passe-t-il à la RWA ?

La romance, ton univers impitoyable… suite ! Pour comprendre le titre énigmatique de cet article, expliquons déjà ce qu’est la RWA. Il s’agit de la Romance Writers of America. Cette vénérable institution, créée en 1980, réunit les auteures de romance aux États-Unis et organise chaque année une convention fameuse, au mois de juillet où interviennent les écrivaines les plus côtées du genre et au cours de laquelle sont remis les prestigieux RITA Awards, qu’on pourrait appeler les oscars de la romance. Il y a une dizaine de catégories et pendant des années, adhérer à cette association, participer aux conventions (elles sont ouvertes aussi aux lectrices et à qui veut s’y rendre) était l’évènement annuel autour de la romance outre-atlantique. Mais depuis plusieurs années déjà, l’institution a manqué quelques importants coches comme celui de l’auto-édition, de la romance MM, ou celui de ne pas donner un award chaque année à Nora Roberts… Tout doucement, les limites étaient en train de bouger jusqu’à il y a quelques semaines et un scandale qui ne finit pas d’avoir des conséquences. Courtney Milan, une auteure de romances historiques que vous connaissez peut-être car elle a été brièvement publiée en France par Milady, a jeté un…