La New Romance : déclin ou début d’une autre ère ?

Voilà un article qui est le premier qui rebondit sur les échanges que j’ai pu avoir avec des auteures francophones de romance. Une des questions portait sur leur futur et celui de la romance et les réponses concernant celui du genre lui-même, couplées avec quelques réflexions entendues ici ou là, me poussent à me poser moi-même la question. Pour mémoire, la New Romance est un terme inventé (et déposé) par Hugo lors de la sortie du roman de Christina Lauren, Beautiful Bastard dans cette maison d’édition. Le terme permettait d’englober ce mouvement venu d’outre-atlantique. Il s’agissait de romances écrites par des auteures, pour une large part auto-éditées, et qui repoussaient les limites de la romance contemporaine classique. Héros plus jeunes, textes plus sexy, ambiances plus sombres, pour la première fois des textes de pure romance, obéissant aux codes très stricts de ce genre sont sortis du placard dans tous les sens du terme. Ces livres, pour quelques-uns d’entre eux, sont devenus des best-sellers, des phénomènes de ventes discutés ici et là, ont été enfin assumés par la plupart des lectrices. Les Cinquante Nuances, les After, les Beautiful Bastard, les Crossfire ont envahi les librairies, les espaces culturels, parfois les bibliothèques….

La romance francophone prend la parole…

J’ai demandé il y a quelques temps à des auteures francophones de romance volontaires de participer à un petit questionnaire. Plus que de présenter telle ou telle, mon idée est de comprendre un peu qui compose cette romance francophone qui s’est fortement développée il y a quelques années. La croissance a été très forte et rapide, posant sans doute un certain nombre de questions sur qui sont ces femmes (elles restent très, très majoritaires), ce qui les a conduites à se lancer dans l’écriture, ce qu’elles pensent de la romance et de l’édition de ce genre… J’ai reçu une  vingtaine de réponses (22 exactement) et je remercie vivement celles qui ont pris la peine de répondre à ce questionnaire. Je citerai leur nom à la fin de ce billet, mais pas dans l’article lui-même parce que le but est de tirer des idées générales de leurs réponses. Mon but n’est pas de révéler qui dit quoi, ni de soulever la moindre polémique. Toutes ont joué le jeu avec une  sincérité totale, que j’apprécie énormément. Une vingtaine de réponses ne constitue pas évidemment un panel suffisant pour tirer des conclusions définitives mais cela demeure très instructif, je pense. Ces auteures viennent…

Le prestige de l’uniforme ou la military romance

Voilà un genre relativement peu répandu en France, parce qu’il est peu traduit et est encore (mais c’est en passe de changer) peu choisi par les auteures francophones. La romance militaire est née, comme tous les autres sous-genres, aux États-Unis, et propose de montrer des héros, surtout des hommes d’ailleurs, membres des forces armées. C’est un genre relativement ancien qui semble être une source inépuisable de romances avec des héros dans tous les sens du terme, personnages principaux de l’histoire et dotés de caractéristiques morales qui forcent le respect. La romance historique a mis souvent en scène des militaires que ça soit dans la Régence britannique ou dans d’autres époques où la guerre faisait partie du quotidien des Occidentaux. Dans la romance contemporaine, ce n’était plus si évident. Parler des conflits, du rôle des militaires, dans sa propre époque, c’est forcément choisir un camp, parler d’un quotidien peu glamour, celui de violences, de morts, d’horreurs… La romance n’aime guère cela et c’était déjà vrai il y a quelques années. Puis, dans les années 90, ont commencé à apparaître des romances militaires contemporaines. Il y en a eu avant mais elles étaient relativement rares. Il en existait deux sortes : celles…

Les scènes « FacePalm » de la romance – Épisode 1 : le malentendu

Ce titre mérite une petite explication et mise au point dès le départ ! La romance est bourrée de clichés, c’est comme ça, mon but n’est pas de les démonter, il y a bien assez de moqueurs qui s’en chargent mais de mettre le doigt sur les énormités que les auteures de romance s’autorisent parfois. En effet, à force de lire certaines scènes, elles deviennent légitimes ou normales alors que c’est tout de même difficile à avaler ou très stupide. Un des exemples est la coïncidence, ou plutôt les coïncidences : le héros et l’héroïne se retrouvent à plusieurs reprises face à l’autre dans une grande ville, sans se concerter. Moi je veux bien mais cela n’arrive pas souvent dans la vie, et pas plusieurs fois surtout. C’est ce qui me fait lever les yeux au ciel parfois en lisant. Deuxième point, il m’arrive de tomber sur l’une de ces scènes et de l’apprécier ! Parce que je suis de mauvaise foi ? Sans doute… Mais aussi parce que certaines auteures parviennent à vous convaincre que cette scène a été inventée par elles et n’a rien à voir avec les énormités écrites par les autres. Cela s’appelle le talent pour…

Tropes et clichés: la romance a t-elle déjà tout dit?

Le question-titre de cet article a une réponse apparemment très simple : tout a été écrit d’ores et déjà et depuis très longtemps. La romance, comme d’autres genres, comporte un nombre limité de sujets qui ont tous été abordés. La proportion de chance qu’une auteure aborde un thème qui vous est totalement inconnu est très faible. C’est un reproche très souvent fait à la romance de façon un peu injuste car d’autres littératures de genre ont exactement le même fonctionnement. Dans le roman policier, vous avez droit au thriller psychologique, au polar très noir avec serial killer… C’est exactement la même chose et cela ne suscite pas spécialement de reproches de la part des lecteurs ou du monde de la critique en général. Si tout a été écrit, à quoi bon continuer, me direz-vous? Ou alors pourquoi se donner du mal puisque de toute façon on reprochera à l’auteure d’aborder un thème bien connu ? Avant de répondre à ces questions, revenons sur ce qu’on appelle en langage un peu savant, les tropes. La romance en a quelques-uns qu’on pourrait s’amuser à lister mais ça serait fort ennuyeux. Un trope est en fait une situation de la romance, donc de…

De l’influence de la romance anglo-saxonne…

La romance contemporaine que nous connaissons aujourd’hui est née outre-atlantique il y a déjà pas mal de temps. Ce genre hyper codé, fait de tropes qui reviennent en boucle a été créée par des auteurs qui sont toutes de langue anglaise dans tous les sous-genres. En France, la romance est véritablement entrée à la suite des succès de la série Cinquante Nuances de Grey et de celle de Sylvia Day. Bien entendu, la romance existait déjà mais elle était dans l’immense majorité des cas traduite. Cela reste le cas aussi mais il a émergé une version française qui, selon moi, reste très influencée par celle qui vient des USA et en a adopté les tropes et beaucoup d’autres caractéristiques sans un recul énorme. Cela n’a rien de négatif en soi. Il n’est pas nécessaire de réinventer la poudre lorsque la formule fonctionne bien mais le constat s’impose. Les contextes et les localisations des romances écrites par des francophones demeurent souvent très anglo-saxonnes. Une auteure peut être francophone mais va choisir de situer sa romance ailleurs. Volonté d’exotisme ? De coller à toutes les romances traduites que l’on connaît ? Les auteures comme les lectrices invoquent souvent le côté peu glamour…

Romance, orgasmes et contes de fées.

Il fallait bien un jour ouvrir ce sujet… Car qui dit romance contemporaine, New Romance, dit relations sexuelles plus ou moins explicitement décrites. Cela fait encore beaucoup ricaner les gens qui se moquent de la romance. On se rappelle du terme mummy porn, de cette façon de dire que la fonction unique de la romance est de venir satisfaire le besoin d’excitation de lectrices frustrées. Il est bien évident que c’est plus que cela mais il y a eu dans cette façon de montrer des femmes qui ont une sexualité plus ou moins assumée, qui s’épanouissent dans une relation amoureuse auprès d’un héros de rêve, une volonté d’associer sexe et femme comme rarement dans la littérature. Les mots-clés ici sont : « épanouir » et « rêve ». Car, en effet le sexe entre les héros de romance est présenté comme extraordinaire, au top, indépassable. Il est impossible qu’il en soit autrement, ce n’est même pas un débat. Comment imaginer un héros au zizi de taille modeste, qui aurait de temps à autre, des soucis d’érection, voire d’éjaculation précoce et qui aurait besoin d’un GPS pour trouver le point G de sa partenaire, notre héroïne ? Je suppose que vous venez d’éclater de rire ou…

Le retour du Prince Charmant dans la romance…

Il a longtemps été présent dans nos romances, directement inspiré des contes de fée qui sont parfois des romances elles aussi. Mais par définition, le Prince Charmant évolue en fonction de son époque. Il a été un noble chevalier en armure étincelante au départ et il est devenu l’homme idéal de son temps ensuite. Depuis quelque temps, il a été un peu occulté par l’anti-héros, le bad boy qui l’est si peu d’ailleurs qu’il peut rapidement revêtir les atours du Prince. Mais il semblerait que le Prince Charmant revienne et qu’il incarne sans doute un peu plus l’idéal masculin des lectrices et auteures. Comme souvent quand je parle de romance, je souligne le côté fantasmatique de cette lecture ainsi que l’identification à l’héroïne. Depuis quelques mois, quelques années pour les plus précoces, se dessine un homme nouveau qui prend en compte en fait les réalités des évolutions récentes : l’égalité homme/femme, le respect dû aux femmes fait que certains héros marquent le pas aujourd’hui. S’ouvre alors peut-être le règne du Prince Charmant version fin des années 2010. Alors quelles sont ses caractéristiques ? Deux romans que j’ai lus récemment en donnent un bon exemple : In Harmony d’Emma Scott et…

Héroïne de romance, un métier difficile.

J’ai très souvent parlé des héros de romance car, leur rôle est fondamental, ne nous le cachons pas… C’est lui fait rêver avec ses qualités surhumaines. Mais l’héroïne a une fonction différente et elle doit aussi être particulièrement parfaite. Son rôle est un peu ambigu : elle est moins intéressante car le héros est celui auquel les lectrices veulent absolument s’attacher ; mais l’héroïne est aussi celle en qui la lectrice s’incarne le plus. Dans la romance, c’est un phénomène très classique, la lectrice s’imagine plus ou moins (parfois, très peu, parfois, beaucoup) être à la place de l’héroïne. Donc son importance n’est pas négligeable et il y a des caractéristiques qui plombent gravement l’opinion qu’on a du personnage principal féminin. Alors qu’attend-on de l’héroïne quand on ouvre une romance ? Qu’est-ce qui la caractérise ? C’est une jeune femme ordinaire : eh oui… le héros est parfois super riche, un super sportif, il est super beau, super bon au lit, il est super bad boy tatoué… et l’héroïne est une fille ordinaire ? Forcément… Si vous voulez que l’identification soit possible, vous prenez un risque ne mettant une femme magnifique, aux mensurations parfaites, mannequin à ses heures, quand elle…

Tu ne tromperas point, premier commandement de la romance.

La romance a fait exploser pas mal de carcans ces derniers temps, mais il reste quelques tabous difficiles à secouer pour des raisons impossibles à vraiment expliquer. L’un d’eux est l’adultère ou l’infidélité. Je suppose que même lire ces mots dans un article parlant de romance fait dresser les cheveux de certaines. Alors, parlons un peu d’infidélité dans nos romances contemporaines. Première remarque, elle existe bel et bien mais est toujours présentée comme une épouvantable trahison perpétrée par l’ex de l’héroïne (cas le plus fréquent) ou du héros (cela arrive plus rarement car comment convaincre alors qu’il est l’idéal masculin si au moins une femme en a douté ?) Cela donne des scènes d’entrée dans les romans où l’héroïne raconte souvent sur le mode tragi-comique son arrivée impromptue chez elle et la découverte en pleine action de son homme avec une autre femme : sa meilleure amie (double trahison), sa sœur (là, ça frise l’excommunication), sa secrétaire/assistante (très) personnelle/collègue (plus jeune, avec une taille de bonnets de soutien-gorge inversement proportionnelle à la quantité de ses scrupules). C’est la situation par excellence permettant de montrer la revanche sur la vie que prendra l’héroïne en trouvant, plus beau, plus doué au lit,…