La romance, le féminisme et la place des femmes… et des hommes

Il y a un an le monde était secoué par l’affaire du producteur de cinéma américain, Harvey Weinstein. Accusé d’agressions sexuelles par plusieurs actrices, il est poursuivi en justice et les conséquences de l’affaire, au-delà du personnage sinistre de Weinstein, sont énormes dans des milieux divers et variés sortant de Hollywood, touchant des milliers de femmes qui ont toutes révélé avec le hashtag MeToo qu’elles avaient été concernées par une forme d’abus, la plupart du temps sans que rien ne soit révélé. La romance parce qu’elle parle de relations amoureuses et de femmes est aux premières loges, d’autant plus que beaucoup de livres hyper connus mettaient en avant des relations à la limite de la relation non consentie et que la plupart des livres gardaient un silence assourdissant sur les abus. Beaucoup ont parlé du viol, de violence conjugale, parfois de façon remarquable mais c’est plus dans les comportements jugés normaux, acceptables que se situait le problème pour moi. Toutes ces héroïnes qui tombent amoureuses d’un homme abusif qui ne change que parce que l’amour est magique et transforme le beauf absolu en prince charmant, m’interpellent. Si pendant longtemps, la romance a revendiqué le droit au fantasme, cela me paraît…

Les auteurs hybrides et l’édition 2.0

Pour une fois, je ne vais pas m’attacher à parler uniquement de la romance et de ses auteurs, mais de façon plus générale, des écrivains et de l’édition puisque le terme d’auteurs hybrides qualifie surtout leur statut éditorial. Comme beaucoup de supports culturels, le livre a subi (le terme n’est pas péjoratif pour moi) le déferlement des réseaux sociaux, la dématérialisation des supports, l’uberisation aussi et le piratage. Tout cela a secoué le marché du livre, du cinéma, de la télévision… Il est fini le temps où il suffisait de proposer une offre au public et clients et de voir comment cela prenait dans le public. Il s’est produit plusieurs mouvements en même temps auquel il faut ajouter, dans le domaine de la littérature, une revendication des auteurs protestant contre la faiblesse de leur rémunération par rapport à d’autres intervenants dans le processus d’édition d’un ouvrage. Pour mieux comprendre, rappelons ce qui se passait presque uniquement il y a encore très peu de temps. Un auteur écrivait son livre, envoyait son manuscrit à un éditeur ou plutôt à plusieurs puis croisait les doigts en espérant qu’il serait « dans la ligne éditoriale » de la maison, que son livre plairait et que…

Un sujet tabou dans la romance : l’avortement

Voilà un sujet, grave, que j’ai déjà abordé mais qui me paraît très important car l’actualité récente a remis sur le devant de la scène un débat qui semblait derrière nous, celui de l’avortement. Pour mémoire, Simone Veil qui a porté cette loi dans les années 70 s’est éteinte il y a peu de temps et beaucoup ont rappelé l’importance du combat qu’elle a mené dans ce domaine. Mais très récemment, le président du syndicat des obstétriciens a insisté sur le fait que la clause de conscience devait être maintenue car il est fondamental qu’un médecin puisse refuser d’effectuer un avortement, ce qui est pour le moins édifiant sur les difficultés que peuvent rencontrer certaines femmes dans leur démarche pour un avortement. Le pape, il y a encore moins de temps s’est fendu d’une petite phrase comparant l’IVG à un recours à un « tueur à gages ». Quel rapport avec la romance me direz-vous ? Il est évident, pour moi… Il se trouve que j’ai lu récemment une romance, sympathique au demeurant, dans laquelle l’héroïne a été victime d’un viol et a souhaité garder son bébé. Comme toujours dirais-je. Dans nos romances, un bébé est toujours une bénédiction quelles que soient les…

Romance et sexe protégé : une longue histoire

Le sujet du préservatif et de la protection durant les rapports sexuels a toujours été délicat dans la romance, du moins depuis l’épidémie de SIDA des années 80. Cela peut étonner de prime abord car le préservatif fait vraiment partie de la sexualité des gens des années 2010 et revenir sur le sujet peut paraître un peu superflu. Pourtant, la romance a toujours, encore à l’heure actuelle, un rapport curieux à ce sujet. Tout d’abord, rappelons que pendant une très courte période nommée par Françoise Giroud la parenthèse enchantée, coucher avec une personne qui n’est pas un conjoint officiel (et fidèle ; oui je sais, il y aurait beaucoup à dire…) a semblé plus facile et sans danger. Cette période s’étale de la fin des années 60 au début des années 80, c’est à dire de la démocratisation de la pilule à la découverte du virus du SIDA. Ajoutez à cela, l’existence des antibiotiques qui ne faisaient plus autant craindre les infections sexuellement transmissibles (IST) et vous comprendrez que cette période paraît bénie. Mais courte, très courte. Dès les années 80, le SIDA est là, sans remède au départ et la seule façon de se protéger est alors le port…

La romance historique, déclin ou début de renouveau ?

Il fut un temps où la romance historique triomphait de tous les autres genres et où les plus grands noms du roman d’amour en écrivaient une. Les premières stars de la romance étaient d’ailleurs des auteures d’historiques. On peut citer Kathleen Woodiwiss, Georgette Heyer ou Barbara Cartland et si l’on veut rester en français, rappeler que Anne Golon et son époux en créant Angélique et la longue série qui en a découlé était bien une auteure de romance. Il a existé aussi de grandes sagas entre romance et roman historique sous la plume de Colette Davenat ou de Juliette Benzoni, pour ne citer qu’elles. La romance historique a très vite acquis un style bien à elle, explorant l’histoire mais mettant une histoire d’amour au cœur de l’intrigue comme le veut la définition du genre. Les éléments purement historiques avaient tendance à être un peu laissés de côté, si l’on veut être tout à fait honnête. La lectrice de romances historiques se moquaient globalement de l’exactitude de l’époque évoquée. Bref, cela fonctionnait très bien et jusque il y a cinq ou six ans, c’était le genre le plus en vogue, même si quelques auteures s’exprimaient dans la romance contemporaine aussi (Lisa…

Les RITA ou les oscars de la romance en 2018

Les RITA sont les oscars de la romance. Ils sont décernés chaque année lors d’une conférence de quelques jours qui a lieu l’été dans une ville américaine par la RWA (Romance Writers of America). Cette année c’était à Denver le 19 juillet.Contrairement à d’autres récompenses, les RITA sont  le résultat du vote de professionnels de la romance, des éditeurs, des auteurs… Le public n’y participe pas. C’est l’opposé de Goodreads, un site répertoriant les avis de lecteurs. Eux aussi décernent des récompenses, mais dans de nombreux genres et après un vote des lecteurs. Les RITA, c’est une vénérable institution créée au tout début des années 80 à Houston. Il y a eu à l’époque, prise de conscience que la romance n’avait aucune représentation. Le genre qui est alors en pleine explosion sous la forme que l’on connaît aujourd’hui, souffre d’une absence de reconnaissance et de mise en avant. C’est également purement américain. Chaque état dispose d’une antenne locale de la RWA. Cela permet d’organiser des rencontres avec le public très régulièrement, des conférences et hormis le fait qu’il y a une cérémonie pour distribuer les récompenses, de nombreuses auteures interviennent lors de conférences souvent passionnantes sur la romance, sur un…

Quoi de neuf dans la romance anglo-saxonne ?

La romance que nous lisons aujourd’hui est née aux États-Unis, il y a quelques années. Pour le moment, une large partie des contextes, tropes, idées exploitées sont encore influencées par ce qui est inventé outre-atlantique qu’on le veuille ou non, tout d’abord parce que une partie (infime) de ce qui st publié là-bas est traduit chez nous et aussi, parce que beaucoup de nos auteures, elles-mêmes nourries par ces livres sont très influencées par cette production. Alors lorsqu’on veut savoir ce qui change, observer la romance américaine, voire britannique ou australienne garde de son intérêt. Dans un article précédent, j’avais évoqué le fait qu’il y a une sorte de saturation du marché de la New Romance donnant l’impression d’une uniformisation qui conduit à une certaine lassitude : beaucoup de lecteurs ont l’impression de lire la même chose depuis plusieurs années, ce qui est d’ailleurs assez exact. Je ne reviendrai pas sur la naissance de cette forme de romance il y a quelques années, sur le fait qu’un certain nombre de thèmes, de types de héros ont été mis à la mode il y a quatre ou cinq ans et que depuis, nous lisons toujours la même chose. Prenons l’exemple du…

Mes auteures fétiches : Anne Stuart

L’avantage de lire de la romance depuis longtemps est d’avoir déjà découvert beaucoup d’auteures mais certaines marquent plus que d’autres leur genre et notre mémoire. Anne Stuart est pour moi une de celles qui m’a le plus impressionnée par l’audace de ses écrits. Elle a bousculé beaucoup de limites de la romance sans qu’on s’en souvienne forcément aujourd’hui. Anne Stuart est une dame mûre maintenant qui n’écrit plus guère. Elle a publié ses derniers grands succès dans les années 2000 après une carrière bien remplie, surtout dans les années 80 et 90, dans des genres variés comme la romance contemporaine, historique ou le romantic suspense. À chaque fois, elle surprend par l’audace de ses choix , tout particulièrement de ses héros, qui ont toujours des caractéristiques qui tranchent avec ceux des autres. Elle est aussi la créatrice, sans le savoir, de la dark romance en jouant beaucoup avec les limites. Ses héros sont sombres, jamais des princes charmants voire carrément pires. Elle était un peu en avance sur son temps. En France, elle a été traduite par J’ai Lu essentiellement, ainsi que par Harlequin. Enfin, elle a publié quelques romances paranormales (quand c’est devenu la mode dans les années 2000)…

Le métier d’éditeur

Je ne le fais que rarement mais je vais mélanger mes deux casquettes, celle d’éditrice et celle de blogueuse. Je lis sur les réseaux sociaux ou j’entends de telles énormités sur ce métier que je me sesn un peu obligée d’en donner ma version. J’ai fait une intervention aussi auprès d’élèves à ce sujet et il me semble qu’ils étaient bien plus réceptifs que beaucoup d’auteurs que je côtoie sur ce que je fais !  Avant de commencer, je préciserai que ce que je vais décrire est MA façon de travailler, que je ne sais pas si cela se passe ainsi ailleurs, ni si c’est bien ou pas. Mais cela me convient. Premier point, ce métier comme quelques autres, donne cette impression que contrairement à un neuro-chirugien ou un spécialiste de physique nucléaire, il est accessible à tout le monde et que derrière son écran, il est très facile de penser qu’on peut le faire et bien mieux que beaucoup. Je suppose que les étudiants qui passent des masters d’édition et tous les gens qui exercent ce métier depuis longtemps sourient en coin et seront d’accord avec moi pour dire que, non, cela ne s’improvise pas et que les avis…

Les scènes « Facepalm » de la romance – Épisode 2 – le frère, chaperon de sa sœur

Me voilà de retour avec une scène très fréquente qui devient parfois l’entier sujet d’un roman : la relation ô combien choquante d’une jeune femme avec le meilleur ami de son frère. Pour être très franche, pour moi il s’agit d’un sujet qui me fâche bien plus que la stupidité d’un personnage ou d’un rebondissement facile et simpliste que la romance utilise parfois sans vergogne. Car, faire reposer une partie ou la totalité d’une histoire là-dessus pose quelques questions. Tout d’abord, établissons quelques faits: Le héros et l’héroïne sont majeurs, des adultes consentants, au moment où l’histoire d’amour se développe vraiment même si cela a commencé avant. Ainsi, il n’est pas rare de voir une jeune femme mineure développer un crush sur l’ami de son frère, plus âgé, plus sexy que les garçons de son âge. Le héros n’est pas un pervers qui fantasme sur la sœur de son frère, petite fille. Le héros n’est pas un criminel, un repris de justice, un mec dangereux qui se livre à des activités répréhensibles. Il est parfois dragueur et pas toujours classe avec les filles mais c’est à l’héroïne de se dire que ce genre de types ne l’intéresse pas. Et l’on…