La romance : vers une surproduction ?

Je lis beaucoup en anglais, la version originale pour beaucoup de romances. Vous ne le savez peut-être pas mais la majorité des sorties se fait le mardi donc je passe toujours un temps le week-end pour repérer ce qui m’intéresserait éventuellement, sur des blogs américains que je suis depuis plusieurs années pour la plupart. Je viens de le faire et mardi, sur l’un d’entre eux, aestas.bookblog.com, une seule parution est annoncée et une unique autre pour le reste de la semaine… Ce n’est pas un fait isolé, seulement un peu plus prononcé que d’habitude. Mardi dernier, il y en avait cinq. À titre de comparaison, toujours sur le même blog, il y a dix-huit mois (j’ai encore mes notes manuscrites avec les titres relevés), il y en avait une quinzaine chaque mardi et quelques autres pour le reste de la semaine. Peut-on en déduire que la romance est en train de diminuer la fréquence de ses parutions ? Pas du tout. Si on compte le nombre de sorties, on doit être sur le marché en anglais à une centaine de titres par semaine. Ce chiffre est le résultat de mon évaluation personnelle donc n’a rien de scientifique mais je peux…

La romance francophone: Comment tout a commencé… Épisode 2

Voilà la seconde partie des réponses à un petit questionnaire que j’ai envoyé à 22 auteures volontaires dont je citerai les noms, quand elles m’y ont autorisée, en fin d’article. Si cela avait besoin d’être confirmé, l’immense majorité des auteures, c’est à dire 15 sont des lectrices assidues de romance mais pas seulement. La plupart notent lire d’autres genres mais la romance demeure essentielle et première pour beaucoup. Pour certaines, c’est leur genre de prédilection depuis toujours. 13 lectrices déclarent lire moins depuis le début de l’écriture pour elles. Non pas par désintérêt mais surtout par manque de temps : écrire est chronophage et ajouté à la vie de famille, parfois à un travail extérieur, il reste peu de temps de cerveau disponible ! Certaines le déplorent parce qu’elles estiment que c’est un peu nécessaire pour continuer à écrire alors que d’autres évitent de lire en période d’écriture pour ne pas se laisser troubler par les autres textes. Il ressort de plusieurs questionnaires que lire de la romance, c’est aussi accompagner des consœurs, participer au développement du genre et des autres auteures. Les autres genres abordés par les lectrices sont souvent le roman policier ou thriller ou la fantasy… genres…

La romance francophone : Comment tout a commencé… Épisode 1

Je fais régulièrement une petite plongée dans la romance francophone sans cesse en évolution et je me suis arrêtée cette fois sur le tout début. Pendant longtemps, la romance n’a pas du tout été mise en avant en France ou dans les pays francophones. Si elle existait, c’était sous forme de traduction et il était assez rare de croiser des auteurs francophones de romance. Non pas qu’elles n’existaient pas mais il était ans doute difficile de se lancer : où publier ? Comment s’exprimer ? Dans la continuité des Américaines ou pas ? J’ai reçu les réponses à mon petit questionnaire de vingt et une auteures que je remercie chaleureusement parce qu’en plus je les ai sollicitées au moment du salon du livre… Merci d’avoir pris le temps de me répondre et de donner un petit instantané d’une partie du paysage de la romance francophone. Une vingtaine d’auteures ne suffit pas à établir une étude scientifique mais cela apporte quand même quelques enseignements. J’ai été frappée par le nombre d’ouvrages déjà écrits. Cela va d’une auteure qui a commencé cinq livres sans les terminer (mais qui a bien l’intention d’aboutir !) jusqu’à une vingtaine de titres (si l’on compte les séries…

Pourquoi tant de haine ?

Je parle souvent du fait que la romance est mal aimée, méprisée et souvent rejetée d’emblée par un lectorat qui n’imagine pas trouver de plaisir à lire ce genre… tout en se délectant d’Orgueil et Préjugés ou en avouant avec un sourire indulgent qu’on s’est laissé tenter par une comédie romantique. J’ai récemment lu les critiques d’un livre qui ne se revendiquait pas comme romance d’ailleurs, qui notaient le texte en question avec une misérable étoile ou deux au grand maximum en disant « livre digne d’un Harlequin », « une histoire mièvre à l’eau de rose », « écriture pauvre et insipide ». Connaissant l’auteure en question, je sais qu’elle écrit de jolies histoires, dans un style agréable et fluide et qu’en effet, on peut l’accuser d’écrire des histoires d’amour mais sans naïveté ni niaiserie. En réalité, toutes ces remarques sont celles qui reviennent régulièrement pour rejeter en bloc la romance. Ce qui veut dire que chroniquer un livre en le traitant de romance est l’insulte suprême pour certains et que ce genre est intrinsèquement nul pour beaucoup. Avant de continuer, je précise tout de suite que ne pas accrocher du tout au genre qu’est la romance me paraît tout à fait normal. On ne…

L’affaire Cristiane Serruya
article/billet d'humeur/analyse / 25 février 2019

Le monde la romance nous réserve parfois des histoires un peu curieuses qui révèlent des pratiques peu glorieuses, qui interrogent surtout après le dernier article que j’ai publié sur mon souhait de voir ce genre accéder à un statut plus respecté et respectable. Qu’est-ce donc que cette affaire ? Cristiane Serruya est une auteure brésilienne, qui il y a quelque années, a abandonné sa carrière d’avocate (cela ne manque pas de sel d’ailleurs quand on connaît la suite…) pour se lancer dans l’écriture. Passionnée par le genre, elle a ainsi publié plusieurs romans (beaucoup d’ailleurs, on en compte une trentaine en sept ans environ). Tout allait très bien pour Cristiane Serruya, que je ne connais pas et dont j’ignore les ventes mais qui était affilée à la prestigieuse organisation qui délivre chaque année des RITA Awards, signe d’une forme de reconnaissance en tant qu’auteure. Il y a quelques jours, Courtney Milan, une auteure américaine de romances historiques l’a accusée publiquement de plagiat. Cristiane Serruya est restée silencieuse pendant quelques heures avant de nier avec indignation, disant ne pas comprendre puis elle a usé d’un argument assez atterrant : elle a utilisé les services de prête-plumes et les accuse d’être responsables…

Et si la romance devenait un genre comme un autre ?
article/billet d'humeur/analyse / 17 février 2019

Cela fait maintenant plus de cinq ans que la romance a déboulé dans les lites de best-sellers en France avec deux titres massues qui se sont succédés à quelques années d’intervalle : Cinquante nuances de Grey d’EL James et After d’Anna Todd. Dans leur sillage se sont engouffrés de nombreux livres, de nouveaux auteurs, tout un foisonnement de la romance qui a enfin émergé en France et a trouvé ses représentants francophones. Le terme de romance n’était jamais revendiqué par les auteurs, encore moins par les éditeurs et si on riait sous cape (et jaune parce que quand même les chiffres… aïe, aïe, aïe !) des succès de Marc Lévy, Guillaume Musso ou Nicholas Spark, ainsi que de quelques autres, les moqueries portaient sur le côté « populaire » de leurs écrits. Des auteurs comme Nicholas Spark ou même John Green ont pu se prémunir partiellement de ces critiques grâce à la fin malheureuse qui les exclut de la définition de la romance. Je sais que c’est contestable mais pour le besoin de la démonstration, j’insiste bien sur cette caractéristique. Nous sommes plus dans le mélodrame que dans la romance même si celle-ci est jolie et essentielle dans le livre. Vous noterez…

La romance, le féminisme et la place des femmes… et des hommes

Il y a un an le monde était secoué par l’affaire du producteur de cinéma américain, Harvey Weinstein. Accusé d’agressions sexuelles par plusieurs actrices, il est poursuivi en justice et les conséquences de l’affaire, au-delà du personnage sinistre de Weinstein, sont énormes dans des milieux divers et variés sortant de Hollywood, touchant des milliers de femmes qui ont toutes révélé avec le hashtag MeToo qu’elles avaient été concernées par une forme d’abus, la plupart du temps sans que rien ne soit révélé. La romance parce qu’elle parle de relations amoureuses et de femmes est aux premières loges, d’autant plus que beaucoup de livres hyper connus mettaient en avant des relations à la limite de la relation non consentie et que la plupart des livres gardaient un silence assourdissant sur les abus. Beaucoup ont parlé du viol, de violence conjugale, parfois de façon remarquable mais c’est plus dans les comportements jugés normaux, acceptables que se situait le problème pour moi. Toutes ces héroïnes qui tombent amoureuses d’un homme abusif qui ne change que parce que l’amour est magique et transforme le beauf absolu en prince charmant, m’interpellent. Si pendant longtemps, la romance a revendiqué le droit au fantasme, cela me paraît…

Les auteurs hybrides et l’édition 2.0

Pour une fois, je ne vais pas m’attacher à parler uniquement de la romance et de ses auteurs, mais de façon plus générale, des écrivains et de l’édition puisque le terme d’auteurs hybrides qualifie surtout leur statut éditorial. Comme beaucoup de supports culturels, le livre a subi (le terme n’est pas péjoratif pour moi) le déferlement des réseaux sociaux, la dématérialisation des supports, l’uberisation aussi et le piratage. Tout cela a secoué le marché du livre, du cinéma, de la télévision… Il est fini le temps où il suffisait de proposer une offre au public et clients et de voir comment cela prenait dans le public. Il s’est produit plusieurs mouvements en même temps auquel il faut ajouter, dans le domaine de la littérature, une revendication des auteurs protestant contre la faiblesse de leur rémunération par rapport à d’autres intervenants dans le processus d’édition d’un ouvrage. Pour mieux comprendre, rappelons ce qui se passait presque uniquement il y a encore très peu de temps. Un auteur écrivait son livre, envoyait son manuscrit à un éditeur ou plutôt à plusieurs puis croisait les doigts en espérant qu’il serait « dans la ligne éditoriale » de la maison, que son livre plairait et que…

Un sujet tabou dans la romance : l’avortement

Voilà un sujet, grave, que j’ai déjà abordé mais qui me paraît très important car l’actualité récente a remis sur le devant de la scène un débat qui semblait derrière nous, celui de l’avortement. Pour mémoire, Simone Veil qui a porté cette loi dans les années 70 s’est éteinte il y a peu de temps et beaucoup ont rappelé l’importance du combat qu’elle a mené dans ce domaine. Mais très récemment, le président du syndicat des obstétriciens a insisté sur le fait que la clause de conscience devait être maintenue car il est fondamental qu’un médecin puisse refuser d’effectuer un avortement, ce qui est pour le moins édifiant sur les difficultés que peuvent rencontrer certaines femmes dans leur démarche pour un avortement. Le pape, il y a encore moins de temps s’est fendu d’une petite phrase comparant l’IVG à un recours à un « tueur à gages ». Quel rapport avec la romance me direz-vous ? Il est évident, pour moi… Il se trouve que j’ai lu récemment une romance, sympathique au demeurant, dans laquelle l’héroïne a été victime d’un viol et a souhaité garder son bébé. Comme toujours dirais-je. Dans nos romances, un bébé est toujours une bénédiction quelles que soient les…

Romance et sexe protégé : une longue histoire

Le sujet du préservatif et de la protection durant les rapports sexuels a toujours été délicat dans la romance, du moins depuis l’épidémie de SIDA des années 80. Cela peut étonner de prime abord car le préservatif fait vraiment partie de la sexualité des gens des années 2010 et revenir sur le sujet peut paraître un peu superflu. Pourtant, la romance a toujours, encore à l’heure actuelle, un rapport curieux à ce sujet. Tout d’abord, rappelons que pendant une très courte période nommée par Françoise Giroud la parenthèse enchantée, coucher avec une personne qui n’est pas un conjoint officiel (et fidèle ; oui je sais, il y aurait beaucoup à dire…) a semblé plus facile et sans danger. Cette période s’étale de la fin des années 60 au début des années 80, c’est à dire de la démocratisation de la pilule à la découverte du virus du SIDA. Ajoutez à cela, l’existence des antibiotiques qui ne faisaient plus autant craindre les infections sexuellement transmissibles (IST) et vous comprendrez que cette période paraît bénie. Mais courte, très courte. Dès les années 80, le SIDA est là, sans remède au départ et la seule façon de se protéger est alors le port…