Romance et sexe protégé : une longue histoire

Le sujet du préservatif et de la protection durant les rapports sexuels a toujours été délicat dans la romance, du moins depuis l’épidémie de SIDA des années 80. Cela peut étonner de prime abord car le préservatif fait vraiment partie de la sexualité des gens des années 2010 et revenir sur le sujet peut paraître un peu superflu. Pourtant, la romance a toujours, encore à l’heure actuelle, un rapport curieux à ce sujet. Tout d’abord, rappelons que pendant une très courte période nommée par Françoise Giroud la parenthèse enchantée, coucher avec une personne qui n’est pas un conjoint officiel (et fidèle ; oui je sais, il y aurait beaucoup à dire…) a semblé plus facile et sans danger. Cette période s’étale de la fin des années 60 au début des années 80, c’est à dire de la démocratisation de la pilule à la découverte du virus du SIDA. Ajoutez à cela, l’existence des antibiotiques qui ne faisaient plus autant craindre les infections sexuellement transmissibles (IST) et vous comprendrez que cette période paraît bénie. Mais courte, très courte. Dès les années 80, le SIDA est là, sans remède au départ et la seule façon de se protéger est alors le port…

La romance historique, déclin ou début de renouveau ?

Il fut un temps où la romance historique triomphait de tous les autres genres et où les plus grands noms du roman d’amour en écrivaient une. Les premières stars de la romance étaient d’ailleurs des auteures d’historiques. On peut citer Kathleen Woodiwiss, Georgette Heyer ou Barbara Cartland et si l’on veut rester en français, rappeler que Anne Golon et son époux en créant Angélique et la longue série qui en a découlé était bien une auteure de romance. Il a existé aussi de grandes sagas entre romance et roman historique sous la plume de Colette Davenat ou de Juliette Benzoni, pour ne citer qu’elles. La romance historique a très vite acquis un style bien à elle, explorant l’histoire mais mettant une histoire d’amour au cœur de l’intrigue comme le veut la définition du genre. Les éléments purement historiques avaient tendance à être un peu laissés de côté, si l’on veut être tout à fait honnête. La lectrice de romances historiques se moquaient globalement de l’exactitude de l’époque évoquée. Bref, cela fonctionnait très bien et jusque il y a cinq ou six ans, c’était le genre le plus en vogue, même si quelques auteures s’exprimaient dans la romance contemporaine aussi (Lisa…

Les RITA ou les oscars de la romance en 2018

Les RITA sont les oscars de la romance. Ils sont décernés chaque année lors d’une conférence de quelques jours qui a lieu l’été dans une ville américaine par la RWA (Romance Writers of America). Cette année c’était à Denver le 19 juillet.Contrairement à d’autres récompenses, les RITA sont  le résultat du vote de professionnels de la romance, des éditeurs, des auteurs… Le public n’y participe pas. C’est l’opposé de Goodreads, un site répertoriant les avis de lecteurs. Eux aussi décernent des récompenses, mais dans de nombreux genres et après un vote des lecteurs. Les RITA, c’est une vénérable institution créée au tout début des années 80 à Houston. Il y a eu à l’époque, prise de conscience que la romance n’avait aucune représentation. Le genre qui est alors en pleine explosion sous la forme que l’on connaît aujourd’hui, souffre d’une absence de reconnaissance et de mise en avant. C’est également purement américain. Chaque état dispose d’une antenne locale de la RWA. Cela permet d’organiser des rencontres avec le public très régulièrement, des conférences et hormis le fait qu’il y a une cérémonie pour distribuer les récompenses, de nombreuses auteures interviennent lors de conférences souvent passionnantes sur la romance, sur un…

Quoi de neuf dans la romance anglo-saxonne ?

La romance que nous lisons aujourd’hui est née aux États-Unis, il y a quelques années. Pour le moment, une large partie des contextes, tropes, idées exploitées sont encore influencées par ce qui est inventé outre-atlantique qu’on le veuille ou non, tout d’abord parce que une partie (infime) de ce qui st publié là-bas est traduit chez nous et aussi, parce que beaucoup de nos auteures, elles-mêmes nourries par ces livres sont très influencées par cette production. Alors lorsqu’on veut savoir ce qui change, observer la romance américaine, voire britannique ou australienne garde de son intérêt. Dans un article précédent, j’avais évoqué le fait qu’il y a une sorte de saturation du marché de la New Romance donnant l’impression d’une uniformisation qui conduit à une certaine lassitude : beaucoup de lecteurs ont l’impression de lire la même chose depuis plusieurs années, ce qui est d’ailleurs assez exact. Je ne reviendrai pas sur la naissance de cette forme de romance il y a quelques années, sur le fait qu’un certain nombre de thèmes, de types de héros ont été mis à la mode il y a quatre ou cinq ans et que depuis, nous lisons toujours la même chose. Prenons l’exemple du…

Mes auteures fétiches : Anne Stuart

L’avantage de lire de la romance depuis longtemps est d’avoir déjà découvert beaucoup d’auteures mais certaines marquent plus que d’autres leur genre et notre mémoire. Anne Stuart est pour moi une de celles qui m’a le plus impressionnée par l’audace de ses écrits. Elle a bousculé beaucoup de limites de la romance sans qu’on s’en souvienne forcément aujourd’hui. Anne Stuart est une dame mûre maintenant qui n’écrit plus guère. Elle a publié ses derniers grands succès dans les années 2000 après une carrière bien remplie, surtout dans les années 80 et 90, dans des genres variés comme la romance contemporaine, historique ou le romantic suspense. À chaque fois, elle surprend par l’audace de ses choix , tout particulièrement de ses héros, qui ont toujours des caractéristiques qui tranchent avec ceux des autres. Elle est aussi la créatrice, sans le savoir, de la dark romance en jouant beaucoup avec les limites. Ses héros sont sombres, jamais des princes charmants voire carrément pires. Elle était un peu en avance sur son temps. En France, elle a été traduite par J’ai Lu essentiellement, ainsi que par Harlequin. Enfin, elle a publié quelques romances paranormales (quand c’est devenu la mode dans les années 2000)…

Le métier d’éditeur

Je ne le fais que rarement mais je vais mélanger mes deux casquettes, celle d’éditrice et celle de blogueuse. Je lis sur les réseaux sociaux ou j’entends de telles énormités sur ce métier que je me sesn un peu obligée d’en donner ma version. J’ai fait une intervention aussi auprès d’élèves à ce sujet et il me semble qu’ils étaient bien plus réceptifs que beaucoup d’auteurs que je côtoie sur ce que je fais !  Avant de commencer, je préciserai que ce que je vais décrire est MA façon de travailler, que je ne sais pas si cela se passe ainsi ailleurs, ni si c’est bien ou pas. Mais cela me convient. Premier point, ce métier comme quelques autres, donne cette impression que contrairement à un neuro-chirugien ou un spécialiste de physique nucléaire, il est accessible à tout le monde et que derrière son écran, il est très facile de penser qu’on peut le faire et bien mieux que beaucoup. Je suppose que les étudiants qui passent des masters d’édition et tous les gens qui exercent ce métier depuis longtemps sourient en coin et seront d’accord avec moi pour dire que, non, cela ne s’improvise pas et que les avis…

Les scènes « Facepalm » de la romance – Épisode 2 – le frère, chaperon de sa sœur

Me voilà de retour avec une scène très fréquente qui devient parfois l’entier sujet d’un roman : la relation ô combien choquante d’une jeune femme avec le meilleur ami de son frère. Pour être très franche, pour moi il s’agit d’un sujet qui me fâche bien plus que la stupidité d’un personnage ou d’un rebondissement facile et simpliste que la romance utilise parfois sans vergogne. Car, faire reposer une partie ou la totalité d’une histoire là-dessus pose quelques questions. Tout d’abord, établissons quelques faits: Le héros et l’héroïne sont majeurs, des adultes consentants, au moment où l’histoire d’amour se développe vraiment même si cela a commencé avant. Ainsi, il n’est pas rare de voir une jeune femme mineure développer un crush sur l’ami de son frère, plus âgé, plus sexy que les garçons de son âge. Le héros n’est pas un pervers qui fantasme sur la sœur de son frère, petite fille. Le héros n’est pas un criminel, un repris de justice, un mec dangereux qui se livre à des activités répréhensibles. Il est parfois dragueur et pas toujours classe avec les filles mais c’est à l’héroïne de se dire que ce genre de types ne l’intéresse pas. Et l’on…

La romance, entre mépris et dédain

C’est un fait avéré depuis longtemps, sur lequel les lectrices et les auteures se rejoignent : la romance est un genre mal aimé, moqué, très mal considéré. C’était même jusqu’il y a peu, un genre dans le placard, qu’on lisait en cachette ou, si l’on était démasqué, qu’on  reconnaissait comme un moment de faiblesse… bref, un petit passage à vide, un coup de mou dans le genou. Puis, il a été considéré que hurler qu’on lisait de la romance, en public, était un acte courageux et militant… C’est dire… En réalité, en France, mais également ailleurs, la romance réunit un peu tous les ingrédients qui classe dans la catégorie des ratés de la vie. Pas facile d’assumer parfois… La romance est une littérature de genre, tout d’abord. Au même titre que le polar, la fantasy ou la science-fiction, elle constitue un mouvement littéraire codifié, avec ses règles très identifiables dont nous avons déjà parlées ici. Tous ces genres sont critiqués et mal vus par les représentants de ce que l’on appelle la littérature blanche, celle avec un L majuscule. Il n’y a qu’à lire le billet méprisant d’une journaliste de Télérama sur les livres de l’été notamment celui de Franck…

Ma romance, mon livre doudou

Il y a sans doute un millier de raisons expliquant pourquoi tellement de personnes lisent de la romance et depuis si longtemps. Contrairement à une idée qui court actuellement, elle n’a pas débuté il y a quelques années. Ce qui s’est produit, il y a  peu, c’est une prise de conscience du phénomène et son affirmation tonitruante par quelques gros succès de ventes. Si cela ne se reproduira sans doute pas tout de suite, la romance a ses adeptes allant des lecteurs compulsifs à ceux qui n’hésitent pas à en lire quelques-uns quand ils en ressentent le besoin. Cela n’empêche pas que la romance est toujours assez mal vue, mal considérée, niaise selon certains, proche du porno selon d’autres. Alors pourquoi lit-on de la romance ? Je ne vais pas répondre à cette question complètement mais l’une des raisons est qu’il s’agit d’un plaisir régressif, celui de l’enfance, selon moi. Vous avez sans doute constaté qu’une petite fille ou un petit garçon peut regarder en boucle un dessin animé, un film d’animation, adore relire jusqu’à plus soif, un livre, un passage d’une histoire qu’il connaît par cœur. C’est toujours un peu étonnant, on a parfois envie de proposer autre chose…

La New Romance : déclin ou début d’une autre ère ?

Voilà un article qui est le premier qui rebondit sur les échanges que j’ai pu avoir avec des auteures francophones de romance. Une des questions portait sur leur futur et celui de la romance et les réponses concernant celui du genre lui-même, couplées avec quelques réflexions entendues ici ou là, me poussent à me poser moi-même la question. Pour mémoire, la New Romance est un terme inventé (et déposé) par Hugo lors de la sortie du roman de Christina Lauren, Beautiful Bastard dans cette maison d’édition. Le terme permettait d’englober ce mouvement venu d’outre-atlantique. Il s’agissait de romances écrites par des auteures, pour une large part auto-éditées, et qui repoussaient les limites de la romance contemporaine classique. Héros plus jeunes, textes plus sexy, ambiances plus sombres, pour la première fois des textes de pure romance, obéissant aux codes très stricts de ce genre sont sortis du placard dans tous les sens du terme. Ces livres, pour quelques-uns d’entre eux, sont devenus des best-sellers, des phénomènes de ventes discutés ici et là, ont été enfin assumés par la plupart des lectrices. Les Cinquante Nuances, les After, les Beautiful Bastard, les Crossfire ont envahi les librairies, les espaces culturels, parfois les bibliothèques….