Le cul entre deux chaises…
article/billet d'humeur/analyse / 20 février 2020

Au fil de mes lectures, je tombe de plus en plus souvent sur des livres qui évoluent sur le statut de la femme, qui tentent de coller aux évolutions de la société d’aujourd’hui. Il est impossible d’écrire comme il y a cinq ans, avant les multiples alertes qui ont été données sur le comportements face aux femmes au sein des couples, dans le milieu professionnel, sportif… Mais il est bien difficile aussi de faire évoluer les mentalités et les lectrices de romance ont souvent du mal à remettre en question ce qu’elles aiment. Parce que contrairement à moi (on ne se refait pas !) elles veulent que leur lecture demeure essentiellement fantasmatique et « sans prise de tête », pour « rêver ». J’entends cela très souvent et je peux comprendre mais tout de même, n’est-ce pas un argument un peu facile pour refuser de s’interroger sur certains situations que les romances banalisent à l’extrême ? Les auteures savent tout cela, ont sans doute des opinion sur la question mais tentent, au moins pour certaines d’entre elles de viser un juste milieu qui les entraînent dans des gymnastiques parfois assez ridicules. Je vais développer l’exemple du livre de Sawyer Bennett que je viens de…

La romance, une industrie littéraire

Je lis de la romance depuis très longtemps et je ne peux que constater que la romance est entrée dans son ère industrielle. Pour une fois, je vais peu parler de contenu des livres ni de qualité car il est plus question ici d’un marché économique. Eh oui, un livre est l’œuvre d’un créateur, son auteur, mais il est aussi un objet vendu sur un marché que la surproduction guette. Il ne faut pas se boucher le nez en protestant que tout cela est secondaire, ça ne l’est pas du tout. Écrire est un travail, parfois le seul exercé par l’auteur d’un livre et le livre a un coût de fabrication et de distribution. Le marché du livre s’est massifié de façon générale, il n’y a qu’à voir le nombre de livres publiés au moment des deux rentrées littéraires, celle de septembre et celle de janvier. Mais celui de la romance, c’est un peu différent. Avez-vous compter le nombre de sorties par semaine ou par mois ? Il suffit de consulter un des nombreux blogs ou comptes qui se sont créés ces dernières années autour de la romance pour constater qu’il y a au moins une vingtaine de titres par…

Le Megxit… Digne d’une romance !

Une fois n’est pas coutume, il semblerait que la vie réelle ressemble vraiment à une de nos romances. Je parle bien évidemment du Megxit, ce drama comme seuls nos amis anglais savent en concocter, c’est à dire l’annonce de Meghan et Harry de ne plus jouer leur rôle protocolaire et de vivre une partie de l’année en Amérique du Nord d’où est originaire Meghan. Et de travailler. Vous vous rendez compte, un prince et son épouse qui travaillent ? Il n’y a que dans les romances que l’on croisait des histoires pareilles ! En effet, un des thèmes de la romance est de mettre en scène des princes et princesses. Ce type de héros a longtemps été l’apanage de Harlequin et de sa collection Azur. On inventait des princes de royaumes d’opérette, le plus souvent inspirés par Monaco, parfois des cours scandinaves, bien plus discrètes et simples et plus récemment par la famille britannique. Je pense d’ailleurs que nous devons le renouveau du prince dans la romance au Royaume-Uni et à l’avènement de la génération des enfants de Diana et Charles. Tout le monde se souvient du mariage de conte de fée de William et Kate, celui encore plus conte…

Les clichés de la romance à l’épreuve de notre époque… plus écolo !

Nous le savons tous, la romance est une véritable malle aux trésors aux clichés. Les héros et héroïnes doivent obéir à un certain nombre de critères, du moins c’est ce que l’on pense. Certaines auteures en jouent, d’autres les enchaînent sans sourciller mais il va y avoir quelques changements à faire à l’avenir au risque de voir nos héros devenir très ringards. Imaginons d’abord qu’ils suivent l’air du temps, soient plus adeptes de Greta Thunberg et de Nicolas Hulot que de Donald Trump. Qu’ils soient écologistes mais vraiment. Eh bien quelques clichés vont disparaître. Vous connaissez cette scène fameuse où le richissime milliardaire conduit notre héroïne dans un lieu de rêve dans son jet. Là, ils montent sur un superbe yatch et gagnent des plages paradisiaques dans des hôtels de luxe ou des aménagements somptueux. Je suppose que vous voyez déjà les problèmes… Il y en a au moins trois : – Le jet… aïe, aïe, aïe… Très consommateur de kérosène, rejetant du CO2 dans l’atmosphère, permettant non pas de faire se déplacer de nombreux passagers mais nos deux héros et un équipage restreint. Ils ont tout faux… Un couple aussi populaire que Meghan et Harry souffre de son image…

Mais que se passe-t-il à la RWA ?

La romance, ton univers impitoyable… suite ! Pour comprendre le titre énigmatique de cet article, expliquons déjà ce qu’est la RWA. Il s’agit de la Romance Writers of America. Cette vénérable institution, créée en 1980, réunit les auteures de romance aux États-Unis et organise chaque année une convention fameuse, au mois de juillet où interviennent les écrivaines les plus côtées du genre et au cours de laquelle sont remis les prestigieux RITA Awards, qu’on pourrait appeler les oscars de la romance. Il y a une dizaine de catégories et pendant des années, adhérer à cette association, participer aux conventions (elles sont ouvertes aussi aux lectrices et à qui veut s’y rendre) était l’évènement annuel autour de la romance outre-atlantique. Mais depuis plusieurs années déjà, l’institution a manqué quelques importants coches comme celui de l’auto-édition, de la romance MM, ou celui de ne pas donner un award chaque année à Nora Roberts… Tout doucement, les limites étaient en train de bouger jusqu’à il y a quelques semaines et un scandale qui ne finit pas d’avoir des conséquences. Courtney Milan, une auteure de romances historiques que vous connaissez peut-être car elle a été brièvement publiée en France par Milady, a jeté un…

La romance sur grand et petit écran…

Depuis quelques mois, cela bouge du côté des adaptations de nos romances sur les grands et petits écrans. De plus en plus de livres à succès sont adaptés pour le cinéma ou les séries dans tous les genres, mais la romance pure et dure avait encore beaucoup de choses à prouver et passait rarement la cap. Il y a sans doute plusieurs raisons à cela. La première est la méfiance que suscite toujours ce genre. Si les comédies romantiques ou les drames (du genre de Nos étoiles contraires) qui mélangent l’amour avec d’autres éléments très porteurs avaient réussi à franchir le cap, ce n’était pas le cas du reste. L’autre raison est que toute histoire n’a pas un potentiel visuel énorme. Il ne suffit pas de reprendre un texte qui a eu beaucoup de succès pour en faire une blockbuster ou une série à succès. Les livres, parfois très introspectifs, ne sont pas forcément taillés pour cela. Il y a eu évidemment les trois épisodes de Fifty Shades of Grey qui ont trouvé un vaste public, mais le livre avait été un tel raz-de-marée que cela semblait plus facile. Il n’y avait pas trop de concurrence non plus. Peu de…

La romance : vers une surproduction ?

Je lis beaucoup en anglais, la version originale pour beaucoup de romances. Vous ne le savez peut-être pas mais la majorité des sorties se fait le mardi donc je passe toujours un temps le week-end pour repérer ce qui m’intéresserait éventuellement, sur des blogs américains que je suis depuis plusieurs années pour la plupart. Je viens de le faire et mardi, sur l’un d’entre eux, aestas.bookblog.com, une seule parution est annoncée et une unique autre pour le reste de la semaine… Ce n’est pas un fait isolé, seulement un peu plus prononcé que d’habitude. Mardi dernier, il y en avait cinq. À titre de comparaison, toujours sur le même blog, il y a dix-huit mois (j’ai encore mes notes manuscrites avec les titres relevés), il y en avait une quinzaine chaque mardi et quelques autres pour le reste de la semaine. Peut-on en déduire que la romance est en train de diminuer la fréquence de ses parutions ? Pas du tout. Si on compte le nombre de sorties, on doit être sur le marché en anglais à une centaine de titres par semaine. Ce chiffre est le résultat de mon évaluation personnelle donc n’a rien de scientifique mais je peux…

La romance francophone: Comment tout a commencé… Épisode 2

Voilà la seconde partie des réponses à un petit questionnaire que j’ai envoyé à 22 auteures volontaires dont je citerai les noms, quand elles m’y ont autorisée, en fin d’article. Si cela avait besoin d’être confirmé, l’immense majorité des auteures, c’est à dire 15 sont des lectrices assidues de romance mais pas seulement. La plupart notent lire d’autres genres mais la romance demeure essentielle et première pour beaucoup. Pour certaines, c’est leur genre de prédilection depuis toujours. 13 lectrices déclarent lire moins depuis le début de l’écriture pour elles. Non pas par désintérêt mais surtout par manque de temps : écrire est chronophage et ajouté à la vie de famille, parfois à un travail extérieur, il reste peu de temps de cerveau disponible ! Certaines le déplorent parce qu’elles estiment que c’est un peu nécessaire pour continuer à écrire alors que d’autres évitent de lire en période d’écriture pour ne pas se laisser troubler par les autres textes. Il ressort de plusieurs questionnaires que lire de la romance, c’est aussi accompagner des consœurs, participer au développement du genre et des autres auteures. Les autres genres abordés par les lectrices sont souvent le roman policier ou thriller ou la fantasy… genres…

La romance francophone : Comment tout a commencé… Épisode 1

Je fais régulièrement une petite plongée dans la romance francophone sans cesse en évolution et je me suis arrêtée cette fois sur le tout début. Pendant longtemps, la romance n’a pas du tout été mise en avant en France ou dans les pays francophones. Si elle existait, c’était sous forme de traduction et il était assez rare de croiser des auteurs francophones de romance. Non pas qu’elles n’existaient pas mais il était ans doute difficile de se lancer : où publier ? Comment s’exprimer ? Dans la continuité des Américaines ou pas ? J’ai reçu les réponses à mon petit questionnaire de vingt et une auteures que je remercie chaleureusement parce qu’en plus je les ai sollicitées au moment du salon du livre… Merci d’avoir pris le temps de me répondre et de donner un petit instantané d’une partie du paysage de la romance francophone. Une vingtaine d’auteures ne suffit pas à établir une étude scientifique mais cela apporte quand même quelques enseignements. J’ai été frappée par le nombre d’ouvrages déjà écrits. Cela va d’une auteure qui a commencé cinq livres sans les terminer (mais qui a bien l’intention d’aboutir !) jusqu’à une vingtaine de titres (si l’on compte les séries…

Pourquoi tant de haine ?

Je parle souvent du fait que la romance est mal aimée, méprisée et souvent rejetée d’emblée par un lectorat qui n’imagine pas trouver de plaisir à lire ce genre… tout en se délectant d’Orgueil et Préjugés ou en avouant avec un sourire indulgent qu’on s’est laissé tenter par une comédie romantique. J’ai récemment lu les critiques d’un livre qui ne se revendiquait pas comme romance d’ailleurs, qui notaient le texte en question avec une misérable étoile ou deux au grand maximum en disant « livre digne d’un Harlequin », « une histoire mièvre à l’eau de rose », « écriture pauvre et insipide ». Connaissant l’auteure en question, je sais qu’elle écrit de jolies histoires, dans un style agréable et fluide et qu’en effet, on peut l’accuser d’écrire des histoires d’amour mais sans naïveté ni niaiserie. En réalité, toutes ces remarques sont celles qui reviennent régulièrement pour rejeter en bloc la romance. Ce qui veut dire que chroniquer un livre en le traitant de romance est l’insulte suprême pour certains et que ce genre est intrinsèquement nul pour beaucoup. Avant de continuer, je précise tout de suite que ne pas accrocher du tout au genre qu’est la romance me paraît tout à fait normal. On ne…