La romance et les droits des femmes

8 mars 2021

Je profite de cette journée du Droits des Femmes pour revenir sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur et faire un petit état des lieux totalement personnel sur la romance et le féminisme. Je suis blogueuse et pas journaliste ni chercheuse donc je n’exprime ici que mon ressenti et pas une enquête approfondie et étayée par des chiffres. Cela ne rend pas ce ressenti nul et non avenu parce que je recherche maintenant des éléments dans une romance que je ne trouve pas toujours, assez rarement même et cela m’interroge.

Première chose, il n’est pas question d’imposer du militantisme dans la romance ; elle peut revêtir un ton militant. Ou pas. Mais il n’en demeure pas moins que les lectrices étant des femmes, parfois très jeunes, il faut peut-être faire attention à ce que l’on véhicule, à ce qu’on dit. Mon attention a été attirée récemment par un article de Titiou Lecoq qui soulignait l’angle mort que représentaient les très jeunes femmes dans la prise en charge et le repérage des cas de violences dites conjugales. Justement à cause de ce terme. Certaines jeunes filles pensent que c’est un souci de femmes en couple, plus âgées qu’elles et que leurs problématiques sont différentes, que la affres d’une passion naissante expliquent, justifient une certaine violence, une jalousie excessive… Quelle romance New Adult ne tombe pas dans ce piège, en empruntant ces mêmes mots pour expliquer les envies de contrôle de certains héros masculins ou justifier une relation toxique ? Nous sommes dans la fiction, beaucoup le savent, mais lorsque ce qu’on lit correspond à ce qu’on pense normal dans sa vie amoureuse, la frontière entre réalité et fiction devient parfois floue.

En réfléchissant à ce billet d’humeur, plusieurs remarques me sont venues en tête. Je vois peu de féminisme dans la romance anglo-saxonne ou francophone, ou de façon ténue ou un peu décalée.

– Féminisme ou « badasserie »? Lors d’une conversation récente, une lectrice de romance m’a conseillé un livre en me disant qu’il était « féministe ». Ravie, je m’en empare et découvre une héroïne qui écoute Angèle, connaît #MeToo et ne se laisse pas faire. C’est à dire qu’elle n’hésite pas à envoyer vertement le héros qui drague un peu lourdement, voire à l’insulter copieusement en ponctuant ses phrases de doigt d’honneur. Elle va jusqu’à frapper, parfois. Euh… Ce n’est pas du féminisme ça. Au mieux, c’est une héroïne badass. Au pire, c’est la version féminine du connard qu’on peut parfois découvrir dans de très mauvaises romances. Non, le féminisme dans la romance, ce n’est pas une héroïne qui pérore en récitant le manuel contre le harcèlement de rue ou qui se bat pour imposer son point de vue ou pire gifle le héros qui a été très lourd. On reste ici à un niveau très superficiel qui me laisse songeuse : faut-il qu’une héroïne se comporte comme un mec pour être féministe ? Est-ce ça l’égalité des sexes ? Bien sûr que non… Je la refuse, cette égalité-là !

De la même façon, je m’interroge sur le recours systématique à des hommes dénudés sur les couvertures pour exactement la même raison. Faut-il par souci d’égalité, transformer le corps des hommes en objet ? Alors certaines romances sont uniquement basées sur le sexe et la plastique du héros, alors autant de pas être hypocrite et afficher la couleur, mais d’une part, cette romance m’intéresse rarement et d’autre part, on ne tombe pas amoureuse d’une paire d’abdos, du moins au bout d’un certain temps, ça ne suffit plus pour raconter une histoire d’amour. La romance devrait faire le ménage là-dedans, elle aussi.

– La plupart des sujets féministes ne sont pas abordés. On parle beaucoup d’abus, de viols, voire d’inceste, la romance ayant la particularité d’ailleurs de le présenter sous un jour favorable. Je ne me lancerai pas dans ce débat mais le nombre de romances qui jouent là-dessus, manient avec légèreté ce qui reste un drame lourd de conséquences. Les héros de romance, de manière générale, trimballent de lourds passés traumatiques, parfois très bien exploités, parfois survolés et ineptes du point de vue psychologique. Mais aborder des sujets féministes, sur le rôle des femmes dans l’entreprise, l’égalité homme/femme au travail, le combat d’une femme pour essayer de s’imposer dans une famille qui ne lui a pas enseigné ce schéma… Tout cela ne se fait pas ou au détour d’une phrase. Quelques romances parlent de femmes exerçant un métier différent mais combien de femmes jouant au foot dans la myriade de romances sportives ? Parmi les sujets féministes par excellence, il y a la conquête lente, laborieuse et incomplète dans le monde et en Europe du droit à l’avortement. Combien de romances parlent de ce sujet délicat, des difficultés encore parfois bien réelles de femmes pour avorter dans notre pays ? Et qu’on ne me dise pas que c’est incompatible avec la romance. Si l’on peut montrer une héroïne qui se remet des pires sévices, on doit pouvoir parler d’avortement. La liste de sujets pas vraiment évoqués ou de façon succincte, en passant, est très longue. Et si l’on veut aborder des sujets moins lourds (enfin, quoique…) on peut aussi parler de la charge mentale. Mais vraiment. En montrant qu’une femme a la tête truffée de détails sur la gestion du quotidien… Et ça peut très bien être exploité dans une romance.

– Une définition de la virilité encore très classique. Si je vous demande une définition du héros viril, je suppose que je vais retomber sur des caractéristiques bien traditionnelles, présentes dans la romance depuis des lustres, qu’on se refile de génération en génération de lectrices. Il doit être grand, musclé et dégouliner de testostérone. Je me souviens, lors du mouvement #MeToo avoir lu sous la plume de quelques auteures de romances française qu’il ne fallait pas compter sur elle pour mettre en scène des héros tout mous. Il doit y avoir des stades intermédiaires entre le connard et le « tout mou » et qu’est-ce qu’un « tout mou » ? Tout l’art consiste alors à mettre en place un homme de notre époque, comme beaucoup le sont. Sont-ils moins virils ? Je ne sais pas. Mais il est évident que pas mal de lectrices ont leurs limites dans ce domaine. Il est encore considéré comme « générateur de papillons dans le ventre » qu’un héros colle sa copine, montre une jalousie marquée, lui offre des cadeaux somptueux, surveille sa façon de s’habiller ou de manger, casse la figure à un autre homme trop entreprenant, lui promette un plaisir incomparable dès qu’elle lui cédera en le répétant suffisamment souvent pour que ça fiche la trouille… Or, comme beaucoup d’auteures ont très peur d’effrayer leur public, ça ne risque pas de modifier beaucoup la définition du héros viril. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…

– Il reste la peur pas toujours avouée de passer pour une extrémiste, une bien-pensante, une radicale du féminisme… Flottent alors les épouvantails que sont pour certaines Alice Coffin ou Caroline de Haas… Je vous rassure, nous en sommes très loin ! Avant d’arriver à ce que certains considèrent comme de dangereux extrêmes, il y a déjà à s’interroger sur ce que nous pensons du rapport homme/femme de nos jours, de notre volonté de faire changer ou pas les choses, d’avoir une vraie réflexion sur tout cela aujourd’hui, une réflexion au moins aussi approfondie que les recherches de beaux gosses pour orner couvertures et photos de promotion !

En ce jour qui célèbrent les Droits des Femmes, le constat est encore bien mitigé en romance. C’est un genre qui n’a jamais bousculé les limites, qui arrivent tard sur les grands combats mais qui finit toujours par les mener. Celui de la sexualité féminine est encore en cours après avoir longtemps été éludé. Il n’est pas toujours adroitement organisé mais au moins, il est abordé. Une petite raison d’espérer, non ?!

Et puis les Droits des Femmes, ce n’est pas que le 8 mars, mais chaque jour de l’année qu’on doit les promouvoir !

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