Choisir sa prochaine lecture, choisir sa romance

15 mars 2021

Comment trouvez-vous vos romances ? Vous allez répondre : comme n’importe quel livre. Pas sûr. J’ai, à titre personnel trois moyens de choisir mes lectures. Bien entendu, ils se mêlent très fréquemment, mais on peut tout de même en les distinguer.

– Le nom de l’auteure. Dans de rares cas, il suffit que je sache que mon auteure fétiche publie pour que je pré-commande un roman. C’est le cas avec Colleen Hoover. Mon plaisir maintenant est de ne pas lire la quatrième de couverture pour être totalement surprise, car, avec elle, vous n’êtes même pas sûrs du genre dans lequel elle s’exprime. Cela peut être une romance classique, un thriller, de la littérature sentimentale, un young adult… Elle aime aller là où on ne l’attend pas et elle m’emporte avec elle à chaque fois. Pour moi, son nom suffit. Une autre de mes auteures fétiches est LJ Shen qui est mon plaisir inavouable puisqu’elle dépeint à chaque fois des héros épouvantables que je déteste sous la plume des autres mais pas la sienne. Allez comprendre…

– La lecture d’une quatrième de couverture vient compléter une couverture attrayante ou une recommandation. Je crois que c’est ce qui fonctionne le mieux chez moi et je pense aussi que cela correspond à tous les genres. J’ai ainsi récemment craqué pour un livre de Florence Aubenas, qui écrit tout sauf de la romance parce qu’on me l’a recommandé et que la quatrième m’a intriguée.

– Le troisième est celui que j’utilise rarement car il a un effet repoussoir chez moi : choisir un livre qui met en avant un trope de la romance ( voire deux, j’y reviendrai.) Je rappelle qu’un trope est une trame, un scénario fréquent dans la romance. Chacune d’entre elles peut se rattacher à un trope. Il s’agit par exemple du mariage arrangé, du faux petit ami, d’une relation interdite (avec un prof par exemple), d’amours au bureau (avec le boss de préférence…) La liste est assez longue heureusement, ce qui permet d’envisager de nombreuses histoires différentes. Ou pas.

Ce troisième critère de choix ne concerne que la romance. Si on prend le polar, il y a bien entendu des sous-genres comme le thriller psychologique et récemment le thriller psychologique féminin, le polar justement ou le cosy mystery (un enquêteur ou une enquêtrice qui ne paie pas de mine va démasquer le méchant grâce à son sens de l’observation et son analyse psychologique)… Ici, il ne s’agit pas de scénarios à proprement parler mais d’un sous-genre comme dans la romance, on peut parler de romance historique ou de romance fantasy. Les tropes sont le bonheur et le malheur de la romance. Et cela devient un vrai piège quand, pour déclencher un achat, éditeurs ou auteures, choisissent de mettre en avant le trope et rien que le trope.

Comment font-ils ? De la façon la plus simple et la plus directe:

Un titre qui contient l’élément principal du trope. Par exemple, des colocs qui tombent amoureux. Vous trouverez forcément le mot « coloc » dedans. Comme il faut varier un peu, vous pouvez ajouter sexy devant ou innover en allant jusqu’à « Colocs malgré eux ». Mais on comprend l’idée. Il en va ainsi de pas mal de tropes comme celui des amours au boulot avec le nombre incalculable de « Boss… » ou encore des amours assez glauques la plupart du temps entre un demi-frère et sa demi-soeur et là on a une flopée de « stepbrother… » Ne vous étonnez pas du nombre de titres anglais, ils font en fait un sérieux clin d’œil au premier livre à succès ayant traité de ce trope en France. En gros, vous avez aimé celui-ci de telle auteure, voilà un roman traitant du même sujet exactement. La couverture est à l’avenant : le boss est là, en costume (c’est un patron, hein), mais chemise ouverte (il est aussi beau gosse, il ne faudrait pas l’oublier.) Donc aux titres interchangeables viennent s’ajouter les couvertures interchangeables. Ce n’est pas grave puisque l’idée est de justement monter une similarité. Je vous rappelle que l’idée est de toucher une lectrice qui connaît déjà plus ou moins cette intrigue. pas la peine de lire la quatrième de couverture, le premier coup d’œil suffit.

Et cela donne parfois d’excellents livres. Attention, ce n’est pas parce que vous écrivez en suivant un trope connu que vous obtenez un mauvais résultat. Le piège est ailleurs. Il y a des effets pervers pour les principaux intéressés, c’est à dire l’auteure et la lectrice.

– Pour l’auteure, c’est justement l’inverse de ce que produit Colleen Hoover sur moi. On ne fait pas attention à son nom. Il est en général en anglais, toujours pour les mêmes raisons : coller à ce qui a fait le succès du genre depuis quelques années. La plupart du temps, si vous demandez à une lectrice qui vient d’acquérir Colocs malgré eux, elle n’aura pas forcément retenu le nom de l’auteure. Elle l’aura identifié comme faisant partie de ce type de livres qu’elle aimera certainement, mais surtout elle a flashé sur « colocs ». C’est un trope qu’elle adore, alors elle a foncé. Si elle trouve sa lecture satisfaisante, elle cherchera peut-être ce que l’auteure a écrit d’autre. Ou pas, car si celle-ci a aussi commis Boss de l’enfer, la lectrice n’a peut-être pas envie de lire une romance avec ce trope. L’auteure est ramené au niveau le plus élémentaire, celui de répondre à l’écriture d’un roman qui doit cocher toutes les cases du trope. Et cela me conduit au second effet pervers.

– Ce genre de romans nécessitent de passer par des étapes quasi obligées. Si vous prenez la romance entre un prof et son élève, vous avez souvent les mêmes éléments dans l’intrigue : La rencontre fortuite avant de savoir qui est l’autre et qui révèle une attirance ; la découverte qu’il s’agit du prof donc de problèmes à venir ; la tentative de ne pas aller plus loin pour ne pas contrevenir aux règles de l’école ou de l’université ; l’échec de la tentative ; le développement d’une relation secrète ; la découverte du pot-aux-roses par le méchant de service qui va immédiatement en parler aux autorités compétentes ; des ennuis pour le prof mais qui s’en sort en démissionnant ou que sais-je encore ; le happy end. Attention, encore une fois, on peut réussir un excellent livre en suivant ce déroulé à la lettre. Il faut juste une très bonne plume. C’est ce que j’appelle toutefois de la lecture doudou. Comme un enfant qui frissonne encore après une énième lecture de la même histoire, une lectrice peut éprouver un grand plaisir à relire encore et encore ce trope. C’est celle qui va foncer sur les titres explicites. Et cela m’arrive bien sûr.

– Troisième effet pervers, le pire selon moi : cela tue la nouveauté et plombe terriblement le genre romance dans son ensemble. Pourquoi sortir des cadres ? Pourquoi prendre un trope et le twister ? Le plus drôle est que lorsqu’une auteure tente cela, certaines lectrices s’indignent : pourquoi écrire un truc aussi bizarre, qui ne suit pas le même chemin que les deux, cinq ou dix livres lus précédemment ? Cela ne pousse pas à changer le rythme d’une romance, le trope. La seule audace consiste à mélanger deux tropes pour faire un courageux En coloc avec son boss. Alors, l’idée n’est pas de dire que la romance ne doit plus utiliser les tropes, pas du tout, l’idée est qu’il faut encourager, favoriser, publier des auteures qui ont le talent de se réapproprier tel ou tel trope en innovant, en étant créative, en bousculant les limites. Parce que lorsque les contempteurs de la romance disent que les livres sont tous les mêmes, ils n’ont pas forcément tort. Si ce genre n’avait pas connu d’innovations, on lirait encore les histoires d’amour de nos grands-mères et je n’aurais pas retenu le nom de Colleen Hoover. Ce qui serait fort dommage.

Avant qu’on me dise, comme souvent, que la romance n’aime pas ce qui sort de la norme, je le crie moi-même haut et fort. Je précise aussi que rejeter chaque trope n’est peut-être pas la solution miracle. Mais partir d’un manuscrit, d’une auteure qui apporte quelque chose de nouveau et de bon (oui, nouveau ne suffit pas) et se battre pour l’imposer dans le monde parfois un peu confiné de la romance, oui, cela me semble un très bon début. Encore une fois, ce n’est pas gagné mais inévitablement une lectrice d’un trope unique ou de quelques tropes va toujours chercher un peu plus loin au bout d’un certain temps. Alors soyez curieuse et audacieuses, lectrices, sortez parfois de votre zone de confort. La romance est une lecture réconfortante mais qui vous sort aussi de votre quotidien. Alors si vous enchaînez les livres identiques, vous oubliez cette dimension.

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