Le contexte américain dans la romance francophone

21 septembre 2020

Pourquoi de nombreuses romances francophones se déroulent-elles aux États-Unis, dans un contexte qui se prétend américain alors que bien souvent, l’histoire pourrait se dérouler à Vesoul, Vladivostok ou Valparaiso, sans que cela ne change quoi que ce soit ?

Voilà la question que je me pose très souvent en consultant le résumé d’une romance francophone ou en lisant les commentaires des lectrices dans des groupes ou sur les réseaux. Ce serait apparemment plus glamour, plus sexy. C’est surtout très commun pour les lectrices, nourries aux séries Netflix et autres qui sont très souvent anglo-saxonnes, c’est vrai. Ajoutons que la romance francophone emprunte de nombreux tropes à celle qui vient d’outre-atlantique et vous avez votre réponse.

En effet, si vous parlez de romance sportive, il est souvent question de baseball et de football américain. Si ces sports existent chez nous, ce ne sont pas, et de loin, les plus connus et les plus pratiqués. Difficile donc de situer une intrigue ailleurs que dans le pays qui a contribué à les développer et où il y a des équipes et des joueurs vedettes. Il en va ainsi de quelques thèmes, finalement peu nombreux. Pour la plupart, les intrigues pourraient probablement se dérouler en France ou ailleurs, parce que rien ne les rattache aux États-Unis. Pire, on lit des histoires qui sentent bon notre pays, qui montrent des réactions très françaises que l’on plaque artificiellement sur les USA.

Il y a dans la romance, et je ne crois pas avoir lu cela dans d’autres genres, une grande désinvolture sur le cadre et le contexte choisis. Les auteures et les lectrices sont focalisées sur la relation des héros et se moquent de savoir ce qu’il y a autour. Vous êtes sur un campus universitaire américain ? Pas de souci, on brosse à gros traits une description vue dans une série et on fonce. On ne localise rien, nomme à peine une ville. Cela donne souvent des ambiances assez bizarres où vous avez une ville américaine où l’on trouve des cloîtres médiévaux (je l’ai vraiment lu…), des villes immenses comme New York où les héros se croisent par hasard trois fois, une ignorance totale du système universitaire ou social américain, très éloigné du nôtre… La règle est de dire que finalement, les Francophones ne connaissent pas tout ça donc que cela a peu d’importance et que tout ce qui compte c’est l’émotion que provoque la romance. Or, pour moi, c’est ce qui me fait sortir d’une intrigue et de l’émotion : se retenir de sourire en voyant qu’un étudiant américain pauvre intègre une Ivy League sans souci par exemple, ou lire la centième romance se situant à Seattle parce que cette ville est celle de Twilight.

Imagineriez-vous un thriller qui se déroulerait dans un pays, parce qu’on trouve ça sexy, mais sur lequel on plaquerait le système policier et judiciaire français ? Après tout, l’essentiel est de suivre l’intrigue palpitante… Bien sûr que non… Il n’y a que dans la romance qu’on s’autorise cette « licence », que la recherche sur ce dont on va parler est parfois totalement oubliée.

S’ajoute à cela le fait que ces romances où l’auteure semble avoir du mal à se détacher de celles qu’elle a lues, qui l’ont nourrie, copient bien plus qu’un trope, des prénoms et des lieux… Il est difficile d’être original quand on part sur cette base. Pensez-vous sérieusement qu’une romance s’inscrivant totalement dans la lignée d’une romance anglo-saxonne, se situant dans les mêmes lieux, a une chance d’être aussi réussie que celles écrites par des Américaines ?

Alors, j’entends déjà des personnes me dire qu’il y a de plus en plus de romances se déroulant en France, même dans des endroits peu glamour à la base, en province (un truc de fou!) ou en banlieue. Et c’est vrai. Il y en a de plus en plus et il ne suffit pas de faire ce choix pour écrire une merveille, je le sais bien. Il y a de très mauvaises romances se déroulant en France. Et il peut être très intéressant de situer son intrigue dans un pays qui n’est pas le sien. Mais si cela a un sens par rapport à l’intrigue. Si cela apporte quelque chose et si cela est bien fait.

Les campus américains ne sont pas plus glamour que les nôtres, surtout quand ils ressemblent à une fac bien de chez nous. La romance, et c’est un message que je ne vais cesser de marteler, a besoin de qualité, de fond, de légitimité, plus que d’autres genres parce que justement on lui dénie du sérieux, de la qualité et du fond. Ce n’est pas forcément très juste d’être obligé de faire plus ses preuves que les autres mais elle y gagnera toujours et en tant que lectrice, j’apprécierai toujours un travail soigné et bien fait.

Et, de grâce, épargnez-moi ces visions des USA oscillant entre le pittoresque et l’erreur manifeste, c’est loin d’être négligeable et quelque part, cela inscrit une fois de plus la romance dans la lignée de sa grande soeur anglo-saxonne alors que la francophone a son originalité et et sa patte, sa French touch !

2 Comments

  • Cécile Ama Courtois 21 septembre 2020 at 15 h 57 min

    Tout à fait d’accord avec toi ! Je me suis fait la remarque un nombre incalculable de fois, y compris s’agissant des titres en anglais même quand l’histoire se passe en France (ou ailleurs).
    L’autre versant du problème, c’est qu’un auteur qui tente de sortir des lignes se fait systématiquement snober par le « système » : ME, autres auteurs, chroniqueuses, lectrices… ceux qui ne suivent pas la mode passent aux oubliettes. C’est malheureux.

    • Sylvie Gand 21 septembre 2020 at 17 h 18 min

      Oui, c’est vrai. C’est pour ça que je pense que je serai plus sévère avec ces romances déconnectées de tout contexte ou qui s’en moquent. Beaucoup de lectrices n’ont jamais connu que ça et donc ne voient pas le problème. Elles sont considérées comme des clientes à satisfaire d’où le fait qu’on essaie de coller le plus à ce qu’elles ont envie de lire . Je ne sais pas si c’est possible mais il faut insister sur le fait qu’un genre littéraire ne se fait pas avec un contexte farfelu voire ridicule. Pourquoi le tolérer dans la romance, fournissant des arguments à ceux qui n’aiment pas ce genre et soulignent avec raison que ce genre de romans pose problème?

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