Le sourire des fées de Laure Manel

6 juillet 2020

J’avais adoré La Mélancolie du Kangourou qui est sans doute mon livre préféré de Laure Manel. J’ai donc sauté sur ce second opus, largement indépendant du premier et fondamentalement différent aussi. Il vaut mieux avoir lu le premier tome tout de même.

Ne nous voilons pas la face, j’ai moins aimé ce second tome et je me suis même demandé pourquoi Laure Manel reprenait des personnages dont l’histoire était terminée. Un des premiers points qui m’a perturbée est que pendant une première moitié de l’ouvrage, on avance dans le temps, on nous raconte la vie de Hermance, la grand-mère d’Antoine, d’Antoine et de celle qui était entrée dans sa vie au pire moment, la mort en couches de son épouse, Rose. Et puis il y a la petite Lou. Elle a perdu sa maman et ne l’a jamais connue mais c’est une famille équilibrée que l’on retrouve. Antoine, las de son travail, a tout plaqué pour venir s’installer en Savoir, auprès de sa grand-mère, Hermance. Il est devenu un vrai montagnard, guide et moniteur de ski. Rose a trouvé sa place là et Lou s’y épanouit. Dans une sorte de chronique charmante, nous suivons leur vie, au fil du temps. C’est sensible, très bien écrit, pas ennuyeux mais on sent bien que le vrai sujet est ailleurs.

Lorsque j’ai su que le livre reprenait ces personnages, je ne savais pas à quoi m’attendre mais je voyais bien une ou deux pistes à approfondir. Laure Manel ne les suit pas mais, comme à regret, y revient tardivement et en quelques lignes va en effet les clore à la fin du roman. En réalité, j’ai eu l’impression qu’elle souhaitait traiter d’un autre sujet et je ne comprends toujours pas pourquoi elle n’a pas tout simplement écrit un livre indépendant. Reprendre Antoine, Rose et les autres, développer des micro-histoires autour d’eux, n’a pas grand intérêt dans ce cas. Hermance et ses amours, la relation difficile d’Antoine avec son frère et son père… Tout cela passe très vite, trop vite alors qu’il y avait matière à bien plus.

Si le premier tome était lumineux, un hymne à l’amour, à la tolérance, celui-ci est bien plus sombre. Il est abordé avec sensibilité, délicatesse, sans pathos superflu. Je n’ai rien à reprocher à l’écriture. Je n’ai pas trop apprécié cette partie du livre, peut-être, tout simplement, parce que je n’avais pas envie de lire ça. Cela ne retire rien au talent de Laure Manel mais cela a largement gâché mon plaisir.

Je ressors donc très mitigée de cette lecture, me demandant encore pourquoi, un sujet aussi grave, aussi lourd, qui méritait mieux, a été traité en seconde partie d’un livre qui ouvrait auparavant de nombreuses pistes, multipliait les détails sur des amis, des membres de la famille de chacun, jusqu’à nous noyer de détails. Il y a de vrais choix dans ce roman, mais je n’y ai pas tout le temps adhéré. Dommage.

No Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.