La romance francophone: Comment tout a commencé… Épisode 2

14 avril 2019

Voilà la seconde partie des réponses à un petit questionnaire que j’ai envoyé à 22 auteures volontaires dont je citerai les noms, quand elles m’y ont autorisée, en fin d’article.

Si cela avait besoin d’être confirmé, l’immense majorité des auteures, c’est à dire 15 sont des lectrices assidues de romance mais pas seulement. La plupart notent lire d’autres genres mais la romance demeure essentielle et première pour beaucoup. Pour certaines, c’est leur genre de prédilection depuis toujours. 13 lectrices déclarent lire moins depuis le début de l’écriture pour elles. Non pas par désintérêt mais surtout par manque de temps : écrire est chronophage et ajouté à la vie de famille, parfois à un travail extérieur, il reste peu de temps de cerveau disponible ! Certaines le déplorent parce qu’elles estiment que c’est un peu nécessaire pour continuer à écrire alors que d’autres évitent de lire en période d’écriture pour ne pas se laisser troubler par les autres textes. Il ressort de plusieurs questionnaires que lire de la romance, c’est aussi accompagner des consœurs, participer au développement du genre et des autres auteures. Les autres genres abordés par les lectrices sont souvent le roman policier ou thriller ou la fantasy… genres qu’elles ont parfois aussi abordés dans l’écriture.

Revenons maintenant aux parcours de chacun. Difficile de donner un parcours type, ils sont tous individuels et relativement différents. Je vais simplement relever ce qui ressort de commun :

  • Wattpad : comme je l’ai déjà dit dans la première partie, c’est un élément très fréquent, qui joue un rôle fondamental à un moment ou à un autre, la plupart du temps au début, même si une auteure revendique un chemin à revers : avoir été publiée et auto-publiée, pour arriver sur Wattpad. Quelques autres plateformes sont citées mais Wattpad a permis à beaucoup de trouver des lectrices qui forment une communauté souvent active, très supportrice et fidèle. C’est également le moyen d’attirer l’attention des éditeurs, gros ou petits. De nombreuses petites maisons d’édition numériques ont ainsi démarché les auteures qui m’ont répondue mais également de plus grosses comme Addictives, BMR (Hachette) ou City.
  • Le type de parcours qui revient le plus est : publication sur une plateforme, auto-édition puis passage complet ou partiel en édition. Le terme d’auteures hybrides est revenu plusieurs fois : il ‘agit d’auteures éditées dans une maison d’édition mais également auto-éditées. C’est un statut très fréquent, de plus en plus souhaité.
  • Il existe des auteures avec un parcours plus classique mais elles sont simplement 3 dans mon petit échantillon qui ont publié en envoyant leur manuscrit à des maisons d’édition. Deux auteures attendent encore de publier ou d’autopublier, encore un peu effrayées par le milieu (qui fait relativement peur à lire vos réponses !)
  • Il existe aussi un cas unique dans mes réponses mais il est intéressant d’une auteure écrivant entre autres sur commande. Une partie de la publication de romances vient de là : l’éditeur fournit un scénario et l’auteure sous contrat rédige le roman.

Nous en venons maintenant à un retour sur ce parcours et c’est, une fois de plus, très intéressant. J’avais proposé plusieurs termes pour qualifier ce chemin : long, difficile, dépassant toutes les espérances de l’écrivain… Le terme qui revient le plus souvent (9) est : « dépassant toutes les espérances ». Mais il est suivi de près par « long » (8) et par « décevant » (6). Il était possible évidemment de cocher plusieurs termes et d’expliquer et là, le paysage est nettement plus nuancé. Beaucoup d’auteures estiment qu’aujourd’hui cela dépasse toutes leurs espérances après plusieurs années de difficultés ou pas mal de déceptions. En gros, la plupart ne connaissaient pas du tout ce milieu et ont appris à en découvrir les limites.

  • Le milieu de la romance n’est pas que paillette et licorne : jalousie, coups bas… pas mal d’auteures disent avoir été très déçues par le milieu. Le terme jalousie, cour de maternelle, et d’autres plus violents sont cités.
  • La déception vis-à-vis des éditeurs, en tout genre, gros ou petits : manque de professionnalisme, abandon de l’auteure en rase campagne pendant la production du livre et surtout après.
  • La difficulté première qui ressort est la communication. Il faut vendre un livre quand on publie et il faut donc mobiliser sa communauté, faire de la publicité, communiquer, envoyer des SP… Pour beaucoup c’est complexe, difficile, voire elles doutent de l’efficacité de tout cela et reprochent donc à l’éditeur de ne pas le faire suffisamment.

Donc le parcours est globalement très positif mais pas non plus un champ de roses. Il est long et demande un grand travail. Ce terme est revenu souvent alors qu’il n’était pas suggéré.

Dans l’immense majorité des cas, les auteures revendiquent l’écriture comme une passion ou une nécessité voire les deux, mais 8 d’entre elles affirment en vivre et 3 autres que cela vient mettre du beurre dans les épinards. Cela porte donc à presque la moitié de mon échantillon, le nombre de personnes dont c’est le métier ou un des métiers. Très peu voient cela de façon plus lointaine, comme un passe-temps ou un défouloir. Il est revenu très souvent des termes comme : écriture comme échappatoire, exutoire, défouloir (apparemment que des termes en « oir »!). Pour beaucoup c’est très consommateur de temps, cela mange des heures de sommeil, cela induit un stress (quand on a des deadlines à respecter) et de la constance. Une passion exigeante donc !

Les auteures en sont à différentes stades de leur « carrière ». Je mets des guillemets car je ne sais pas si c’est le terme adéquat mais c’est plus simple à comprendre. En tous cas, les termes qui reviennent le plus pour expliquer la raison d’en être là c’est la persévérance, la chance. Beaucoup, plus de la moitié, disent que cela est dû à leurs lectrices, formidables et mobilisées, parfois jusqu’à fournir de l’aide gratuite, de la publicité… Si on y ajoute les auteures amies qui les ont soutenues on arrive presque à 21 réponses. Parfois l’auteure est devenue une amie… donc c’est assez logique. Cela vient avant les blogs, cités 4 ou 5 fois mais toujours en second, voire en troisième position, avec un « évidemment » comme si ça tombait sous le sens. Alors oublie-t-on de le dire tellement c’est évident ? J’ai surtout l’impression que les auteures parlent des bonnes chroniques, outils de promotion, et que parfois cela vient de blogs mais pas forcément. Très peu prétendent maîtriser les réseaux sociaux mais une grande part invoque la chance, d’avoir publié au bon moment (une chance dont on précise à plusieurs reprises qu’elle se provoque et n’exclut pas un travail important sur son œuvre et sur soi) . Plusieurs parlent également d’un environnement choisi, trié sur le volet pour son professionnalisme : bêta-lectrices, correctrices, éditrices (j’ai l’impression que ces fonctions se mélangent de plus en plus). Petite touche charmante : 4 auteures parlent du rôle fondamental de leur mari, parfois premier lecteur et dans la grande majorité des cas du soutien d’une partie ou de toute leur famille. Par contre deux personnes soulignent que leur famille est indifférente à leur activité.

Et l’avenir alors ? Pour beaucoup, leur parcours ne leur laisse que peu ou pas de regrets. Peut-être être moins naïves, plus renseignées avant de se lancer, mais avec sagesse, beaucoup soulignent que leurs erreurs leur ont beaucoup appris et que cela n’a pas empêché de très belles rencontres, donc aucun regret ! Cela ne gêne en rien l’ambition. Toutes disent vouloir continuer à écrire de la romance ou autre chose à l’infini et au-delà ! Quelques-unes veulent développer leur activité d’écriture pour mieux en vivre car souvent être multitâche est épuisant. Certaines visent une maison d’édition plus importante, la distribution papier plutôt que numérique… chaque ambition dépend de la situation actuelle de l’auteure mais il est sûr que toutes regardent devant et ont bien l’intention de poursuivre sur leur lancée, le chemin n’est pas terminé !

J’avoue avoir pris un énorme plaisir à décortiquer ces réponses. Les personnes qui ont accepté de me répondre l’ont fait avec sincérité et avec de nombreux détails très intéressants. Je garde l’image d’une communauté élaborée avec des réseaux d’auteures, de lectrices… D’auteures modestes, humbles, presque trop, qui ont fait un parcours étonnant en quelques années. Je compte très fort sur elles pour développer la romance de qualité car le genre n’en est qu’à ses balbutiements en français et il y a un grand chemin à parcourir. Si les situations sont encore diverses, on peut dire que la grande année du début de la romance francophone est 2015 et que Wattpad a joué un rôle fondamental dans les carrières de ces auteures. Cela s’est fait avec ou sans éditeur, plutôt sans et le monde de l’édition (numérique ou pas, petite ou grande maison) n’a pas encore totalement convaincu bon nombre d’écrivaines de romance. En tant que lectrice, blogueuse et… éditrice… tout cela me réjouit au plus au point et j’adore déjà l’idée que je puisse contribuer à l’évolution de tout cela dans les années à venir.

Merci à Emilie Jappe, Juliette Di Cen, Kristen Rivers, RB Devaux, Delinda Dane, Eve Borelli, Geny David, Magali Inguimbert, Blandine P. Martin, Emma Landas, Lindsay Tu, Loraline Bradern, Mary Ves, Shana Keers, Axelle Auclair, Estelle Every, Frédérique de Keyser, Maddie D., Victoria Lace, Erika Boyer, Pauline Libersart et une auteure qui a préféré ne pas être citée.

PS : Une dernière question portait sur les causes du développement de la romance, j’utiliserai les réponses qui ont été données dans un article ultérieur et plus général sur la romance, car vos avis sont détaillés et ouvrent sur de nombreuses pistes.

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