La romance francophone : Comment tout a commencé… Épisode 1

5 avril 2019

Je fais régulièrement une petite plongée dans la romance francophone sans cesse en évolution et je me suis arrêtée cette fois sur le tout début. Pendant longtemps, la romance n’a pas du tout été mise en avant en France ou dans les pays francophones. Si elle existait, c’était sous forme de traduction et il était assez rare de croiser des auteurs francophones de romance. Non pas qu’elles n’existaient pas mais il était ans doute difficile de se lancer : où publier ? Comment s’exprimer ? Dans la continuité des Américaines ou pas ?

J’ai reçu les réponses à mon petit questionnaire de vingt et une auteures que je remercie chaleureusement parce qu’en plus je les ai sollicitées au moment du salon du livre… Merci d’avoir pris le temps de me répondre et de donner un petit instantané d’une partie du paysage de la romance francophone. Une vingtaine d’auteures ne suffit pas à établir une étude scientifique mais cela apporte quand même quelques enseignements.

J’ai été frappée par le nombre d’ouvrages déjà écrits. Cela va d’une auteure qui a commencé cinq livres sans les terminer (mais qui a bien l’intention d’aboutir !) jusqu’à une vingtaine de titres (si l’on compte les séries en plusieurs tomes.) La plupart de nos écrivaines ont à leur actif une moyenne de huit livres écrits (pas forcément autant de publiés. Ce sont donc des auteures qui écrivent beaucoup, et, ce qui est d’autant plus remarquable, dans un laps de temps relativement court. Il faut en effet rapprocher ce chiffre de la date de début d’écriture de romances. La plupart de auteures ont commencé en même temps de façon « sérieuse » à écrire de la romance, c’est à dire à la faire lire. L’année qui domine est 2015 (11 sur 21). La seconde date annoncée qui suit, de très loin, est 2016 avec 3 réponses. Seulement deux écrivaines écrivent depuis leur adolescence ou de nombreuses années, même si la plupart disent avoir commencé dans des genres différents avant sans aboutir ou persévérer. Nous reviendrons sur cette date qui domine. Cette frénésie d’écriture révèle beaucoup de travail mais aussi une certaine nécessité de soutenir des cadences pour quelques-unes dont c’est le gagne-pain. Cela souligne aussi le côté très bref d’une romance, vite chassée par une autre ; il me semble que le genre évolue vite et démode très vite un écrit, mais je me trompe peut-être.

La plupart des auteures n’écrivent pas de la romance seules 6 indiquent n’avoir produit que cela mais 3 évoquent une envie plus ou moins importante de toucher à d’autres genres. Les autres ont déjà écrit voire publié, parfois sous un autre pseudo d’autres types de livres. Ce qui revient le plus souvent est le fantastique et le policier/thriller. Une seule auteure a écrit et publié de la littérature générale, une autre des livres pour enfants, une dernière, entre autres, écrit de la poésie. Plusieurs autres se sont exprimées dans le feel good (2). Souvent l’idée de toucher à autre chose est là mais avec la crainte de ne pas y arriver, de ne pas être fait pour cela. Une des réponses évoque même « le syndrome de l’imposteur », comme si écrire autre chose exigeait des qualités différentes.

Si 2015 revient souvent, c’est sans doute parce qu’il est sorti cette année-là un livre qui a ouvert pas mal de voies : After ! Le livre lui-même a poussé simplement trois auteures à écrire mais c’est c’est la publicité et la révélation de Wattpad qui a surtout fonctionné. La cause majoritaire du début de l’écriture est le défi, la remarque, le pari avec une amie ou un membre de sa famille. 7 auteures disent avoir été remise en cause ou poussée par une situation de ce type. Parmi les autres motivations, il faut noter leur grande diversité : il est cité une fois l’influence de Cinquante nuance de Grey ( J’aurais pensé que ce titre avait été plus important que cela, il a tout de même ouvert la voie à la romance en général) mais aussi celle La communauté du Sud de Charlaine Harris et parfois ce sont des évènements de la vie, la volonté d’échapper à une situation familiale pénible ou réductrice. Plusieurs auteures signalent avoir beaucoup de mal à se considérer encore aujourd’hui comme écrivaine. Malgré le nombre de livres publiés, auto-édités, en cours de lecture quelque part… Étrange, n’est-ce pas ? Enfin, dernière remarque, la moitié des auteures soit 10 signalent le rôle important des plateformes d’écriture dans leur parcours que ce soit Wattpad ou Fyctia dans une moindre mesure. Ces noms reviennent aussi dans l’explication du développement de la romance francophone mais nous y reviendrons. Chacune a son parcours, a commencé comme ça ou y est venu progressivement après différentes expériences. Peut-être certaines ne l’ont pas précisé tellement cela leur semble banal.

Seulement 7 auteurs ont revendiqué avoir un blog ou un site, la plupart à but professionnel, pour présenter ses livres, surtout pour celles dont l’écriture est le seul revenu. Il est parfois signalé la difficulté de chroniquer le autres quand on est soi-même auteures et surtout le manque de temps à alimenter le blog en question ( à qui le dites-vous !!). Une auteure a créé un groupe d’entraides d’auteurs très actif à ce jour et plusieurs envisagent plus ou moins de donner des compte-rendus de lectures plutôt sur Instagram.

Voilà la première partie de ma petite étude. Il en ressort la modestie des auteures francophones, sans doute dues à la façon dont la romance est encore considérée dans notre pays. Elle a éclaté il y a environ cinq ans, surtout après le succès d’After et c’est un curieuse coïncidence que le film tiré du livre sorte bientôt. Elle n’ont pas chômé ces auteures en cinq ans ! Il ressort aussi l’impression qu’il y a une communauté forte notamment autour des plateformes d’écriture et que les retours et encouragements, sur le modèle du parcours d’Anna Todd, ont largement contribué au parcours de ces auteures.

Il reste à voir quelques points, un retour sur leur parcours, loin d’être terminé et leur vision de la romance. Ce sera très bientôt dans un épisode deux…

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