Pourquoi tant de haine ?

8 mars 2019

Je parle souvent du fait que la romance est mal aimée, méprisée et souvent rejetée d’emblée par un lectorat qui n’imagine pas trouver de plaisir à lire ce genre… tout en se délectant d’Orgueil et Préjugés ou en avouant avec un sourire indulgent qu’on s’est laissé tenter par une comédie romantique. J’ai récemment lu les critiques d’un livre qui ne se revendiquait pas comme romance d’ailleurs, qui notaient le texte en question avec une misérable étoile ou deux au grand maximum en disant « livre digne d’un Harlequin », « une histoire mièvre à l’eau de rose », « écriture pauvre et insipide ». Connaissant l’auteure en question, je sais qu’elle écrit de jolies histoires, dans un style agréable et fluide et qu’en effet, on peut l’accuser d’écrire des histoires d’amour mais sans naïveté ni niaiserie. En réalité, toutes ces remarques sont celles qui reviennent régulièrement pour rejeter en bloc la romance. Ce qui veut dire que chroniquer un livre en le traitant de romance est l’insulte suprême pour certains et que ce genre est intrinsèquement nul pour beaucoup.

Avant de continuer, je précise tout de suite que ne pas accrocher du tout au genre qu’est la romance me paraît tout à fait normal. On ne peut pas tout apprécier et j’ai moi-même des catégories de livres que j’évite soigneusement, pas parce que je trouve ça nul à la base mais parce que ça ne m’intéresse pas. D’autre part, il existe de mauvaises romances qui ont même parfois du succès mais cela se retrouve dans de nombreuses expressions artistiques. Qui ne s’est pas demandé pourquoi tel chanteur plaisait autant étant donné l’indigence de son talent ?

Revenons donc sur ces critiques, qui reviennent très souvent. Il y en a d’autres mais cet article ne se veut pas exhaustif.

  • Le style est facile et plat. La romance n’a jamais revendiqué être une forme de littérature qui travaille le style. Cela n’empêche pas des auteures d’en avoir un très joli, d’avoir un superbe niveau d’écriture, d’être capable d’écrire de la Littérature avec un « L » capital. Et je suis la première à déplorer la faiblesse de certaines romances franchement mal écrites mais ce n’est pas l’apanage de ce genre d’avoir de mauvais écrivains… Mais non, elle ne veut pas forcément innover dans le style. C’est un genre basé sur l’émotion, l’histoire qui est racontée, qui veut faire rire, pleurer, fasciner, ou tout cela à la fois. Le style va y contribuer mais n’est pas forcément le but. Il ne vous viendrait pas à l’idée d’entrer chez MacDo, d’y avaler vos nuggets ou votre hamburger en disant à la fin : « Mais cet endroit n’aura jamais une étoile au Michelin. » Euh… bien sûr que non… et désolée pour le spoiler, mais MacDo ne revendique aucunement une telle distinction. Je ne compare pas pour autant la romance à la mal bouffe, mais plutôt à ce que l’on appelle « confort food », ce qui vous fait du bien parce que c’est gras et sucré ; parfois c’est juste ce dont on a besoin ! Donc parler d’un style plat et insipide parce que ce n’est pas du Proust est un peu hors de propos. Ce serait comme reprocher au dit Proust de passer des dizaines de pages à nous soûler avec son clocher de Combray ou la mâchoire de madame Verdurin qui se décroche, en recherchant son temps perdu. Nous savons fort bien que son but n’était pas de nous raconter une histoire aux multiples rebondissements. Si je veux poursuivre ma métaphore culinaire, il ne vous viendrait pas à l’idée de demander au maître d’hôtel de votre restaurant étoilé : « Et la portion de frites, elle est où ? » Je terminerai en disant que de nombreux auteurs enseignés aujourd’hui à l’école ont été traités d’écrivaillons sans style. C’est le cas de Zola, par exemple. Quant à Hugo, très sincèrement, je me suis parfois copieusement ennuyée dans les Les Misérables et je ne parle de pas de Balzac qui a le même résultat sur moi qu’un somnifère sans les effets secondaires ni l’accoutumance. C’est très personnel, je ne dis pas que c’est mauvais, juste que ça m’ennuie et que je mourrai sans doute en étant passé à côté du génie de cet écrivain. Donc, si vous souhaitez lire Proust (que j’adore), Balzac (que je n’aime pas), Marguerite Duras (que j’aime beaucoup), Houellebecq ou Christine Angot (j’aime encore mieux le premier que la seconde, je crois), libre à vous. Là vous pourrez parler du style que l’on aime ou pas mais il y a un travail revendiqué dessus.
  • Une histoire mièvre, à l’eau de rose. Je vous passe toutes les expressions toutes plus méprisantes les unes que les autres depuis « fleur bleue » jusqu’à « mommy porn » en passant par « romans de gare » dont on abreuve les lectrices de romance et leurs livres préférés. Certaines sont gentilles : « fleur bleue », c’est mimi, on ose presque se décrire ainsi ; « Ah moi, vous me connaissez, je suis fleur bleue alors j’ai besoin d’une fin heureuse. » D’autres sont plus ricanantes comme « mommy porn », plus difficile à assumer; « moi j’adore le mommy porn, j’en lis pendant la sieste des gosses, ça me donne des idées pour le soir. » Mouais. Ces expressions ont toutes le même but : donner une connotation dégradante au genre. En gros, lire de la romance est réservée à des gens pas fufutes, frustrés, qui plus les ficelles sont grosses, sont ravis… Parler d’amour n’est pas niais, raconter comment des gens tombent amoureux n’est pas mièvre. C’est la façon de le raconter qui peut l’être. On en revient à ce débat sur la romance bonne ou mauvaise. Oui, parfois, c’est énorme et mal ficelé mais là aussi, de tels ratages ne sont pas l’apanage de la romance. On parle tout le temps d’amour, dans une multitudes d’histoires. Il en est très peu où il n’en est pas question. Le genre romance se concentre juste sur le moment où l’amour naît (ce que je dis est réducteur, certaines histoires vont bien au-delà, mais c’est pour les besoins de la démonstration). Comment se fait-il qu’une comédie romantique soit acceptable ? Comment se fait-il que tout le monde ait pris le décès de Luke Perry il y a quelques jours comme un rappel douloureux de la fin de son adolescence ? N’est-ce pas parce qu’il incarnait tellement ce qu’on aime dans le bad boy, mais en reconnaissant en même temps que c’est un plaisir enfantin ou régressif ? Pourquoi dit-on, la larme à l’œil que notre film préféré ou qu’on a visionné vingt fois est Dirty Dancing ou Love Actually ? Comment expliquer le succès étonnant de Plan Cœur sur Netflix récemment ? Vous en doutez ? Ils font une seconde saison… Pourquoi se sent-on obligé de dire qu’on lit (ou regarde) de la romance dans ses moments de faiblesse ? Il est difficile d’assumer visiblement. Je ne vois aucune faiblesse là-dedans. C’est bien de lire des romans complexes, qui font réfléchir, mais la romance n’est pas pour autant pour les idiots. Sinon quelle facilité pour les repérer !!! Oui, cela finit bien, oui, il est question de jolis sentiments et de situations idéales. Mais ce n’est pas forcément de la mièvrerie, de la niaiserie ou je ne sais quoi. C’est comme si nous voulions n’assumer que la partie cérébrale en nous, nier le besoin d’émotion ou de plaisir tout simple. En tous cas, cela ne justifie en aucun cas, un tel mépris.

Sans vouloir me répéter, je pense que la romance doit aussi se concentrer vers l’excellence. C’est injuste mais les mauvais livres, l’abondance de certains titres racoleurs, feront toujours plus parler que les bons. Et puis libraires, bibliothécaires, lectrices, lecteurs, laissez-vous tenter. Testez, trouvez votre forme de romance préférée. Nul besoin d’être comme l’extraordinaire base du lectorat de romance, toujours passionné, engagé, actif. On peut être un lecteur occasionnel de romans d’amour, alterner essais philosophiques, biographies, romans policiers et romances. Il n’est pas nécessaire d’être née avec deux ovaires, un cerveau atrophié, et une brouette de frustration comme certains voudraient le faire croire. Quant aux autres inepties que l’on peut entendre, je ne les relève même plus : oui, on connaît la fin en commençant (et parfois non…), oui les princes charmants n’épousent pas les bergères dans la vraie vie, pas plus que le milliardaires craquent pour des étudiantes, non il n’est pas nécessaire d’aimer le porno pour lire de la romance…

Et pour ceux qui pensent que seul Harlequin publie de la romance… cela fait un moment qu’ils n’ont pas regardé le PEF ( paysage de l’édition français) …

Quant aux écrivains qui se battent pour surtout ne pas être associés à ce genre, et préfèrent être classés comme auteurs de roman populaire (qui a ses problèmes lui aussi), assumez ! On ne peut pas aller surfer sur un genre qui finalement ne marche pas si mal commercialement et faire la fine bouche après ! Mais il vaut mieux être comparé à Marc Levy ou Guillaume Musso aujourd’hui, qui bien entendu n’écrivent pas de romance, non pas du tout…

Bref, la boucle est bouclée : pourquoi tant de haine alors que c’est un genre qui parle d’amour avant tout ? Je vais sans doute dire une platitude, elle a un petit fond de vérité peut-être : on préfère peut-être détester, de peur d’aimer ça, même un peu !

2 Comments

  • Cathy 8 mars 2019 at 19 h 30 min

    Bonsoir, je viens de lire votre article relayé par une auteure géniale (Axelle Auclair pour ne pas la nommer) et je suis plus que d’accord avec vous. J’ai commencé à lire des Harlequin à 13ans et cela m’a permis de rêver et voir la vie en rose. Je suis bibliothécaire et non, je n’ai pas de Goncourt, ni de « romans élitistes » comme je me régale à les appeler dans la bibliothèque où je travaille mais il y a beaucoup de romans qui finissent bien, de feel-good et les lecteurs qui ne trouvent pas de quoi se faire des noeuds au cerveau vont voir ailleurs, c’est tout. Merci pour votre article, ça me rassure de ne pas être la seule à vouloir échapper à la triste réalité à travers des romans d’amour. Amicalement

    • Sylvie Gand 8 mars 2019 at 19 h 40 min

      Ah bibliothécaire! Je rêve de leur parler de romances et de montrer que ça eut être un super moyen de lire et de découvrir d’autres choses. Merci en tous cas et je suis d’accord avec vous, Axelle est super!

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