Si tu m’oublies de Tonie Behar

3 février 2019

Quel excellent moment de lecture que ce roman qui allie très habilement une jolie romance et une intrigue policière, une exploration de l’adolescence de l’héroïne dans les années 90 et ce qui lui arrive au milieu des années 2010 ! C’est vif, enlevé, drôle et émouvant en même temps. Réussi en un mot !

Violette est une jeune femme de trente-huit ans, ophtalmologue et mère de jumeaux, Cheyenne et Ulysse. Elle est divorcée de son mari et s’apprête en ce mois d’août à partir en vacances avec ses enfants. Rien que de très commun pour cette Parisienne. Seulement tout ne va pas se passer comme prévu et cela commence par une arrestation spectaculaire, à la gare, parce qu’elle a de l’herbe qu’elle n’a jamais mise là, dans son sac. Violette loupe le train, les jumeaux partent rejoindre leur père et là voilà toute seule à Paris. C’est l’ennui assuré ? Oh non…

Je n’en dis pas plus car il y a une intrigue bien fichue à suivre qui commence par la question : mais d’où vient ce sachet d’herbe dans son sac ? Et pourquoi l’aurait-on mis là, si c’est le cas ? Violette va aller de surprise en surprise et peu à peu entrevoir la vérité pour tomber sur d’autres mystères qui la renvoie tout de même beaucoup vers son amour de jeunesse, Joachim Calderon.

Le roman est raconté doublement en quelque sorte. Il y la Violette d’aujourd’hui qui raconte son histoire mystérieuse à la troisième personne mais également des passages de son journal d’adolescente, à la première personne. Deux époques donc, celle de la toute jeune Violette de seize ans qui va tomber du beau Joachim : sombre, originaire d’une famille espagnole plus modeste que celle de Violette, qui la fait frissonner de la tête aux pieds. Il y a aussi toute sa bande copains avec en tout premier lieu, son meilleur ami, Aurèle. J’ai adoré cette alternance, alors que je ne suis pas adepte des flashbacks, parce que le passé de Violette est touchant et très joli. On y découvre les passions de cette adolescente qui a perdu très jeune sa mère, ses désirs, notamment son implication dans ses études de médecine, le tout dans le contexte musical et culturel de années 90. Quelle plongée agréable dans l’époque de Kurt Coben et du premier rap français ! N’oublions pas aussi que c’est l’aube d’Internet et des grandes firmes qui ont fait leur fortune dans ce domaine depuis. On a sans doute perdu de vue la façon dont cela est né dans la tête de quelques individus, à moitié idéalistes et à moitié solidement ancrés dans la réalité de leur époque.

Il y a également de très jolis messages sur la maternité, les passions qu’on fait tout pour oublier mais qui ne meurent jamais, sur nos faiblesses et nos forces. Tout cela est très humain et parle à tout le monde.

On voyage beaucoup aussi dans ce roman : Paris est très présente, c’est la ville de Violette depuis toujours mais elle a des attaches dans le sud, en Turquie, ailleurs aussi.

Et puis il reste une intrigue qui ne paie pas de mine au départ mais est très bien menée. Elle tient en haleine presque autant que la découverte de l’adolescence de Violette.

Les pages tournent toutes seules, le rythme est parfait, les personnages attachants, l’émotion toujours présente en filigrane. C’est vraiment une excellente lecture, simple, sans prétention mais d’une grande qualité. Le style de l’auteure est très agréable qui plus est : l’écriture est soignée, parfaitement adaptée à l’histoire, avec une vraie recherche d’un ton pour chacun des personnages. Mon seul bémol vient de quelques passages, moins cohérents, qui m’ont moins convaincue mais qui ne modifie en rien la très bonne impression générale.

Si vous voulez une lecture plaisir, écrite de façon personnelle, tendre et moderne, n’hésitez pas !

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