The Kiss Thief de L.J. Shen

4 janvier 2019

L.J. Shen est pour moi l’une des auteures les plus douées de la romance actuelle. Elle a un style très personnel et des thèmes récurrents, presque obsessionnels qui interrogent. Elle joue aussi avec les définitions du féminisme, les limites que la romance a parfois sur le pouvoir, sur les rapports homme/femme mais si apparemment, elle met en scène des héros que l’on a envie de gifler et des héroïnes qui paraissent fragiles et faibles, il faut aller au-delà des apparences.

Ce roman est sans doute l’un de ses plus réussis et si il y a quelques défauts, on les oublie pour se plonger avec fascination dans ce monde qu’elle tisse avec brio. On est éblouit aussi par son héros, Wolfe Keaton et l’évolution de ses personnages au cours de l’histoire.

Cette romance, et elle le dit elle-même très vite, est une sorte de compromis entre la romance contemporaine et historique. Le mariage arrangé est un trope typique de cette dernière. Elle le transpose dans notre monde contemporain mais dans un milieu qui a conservé des valeurs archaïques médiévales, qui donnent à cette histoire une connotation un peu hors du temps. Tout se déroule à Chicago dans un milieu mafieux italien où est élevée la très jolie et protégée, Francesca. Son père est un leader de la mafia et elle a été préparée à jouer le rôle qu’ont les filles comme elle : devenir une épouse d’un membre éminent de la mafia pour consolider les alliances et perpétuer la race. Francesca a été élevée dans une école suisse et à dix-neuf ans, elle est prête à épouser Angelo, un jeune homme qu’elle aime depuis toujours. C’est à ce moment que déboule dans sa vie un très jeune sénateur américain, Wolfe Keaton. Il a visiblement décidé de faire rendre gorge au père de Francesca et n’hésite pas un seconde à l’utiliser, elle, comme un levier dans tout cela. Il veut l’épouser, arrachant ainsi au père de Francesca, ce qu’il a de plus cher et de plus utile. Wolfe exécute ainsi un vengeance que l’on va comprendre peu à peu.

Commençons par le négatif, cela ira vite : il y a des invraisemblances dans l’intrigue et on s’étonne que Wolfe ne soit pas retrouvé au fond du lac Michigan avec un bloc de ciment aux pieds, étant donné le milieu dangereux auquel il s’attaque. Mais malgré quelques détails de ce type, l’histoire est si prenante qu’on accepte bien volontiers tout le reste.

Tout repose sur un huis-clos d’une intensité incroyable entre Wolfe et Francesca qu’il surnomme vite, Nemesis. Cette déesse de la vengeance qui a fait chuter Narcisse, qui s’aimait tellement, incarne parfaitement la jeune femme et le couple qu’elle forme avec Wolfe. Il est sûr de lui, arrogant, incroyablement puisant au départ, mais avec parfois cette pointe de vulnérabilité qui font les grands héros. Wolfe est venu pour détruire, utiliser et a construit des murs hauts comme l’Everest pour se protéger. Il est superbe dans ses costumes sur mesure, dur, cassant, prêt à faire mal impitoyablement mais l’admet et surtout, il est totalement honnête et lucide sur ce qu’il est. Comme toujours, dans les romans de L.J. Shen, face à lui, Francesca paraît totalement démunie : plus jeune, naïve et ignorant tout des hommes et de la vie, on se dit qu’il ne va faire qu’une bouchée d’elle. Mais elle a ses armes, ses forces. Alors que Wolfe baisse un peu la garde, admet quelques faiblesses, elle devient plus forte, plus consciente que le pouvoir réside parfois dans la douceur, l’acceptation et que plier n’est pas rompre. Cela résume totalement l’idée que L.J. Shen a de ce type de relations amoureuses. Cela et aussi que faire du mal à l’autre est parfois acceptable ou pardonnable car cela peut être involontaire ou une erreur. Ce ne sont pas forcément des messages très à la mode mais en tous cas, Wolfe n’est pas qu’un abruti dominateur et Francesca, une sotte naïve. Loin de là, même.

L.J. Shen a beaucoup de talent et vous conduit par le bout du nez derrière ses héros. Ils s’affrontent, se défient, cèdent pour mieux rendre les coups, alternent douceur et violence, amour et passion. C’est très intense et très prenant. Wolfe est un héros assez irrésistible qu’on a envie de détester mais qui désarme souvent aussi. L’alternance des points de vue fonctionne très bien.

Comme toujours aussi, le livre a des petits retournements de situation et des révélations. Et si l’auteure parle de triangle amoureux, dès que Wolfe apparaît, nous savons qu’il n’en sera pas vraiment question !

C’est de l’excellente romance avec tous les bons ingrédients et une auteure qui joue pourtant sur des scénarios désuets et des rapports entre homme et femme qui le semblent tout autant mais c’est sans doute bien plus moderne qu’on pourrait le croire et surtout c’est totalement réussi. L.J Shen dit dans ce roman qu’il ne s’agit pas d’un conte de fées mais d’un conte de sorcières. Je suis assez d’accord.

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