Quoi de neuf dans la romance anglo-saxonne ?

9 juillet 2018

La romance que nous lisons aujourd’hui est née aux États-Unis, il y a quelques années. Pour le moment, une large partie des contextes, tropes, idées exploitées sont encore influencées par ce qui est inventé outre-atlantique qu’on le veuille ou non, tout d’abord parce que une partie (infime) de ce qui st publié là-bas est traduit chez nous et aussi, parce que beaucoup de nos auteures, elles-mêmes nourries par ces livres sont très influencées par cette production. Alors lorsqu’on veut savoir ce qui change, observer la romance américaine, voire britannique ou australienne garde de son intérêt.

Dans un article précédent, j’avais évoqué le fait qu’il y a une sorte de saturation du marché de la New Romance donnant l’impression d’une uniformisation qui conduit à une certaine lassitude : beaucoup de lecteurs ont l’impression de lire la même chose depuis plusieurs années, ce qui est d’ailleurs assez exact. Je ne reviendrai pas sur la naissance de cette forme de romance il y a quelques années, sur le fait qu’un certain nombre de thèmes, de types de héros ont été mis à la mode il y a quatre ou cinq ans et que depuis, nous lisons toujours la même chose. Prenons l’exemple du bad boy tatoué. Il a été popularisé par des Jay Crownover ou des Jamie McGuire qui ont auto-publié respectivement Rush et Beautiful Disaster. Le succès foudroyant de ce type de héros a créé de nombreuses autres vocations et inspiré un nombre incalculable de héros de ce type. Vous et moi n’en connaissons qu’une infime partie (et tant mieux, parce que la plupart sont de pâles copies des originaux) ; quelques auteures ont apporté leur propre vision de ce type de personnage et l’ont fait évoluer mais aujourd’hui, il faut bien dire que lorsqu’on lit des quatrièmes de couverture avec le mot « bad boy » ou quand on voit un type de couverture, on sait très bien ce qu’on va lire dans le livre. C’est identifiable et souvent peu surprenant. Pour certaines lectrices, c’est juste ce qu’elle recherche, pour d’autres, cela devient un peu redondant.

Alors où en est-on aux États-Unis ? Y-a-t-il de nouvelles tendances et si oui, lesquelles ?

Commençons par la forme, ce qui est sans doute le moins intéressant :

  • Beaucoup d’auteures écrivent actuellement des diptyques c’est à dire une mini-série de deux romans qui se suivent et qui sont publiés avec un écart assez minimal. Les sagas longues, publiées sur plusieurs années sur le modèle de Crossfire de Sylvia Day, c’est bel et bien terminé, les lectrices lâchant l’affaire avant la fin, bien souvent. Il en est de même des séries composées de cinq ou six épisodes donnant l’impression que le lecteur est pris pour un pigeon qui va payer fort cher un roman pas plus long qu’un autre. Il demeure des séries avec déclinaison de tous les personnages d’une famille, d’un groupe d’amis. C’est classique, un peu trop d’ailleurs et dominent donc actuellement ces duos, qui ne portent que sur un couple et permettent en deux tomes de parfaitement explorer une histoire conflictuelle.

Ce qui change aussi, mais c’est encore un frémissement et cela ne révolutionne pas tout loin de là, ce sont les thèmes abordés, la construction, les intrigues.

  • Tout d’abord, on constate chez des auteures qui ont connu un grand succès dans la New Romance ou la romance NA, un retour à des livres YA. Retour car pas mal d’entre elles avaient commencé par ça, leurs premières publication en auto-édition étant des romances YA fantastiques (la mode était alors aux fanfics de Twilight et la plupart des romances surfaient sur cette vague avec des vampires ou autres.) Il est intéressant de voir aujourd’hui Jennifer Armentrout, Samantha Young ou Tillie Cole (son cas est un peu différent car elle passe d’un genre à l’autre depuis quelques années), publier à nouveau des livres YA. De manière générale, les auteures cherchent de nouveaux angles ou changent de genre comme les Christina Lauren, emblématiques de la New Romance qui ont publié récemment un woman’s fiction, ces livres abordant des problèmes plus vastes, moins « romance » et plus centrés sur le parcours d’une femme dans la vie. La conséquence est la même, un élément essentiel recule, perd de son importance, c’est le sexe. Ce qui avait été central dans la New Romance, c’était ces scènes explicites qui avaient fait sauter le carcan imposé auparavant et qui rendait difficile parfois des descriptions trop détaillées. On a sans doute sombrer dans l’extrême inverse. Si les lectrices ne veulent pas être prises par des gamines qui ne supportent pas quelques passages très sensuels, elles ne désirent pas forcément lire une série de scènes de sexe qui finissent pas toutes se ressembler et arriver au même moment dans un romance. En écrivant du YA et de la woman’s fiction, les scènes de sexe sont bien moins attendues voire pas du tout. On revient à l’histoire elle-même, à la pure émotion, à l’histoire d’amour avant celle d’une relation charnelle. C’est loin de signer la fin de la New Romance ou du NA comme on le connaissait mais clairement une évolution.
  • C’est sans doute aussi pour cela qu’on revient à de vraies intrigues. Certaines New Romance ou NA avaient fini par se centrer sur les interactions entre les deux héros purement et simplement. Parfois c’st brillant. Quand Elle Kennedy écrit The Goal, elle a un élément unique de rebondissement, très bien exploité d’ailleurs mais tout le reste repose sur une seule idée : un héros sportif supposé crétin et une héroïne qui est son contraire parfait. Après place à l’écriture et notamment au talent de concocter des dialogues hilarants, vifs et qui captivent. Si l’auteure n’a pas ces qualités-là… Le roman perd vite de son intérêt. Maintenant, ce genre de livres a été imité très souvent y compris en français et même quand c’est réussi, cela  a un petit goût de déjà-lu. Il revient donc des histoires avec une vraie intrigue, qui prend le temps de s’installer, de réserver des surprises. Le but est clairement de construire différemment, de ne pas donner l’impression que chaque épisode du roman est déjà pré-écrit et donc « devinable ». C’est tout à fait ce qui se passe avec Ghostgirl de JB Salsbury qui pourtant a déjà publié des romances assez classiques d’ailleurs traduites en France, ou le Want You de Jen Frederick (partenaire de Elle Kennedy dans le duo Erin Watt). Les blogueuses américaines désignent ce genre de livres par la formule « unique romance », soulignant leur côté atypique même si parfois, de loin, cela ressemble à un NA classique. Dans ces livres, la construction est assez différente : pas le classique premier baiser à 25 % suivi de la première relation sexuelle à 50 % t du rebondissement ultime à 80 %… La structure est différente. Par exemple, dans Want You, les héros sont très jeunes jusqu’à la moitié du livre.
  • Cela induit aussi des thèmes un peu différent. Il reste une immense majorité de tropes hyper classiques, attention. Mais la mode actuellement est tout de même un peu plus importante, sur les relations interdites, les milieux criminels qu’on édulcore le moins possible. Les héros sont souvent très jeunes également, pendant au moins une partie importante du roman. Cela revient à ce que je soulignais en premier point : le YA ou le NA sont loin d’être morts, on garde ce côté fragile, exalté, exaltant de l’adolescence ou de celui suit tout de suite, des premiers émois, des grands choix en les compliquant un peu. Difficile de avoir si cela révolutionnera le genre mais le bad boy, ou la bad girl, reste à la mode.
  • Enfin, dernier point de ce petit tour d’horizon, j’avais appelé de mes vœux une romance plus féministe, là aussi, il ne faut pas crier victoire mais il y a une claire évolution des héros avec des personnages bien moins dans la virilité agressive, dans l’attitude alpha de la meute. Les héros sont plus nuancés, respectueux de celle qu’ils aiment ; si parfois, il gardent cette envie de contrôler et dominer, ils essaient de lutter contre ce naturel. Les héroïnes veulent aussi être celles qui se sauvent toutes seules. Elles ne sont plus forcément ses femmes en détresse que la rencontre avec le héros va sauver ou cette « infirmière » qui va permettre la rédemption du personnage masculin principal. Là aussi, ne nous emballons pas, il y a encore énormément de livres sur ce modèle dans les centaines de titres qui sortent chaque semaine (je n’exagère pas), mais on sent chez les auteures les plus en pointe, les plus connues aussi, une volonté de modifier les choses, parfois en les inversant : c’est l’héroïne qui a peur de l’engagement, qui cache ses sentiments, est amoureuse en dernier. Cela fait du bien et parfois quand on aborde des sujets de société comme la violence conjugale, cela donne dans Long Shot de Kennedy Ryan, une vraie leçon sur la façon de s’en sortir.

Nous sommes loin de la révolution qui est apparue il y a quelques années, la romance contemporaine a vu alors apparaître de nouveaux thèmes, de nouvelles auteures, de nouvelles façons d’écrire. Aujourd’hui, les évolutions sont à la marge. On ne change pas la structure général, on ne révolutionne rien mais on essaie de renouveler un peu. Cela fait du bien et cela risque, comme souvent, d’influencer nos propres auteures qui regardent encore beaucoup ce que font leurs consœurs américaines.

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