Les RITA ou les oscars de la romance en 2018

23 juillet 2018

Les RITA sont les oscars de la romance. Ils sont décernés chaque année lors d’une conférence de quelques jours qui a lieu l’été dans une ville américaine par la RWA (Romance Writers of America). Cette année c’était à Denver le 19 juillet.Contrairement à d’autres récompenses, les RITA sont  le résultat du vote de professionnels de la romance, des éditeurs, des auteurs… Le public n’y participe pas. C’est l’opposé de Goodreads, un site répertoriant les avis de lecteurs. Eux aussi décernent des récompenses, mais dans de nombreux genres et après un vote des lecteurs.

Les RITA, c’est une vénérable institution créée au tout début des années 80 à Houston. Il y a eu à l’époque, prise de conscience que la romance n’avait aucune représentation. Le genre qui est alors en pleine explosion sous la forme que l’on connaît aujourd’hui, souffre d’une absence de reconnaissance et de mise en avant. C’est également purement américain. Chaque état dispose d’une antenne locale de la RWA. Cela permet d’organiser des rencontres avec le public très régulièrement, des conférences et hormis le fait qu’il y a une cérémonie pour distribuer les récompenses, de nombreuses auteures interviennent lors de conférences souvent passionnantes sur la romance, sur un thème précis, leur propre parcours… Enfin, il y a une gigantesque séance de dédicaces organisée avec des centaines d’auteures.

Il existe aujourd’hui treize catégories de prix allant du meilleur premier livre, à la romance comportant des éléments spirituels et religieux. Je reviendrai sur ces subdivisions.

Pendant très longtemps, les prix décernés chaque année reconnaissaient des auteurs incontournables qui avaient marqué l’année par une de leurs publications. Le système s’est modernisé. Les catégories de récompenses aussi. Par exemple, l’apparition d’un nouveau sous-genre à la mode nécessite de créer une récompense correspondante.

Mais depuis quelques années, cette institution souffre du fait qu’elle est organisée par des professionnels et a du mal à intégrer les grandes nouvelles tendances de la romance. La plupart des auto-édités n’y viennent pas, ne sont pas inscrites dans l’association. Pourquoi le seraient-elles ? Très souvent, elles n’ont eu aucunement besoin de la RWA pour commencer et l’ont fait parfois contre les éditeurs qui refusaient de les publier. Ainsi ce week-end alors même que se tenaient à Denver les dédicaces des RITA, une grande convention était organisée dans la même ville, la BookBonanza. Si vous vouliez croiser Abbi Glines, EL James, Colleen Hoover, Anna Todd… c’est là qu’il fallait aller. Pourtant l’organisation décerne aussi des prix à des auteures non publiées, donc cherche à promouvoir de nouvelles plumes. Il n’est pas sorti beaucoup de grands noms pourtant.

En réalité, il y a un fossé qui se creuse entre cette institution qui fait pourtant un travail remarquable pour la romance aux États-Unis mais qui s’appuie sur des auteures parfois vieillissantes, installées et qui ne représentent pas forcément les tendances les plus récentes du genre comme Nora Roberts ou celle qui a pris la parole lors de la principale conférence cette année: Suzanne Brockmann, star de la military romance des années 90 chez Harlequin. Évidemment, elle était là pour le couronnement de sa carrière mais il faudrait sans doute contrebalancer avec plus de petites nouvelles.

Quant au palmarès, il est à l’image de tout cela.

Les catégories de récompenses, déjà, interrogent. Il y a en 13. Je vous donnerai le nom des gagnantes et leur éditeur (s’il y en a un).

  • Meilleure nouvelle de romance contemporaine : Forbidden River de Brynn Kelly (Harlequin)
  • Meilleure romance contemporaine: Falling Hard de Lexi Ryan (Auto-publiée)
  • Meilleure romance historique: Between the devil and the Duke de Kelly Bowen (Grand Central Publishing -Forever)
  • Meilleure romance YA : Seize Today de Pintip Dunn ( Entangled Publishing)
  • Meilleur romantic suspense : The Fixer de HelenKay Dimon (Harper&Collins- Avon)
  • Meilleure romance paranormale : Hunt by the Darkness de Stephanie Rowe (Auto-publiée)
  • Meilleure romance érotique : Wicked Dirty de J. Kenner (Martini&Olive)
  • Meilleure romance historique (format court) : Waltzing with the Earl de Catherine Tinley (Harlequin – Mills&Boon)
  • Meilleure romance comportant des éléments spirituels ou religieux: Then There Was You de Kara Isaac (Auto-publiée)
  • Meilleure romance contemporaine (format court): Second Chance Summer de Kait Nolan (Auto-publiée)
  • Meilleure romance contemporaine (format moyen): Tell Me d’Abigail Strom ( Montlake Publishing-Amazon)
  • Meilleur roman féminin avec une romance centrale : Not That You Mention It de Kristin Higgins (Harlequin)
  • Meilleure première romance: Take The Lead d’Alexis Daria (St Martin’s Press)

Je ne ferai que quelques remarques:

  • Que dire de toutes ces catégories basées sur la taille de la romance qui permet de balayer un peu plus le genre et de récompenser plus de gens ? Quand on sait qu’au départ, les spécialistes de la nouvelle et surtout du roman plus court dans la romance étaient Harlequin et personne d’autres, on comprend un peu mieux.
  • On continue à décerner un prix de la romance érotique alors que personne ne se penche plus trop sur la question de savoir ce qui est érotique ou pas. Julie Kenner chez nous est publiée sans mention d’érotisme particulier.
  • Il y a des catégories improbables comme  la romance avec éléments religieux qui n’existe pas chez nous. Dans ces romances, les héros ont la foi et celle-ci est omniprésente et a une influence sur leurs choix amoureux. Mais pourquoi classer Kristan Higgins dans une catégorie où le terme de romance est presque totalement relégué ? Elle représente pourtant la romance contemporaine aujourd’hui, mais c’est celle qui s’oppose à tout le reste (les auteures non représentées ici ou seulement par Lexi Ryan)
  • Les auto-publiées sont bien là y compris dans certaines catégories prestigieuses comme la romance contemporaine remportée par Lexi Ryan que nous connaissons mais la plupart des très célèbres ne sont jamais apparues ici.
  • Le NA a été le phénomène de la romance depuis cinq ans et les RITA ne le connaissent pas. Le MM, qui a déjà été récompensé, il faut le dire, n’a pas de catégorie particulière et n’a rien obtenu cette année. De manière plus générale, aucune des grandes auteures installées de la romance depuis cinq ans ou presque n’étaient là, elles étaient plutôt dans un autre hôtel de la ville…

Que faut-il conclure de cela ? La romance telle qu’elle a évolué et s’est très popularisée chez nous mais aussi aux USA n’est pas vraiment illustrée par cette institution pourtant très importante. Ce sont des choix et l’on voit bien dans la répartition des récompenses qu’on fait très attention à être très équitable. Chacun repart avec quelque chose ou presque, Harlequin, qui est parfois l’unique représentant dans sa catégorie est forcément plus chanceux.

Très politiques, les RITA n’ont sans doute plus la même influence. Ils traduisent aussi les bouleversements de ce milieu depuis quelques années avec l’apparition de l’auto-édition, d’Amazon en tant qu’éditeur (il a obtenu une récompense). Si cette institution est intéressante, elle n’a sans doute plus la même vertu qu’il y a quelque temps : mettre en avant les meilleurs de leur catégorie. Pour terminer, je dirais que tout espoir n’est pas perdu. Pour la première fois depuis des années, Nora Roberts n’a pas été récompensée dans une seule catégorie. Faut-il y voir une évolution ?!! J’en doute, ce pilier de l’institution risque de revenir très vite. Il reste tout de même à s’interroger sur le fait que la romance et l’édition ont beaucoup changé et que l’on sent que ça peut encore évoluer beaucoup aux États-Unis forcément mais aussi chez nous où cela fonctionne encore différemment.

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