La romance historique, déclin ou début de renouveau ?

30 juillet 2018

Il fut un temps où la romance historique triomphait de tous les autres genres et où les plus grands noms du roman d’amour en écrivaient une. Les premières stars de la romance étaient d’ailleurs des auteures d’historiques. On peut citer Kathleen Woodiwiss, Georgette Heyer ou Barbara Cartland et si l’on veut rester en français, rappeler que Anne Golon et son époux en créant Angélique et la longue série qui en a découlé était bien une auteure de romance. Il a existé aussi de grandes sagas entre romance et roman historique sous la plume de Colette Davenat ou de Juliette Benzoni, pour ne citer qu’elles.

La romance historique a très vite acquis un style bien à elle, explorant l’histoire mais mettant une histoire d’amour au cœur de l’intrigue comme le veut la définition du genre. Les éléments purement historiques avaient tendance à être un peu laissés de côté, si l’on veut être tout à fait honnête. La lectrice de romances historiques se moquaient globalement de l’exactitude de l’époque évoquée. Bref, cela fonctionnait très bien et jusque il y a cinq ou six ans, c’était le genre le plus en vogue, même si quelques auteures s’exprimaient dans la romance contemporaine aussi (Lisa Kleypas ou Elizabeth Hoyt par exemple). Elle a tout inventé par ailleurs : les tropes, les couvertures très caractéristiques (ah le mâle dénudé à la Fabio, qui rend la lecture publique difficile !), scènes de sexe… Je parle évidemment de ce genre aux États-Unis, car en France, il y a assez peu de noms à citer, même encore aujourd’hui. Et comme souvent quand on parle de romance, tout vient d’outre-atlantique et a été, au mieux, copié (c’est à dire qu’on utilise les mêmes trames, les mêmes ressorts, les mêmes tropes) jusqu’alors. Mais j’y reviendrai, car cela pourrait changer et avant qu’on hurle en me disant qu’il y a des exemples de romances historiques à la française, je précise que je le sais et que c’est un terrain qui reste à défricher selon moi.

La romance historique est toujours là bien entendu, mais elle est passée clairement au second plan. On en parle moins, les ventes se maintiennent globalement mais ont parfois baissé y compris pour des auteures-phares comme Lisa Kleypas, par exemple. Alors, que s’est-il passé ?

Plusieurs éléments peuvent expliquer ce relatif recul.

  • La romance historique a globalement raté le passage à l’auto-édition. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas d’auto-édition dans ce genre. Bien sûr que cela existe, mais les lectrices n’ont pas forcément suivi les écrivains s’auto-éditant comme cela s’est produit avec les auteures de contemporain. Pourtant, la romance historique a souffert des mêmes carcans que la contemporaine et l’une des causes du recours à l’auto-édition est justement de pouvoir y échapper. Les éditeurs ont gardé la haute main sur les stars et les nouvelles, aujourd’hui, sont souvent issues d’un parcours classique d’édition. Cela ne veut pas dire d’ailleurs qu’ils ne sommeillent pas quelque part des manuscrits superbes et ignorés, mais ils ne sortent pas vraiment de leur anonymat. Est-ce parce que ils ne sont pas bons ?  Pas dans le goût des lecteurs ? Je ne sais pas trop mais on est bien obligés de faire ce constat.
  • La romance historique n’a pas renouvelé ses thèmes depuis très longtemps. Il y a quelques années, peut-être quelques dizaines même, lire une romance historique permettait de choisir des époques variées et avec des histoires forcément différentes. Il n’était pas rare de lire des romances médiévales, plus rarement antiques, se déroulant dans le sud des États-Unis au moment de la guerre de Sécession, au milieu de l’océan, avec de beaux officiers ou de séduisants pirates, dans l’Angleterre de la Régence ( début du dix-neuvième siècle), dans l’Angleterre victorienne… Ajoutez des romances vikings, écossaises (le Highlanders… soupir…) indiennes (amérindiennes en fait, pendant les différentes guerres indiennes) et je vous épargne des éléments plus singuliers encore. En fait, beaucoup de ces thèmes ont carrément disparu. Pour certains, cela tient à l’évolution de notre regard sur une époque : est-il possible aujourd’hui d’évoquer de façon sereine une romance amérindienne de la même façon qu’autrefois ? Non et visiblement on hésite à le faire de façon plus contemporaine, c’est à dire en modernisant le propos. Que dire de l’Amérique d’avant la guerre de Sécession montrant un sud qui pratiquait l’esclavagisme ? Autant en Emporte le Vent serait sans doute bien difficile à tourner aujourd’hui et à publier… De ce fait, la romance historique a peu à peu réduit ses thèmes à peau de chagrin : il y a une domination écrasante de la romance Régence encore aujourd’hui. Le succès des romans de Jane Austen, le nombre innombrables de réécritures (parfois bien douloureuses à lire pour moi…), le fait que lorsqu’on parle de Monsieur Darcy, la lectrice est déjà à moitié conquise, a sans doute poussé à se concentrer sur cette période avec un risque d’overdose. C’est ce qui sort encore le plus même si le succès de quelques séries comme Outlander ont bien boosté un personnage qui a toujours plu : le mâle écossais ! Mais après ? Il devrait y avoir de nombreux pirates depuis Pirate de Caraïbes, non ? Jack Sparrow a de quoi faire rêver. Et les Vikings, eux aussi mis en valeur par une série ? Eh bien, il y en a, je vous rassure mais pas beaucoup et ce ne sont pas les plus recherchés.
  • La romance historique n’attire pas forcément le même public. La romance a explosé il y a quelque années autour de titres contemporains. Le lectorat qui a découvert la romance à ce moment-là n’est pas passé par la découverte de l’historique. La plus grande partie n’a aucun intérêt pour une romance se déroulant dans un passé qui ne lui évoque pas grand-chose. Paradoxalement, les lectrices de romances historiques vont parfois vers la romance contemporaine.

Tout cela a, de façon très exagérée, ringardisé la romance historique. C’est exagéré parce que la romance historique évolue elle aussi, bien entendu. Mais on reste tout de même étonné que le time travel tellement mis en valeur par Outlander n’ait pas aussitôt suscité de nouvelles parutions. Il y en a eu mais pas autant qu’au moment où Outlander a été publié il y a déjà pas mal de temps.

Cette situation est-elle en train d’évoluer ? C’est possible. Le fait que la créatrice du célèbre Grey’s Anatomy, Shonda Rhymes, recrutée par Netflix ait décidé d’adapter à l’écran une romance Régence, celle des Bridgerton écrite par Julia Quinn en est peut-être le signe. Peut-être. Il est encore trop tôt pour le dire, mais le succès de séries comme Outlander, donc, ou même des Downton Abbey ainsi que les innombrables adaptations de Jane Austen montrent que l’adaptation à l’écran d’une comédie romantique historique n’est pas absurde du tout. La vraie nouveauté est qu’il s’agit d’une romance pure et dure et non pas d’un time travel qui penche du côté roman historique ou d’une chronique sociale d’une époque comme dans Downton Abbey. Cela dénote sans doute une vraie avancée de la romance qui a connu de vrais succès d’adaptation dans des genres très différents comme la romance contemporaine avec Cinquante Nuances ou le YA…

Je terminerai par un vœu personnel. J’ai lu énormément de romances historiques, mais j’en lis moins maintenant, par manque de temps et d’intérêt. Je n’en ai lu que très peu se déroulant en France. Pourtant, nous avons de quoi faire. Je me souviens de les découvertes de Juliette Benzoni, Anne Golon, Jacqueline Monsigny (ah la saga Floris, qui se déroulait à La Nouvelle Orléans !!). cela date… Plus récemment, il m’est arrivé de découvrir de jolies romances historiques comme celles de Penny Watson Webb. Je sais que d’autres auteures francophones ont abordé l’histoire de la France mais je reste convaincue qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine ! C’est de telles lectures que j’appelle de mes vœux ! Il reste à conquérir un nouveau public et a montré que ce genre sait se renouveler et n’est pas ennuyeux ni forcément une sorte de leçon d’histoire indigeste.

4 Comments

  • DarkAthena59 30 juillet 2018 at 16 h 04 min

    Voila un bel article qui reflète effectivement les tendances d’aujourd’hui.
    Pour ma part, je suis une lectrice de romance sous beaucoup de formes, mais mon style préféré est la romance historique. Pour l’instant, l’envie et le plaisir sont toujours là. Certains sont moins bons que d’autres, certains se ressemblent aussi, mais je trouve toujours plaisir à lire sur ce thème et j’espère que ça continuera encore longtemps.
    Merci pour cet article!

    • Sylvie Gand 30 juillet 2018 at 17 h 46 min

      Merci! Je pense que la romance historique continuera à exister mais peut-être, elle s’est trop cantonnée à certains sujets. J’ai fait il y a quelques temps une overdose de romances Régence et je n’ai jamais accroché aux innombrables versions d’orgueil et préjugé. On verra mais peut-être que nous aurons de belles surprises dans les années à venir.

  • LEBEL 30 juillet 2018 at 16 h 45 min

    Je pensais être ringarde en préférant ce type de romance. Je m’aperçois que ce n’est pas le cas. La romance historique est celle que je préfère et je prends plaisir à relire plusieurs fois les livres qui m’ont touchée. Merci pour cet article qui nous donne l’espoir que la romance historique a encore de beaux jours devant elle.

    • Sylvie Gand 30 juillet 2018 at 17 h 47 min

      Je ne sais pas si c’est de la ringardise! La romance historique a vu passer d’autres romances à la mode. Elles sont passées! Elle est toujours là !

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