Les scènes « Facepalm » de la romance – Épisode 2 – le frère, chaperon de sa sœur

11 juin 2018

Me voilà de retour avec une scène très fréquente qui devient parfois l’entier sujet d’un roman : la relation ô combien choquante d’une jeune femme avec le meilleur ami de son frère. Pour être très franche, pour moi il s’agit d’un sujet qui me fâche bien plus que la stupidité d’un personnage ou d’un rebondissement facile et simpliste que la romance utilise parfois sans vergogne. Car, faire reposer une partie ou la totalité d’une histoire là-dessus pose quelques questions.

Tout d’abord, établissons quelques faits:

  • Le héros et l’héroïne sont majeurs, des adultes consentants, au moment où l’histoire d’amour se développe vraiment même si cela a commencé avant. Ainsi, il n’est pas rare de voir une jeune femme mineure développer un crush sur l’ami de son frère, plus âgé, plus sexy que les garçons de son âge.
  • Le héros n’est pas un pervers qui fantasme sur la sœur de son frère, petite fille.
  • Le héros n’est pas un criminel, un repris de justice, un mec dangereux qui se livre à des activités répréhensibles. Il est parfois dragueur et pas toujours classe avec les filles mais c’est à l’héroïne de se dire que ce genre de types ne l’intéresse pas. Et l’on sait que ça lui pose rarement un problème…
  • Il est le meilleur ami du frère de l’héroïne donc celui-ci doit l’estimer un peu, lui faire confiance, l’apprécier sinon je ne comprends pas la définition de « meilleur ami ».

Et pourtant… il y a une sorte de onzième commandement uniquement admissible dans la romance: À ma petite sœur tu ne toucheras point.

Mais… sérieusement ?!

En quoi un frère a-t-il le droit de surveiller avec qui sa sœur sort ? De qui elle tombe amoureuse ? De décréter que tel ou tel homme de son entourage n’a pas le droit de draguer sa sœur? Cela impliquerait que d’autres ont le droit mais pas son meilleur pote ? Ou alors que personne n’a le droit ?

Or, cela ne semble choquer personne. Le héros se soumet et se dit que non, jamais il ne regardera la soeur de son pote, qu’il ne la mérite pas, que c’est trahir son ami de faire l’inverse. En cela il se dénie le choix de tomber amoureux et par là même, il le refuse à l’héroïne qui, elle n’a rien promis du tout. On a donc un petit arrangement entre hommes (un qui exige, l’autre qui se soumet, on se demande pourquoi) et une héroïne qui se retrouve victime de cela, tout en acceptant le principe. Elle ne veut pas contrarier son frère. Précisons que l’inverse ne se voit jamais ou presque. Il est très rare qu’une héroïne demande à sa meilleure copine de ne pas loucher sur son frère. Au contraire, c’est souvent considéré comme drôle, l’occasion de scènes marrantes.

Encore une fois, la romance véhicule ainsi un schéma hyper sexiste où il est considéré comme « sympathique », « excitant » (je ne sais pas quel mot employer en fait) de montrer une situation interdite par un mâle de la famille de l’héroïne. Oui, une histoire d’amour rendue difficile est toujours une excellente base mais il ne faut pas choisir le premier prétexte venu et celui-là, en particulier, me pose un sérieux problème. Il n’y a rien de « sympathique, ni « d’excitant » à avoir un frère qui s’immisce ainsi dans la vie sentimentale de sa sœur. Cela va même plus loin car, en général, ce type de situation se dénoue : le frère apprend l’horrible liaison qui s’est développée malgré tout. Il devient ultra-menaçant, s’estime trahi et il n’est pas rare que ça se termine à coup de poings entre le héros et le frangin. Super… Je précise que dans ce cas, personne ne trouve le frère abusif. Au contraire, il semble être dans son rôle protecteur des femelles du troupeau… pardon, des femmes de la famille. J’ai juste envie de dire qu’une femme peut décider seule de qui elle tombe amoureuse et si son frère trouve son nouvel amoureux à son goût… tant mieux, sinon… bah… tant pis !

Ce genre de scènes est très fréquent et comme je l’ai dit, est obligatoire dans une histoire qui utilise le trope du « je tombe amoureuse de l’ami de mon frère ». Une fois de plus, on a l’impression que la romance joue sur le fantasme de l’interdit sans se soucier du côté admissible ou pas de cet interdit. Pour moi, cela n’en est pas un et voir un frère se comporter comme un bonobo me fait grimacer… et me taper le front contre ma main ! Il est très rare que ça soit traité de façon amusante qui plus est et jamais pour condamner cette attitude ou très peu.

Il existe la variante avec le père qui n’accepte pas le copain de sa fille mais là, cela peut être bien plus complexe. On peut en sourire gentiment quand l’humour prend le dessus et qu’on voit un papa au supplice de voir sa fille lui échapper, à condition qu’on n’assiste pas non plus à un contrôle en règle. Et puis, il peut y avoir des situations vraiment interdites si l’on ajoute une autre dimension comme par exemple, une forte différence d’âge, un vrai tabou comme le fait que le héros représente un danger quelconque…

Une fois de plus, la romance s’installe dans des tropes qui interpellent car peut-on passer sans sourciller sur un schéma sexiste ? Peut-on conforter les lectrices dans cette image que les mâles autour des héroïnes ont un droit quelconque sur leur vie amoureuse quand elles sont adultes et responsables ? La réalité et la fiction sont deux choses différentes mais le schéma sexiste a la vie dure et la romance gagnerait à les chasser. Cette situation semble sortie d’un autre âge et gagnerait à retourner dans l’histoire où la société considérait ça comme normal.

4 Comments

  • 3moopydelfy 11 juin 2018 at 9 h 42 min

    Etrangement le soucis ne se pose pas en inverse. Il n’existe pas de commandements « tu ne sortiras pas avec la meilleure amie de ta soeur ». Ca m’énerve.

    • Sylvie Gand 11 juin 2018 at 9 h 59 min

      Et non! Preuve qu’il s’agit bien d’un schéma sexiste.

  • lola dori 17 juin 2018 at 7 h 17 min

    J’avoue ne pas avoir envie d’ouvrir le livre lorsqu’il s’agit de ce type d’histoire. Cela me rappel les vieilles romances (comprendre romances d’il y a 15 ou 20 ans pas les romances historiques). Vue, revue et re re vue. De plus s’il s’agit d’un pote du frangin, les personnages se connaissent tout de même assez bien, et généralement depuis assez longtemps, il ne se passe rien et zou tout d’un coup l’autre existe ? Enfin, je suis d’accord il y a un côté très « victorien » avec le principe du frangin gardien de la vertu de sa sœur qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Le sujet très vite limité.

    • Sylvie Gand 17 juin 2018 at 9 h 10 min

      Oui, c’est limité et repose souvent sur l’interdiction édictée par le frère. Sinon c’est juste le crush d’une jeune fille devenue adulte qui se réalise mais c’est présenté comme un crush réciproque donc c’est vrai que l’enjeu est vite limité.

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