Le métier d’éditeur

18 juin 2018

Je ne le fais que rarement mais je vais mélanger mes deux casquettes, celle d’éditrice et celle de blogueuse. Je lis sur les réseaux sociaux ou j’entends de telles énormités sur ce métier que je me sesn un peu obligée d’en donner ma version. J’ai fait une intervention aussi auprès d’élèves à ce sujet et il me semble qu’ils étaient bien plus réceptifs que beaucoup d’auteurs que je côtoie sur ce que je fais !  Avant de commencer, je préciserai que ce que je vais décrire est MA façon de travailler, que je ne sais pas si cela se passe ainsi ailleurs, ni si c’est bien ou pas. Mais cela me convient.

Premier point, ce métier comme quelques autres, donne cette impression que contrairement à un neuro-chirugien ou un spécialiste de physique nucléaire, il est accessible à tout le monde et que derrière son écran, il est très facile de penser qu’on peut le faire et bien mieux que beaucoup. Je suppose que les étudiants qui passent des masters d’édition et tous les gens qui exercent ce métier depuis longtemps sourient en coin et seront d’accord avec moi pour dire que, non, cela ne s’improvise pas et que les avis des uns ou des autres donnés à l’emporte-pièce, ne suffisent pas pour faire un bon éditeur. Je lis si souvent des formules du genre « je ferais bien mieux » ou « c’est pas compliqué pourtant » que cela me paraît nécessaire de le répéter.

Alors que fait un éditeur ? Je ne parlerai que du travail directement lié au livre avec un auteur car je ne suis pas propriétaire d’une maison d’édition et je ne connais pas les aspects, pour moi, terriblement rébarbatifs, de marge, de point mort et de gestion d’une entreprise. Pas mon truc !

Un éditeur lit beaucoup, relit encore plus, puis il lit et relit encore. Pour moi, c’est merveilleux mais pourtant ce n’est pas qu’une partie de plaisir !

  • Il fait partie le plus souvent d’un comité de lecture qui voit passer quantité de manuscrits et va participer au choix des futurs livres édités. Passionnant, parfois très pénible (tout n’est pas bon…), demandant de s’investir car lorsqu’on estime avoir trouvé une perle rare, il faut se battre, convaincre… Il n’y a pas forcément unanimité et décider de publier un livre c’est en fait déjà envisager un budget. Les maisons d’édition ne sont pas des œuvres philanthropiques et veulent gagner de l’argent, ne nous leurrons pas. La bonne nouvelle est que l’auteur peut en gagner aussi.
  • L’éditeur travaille sur le manuscrit. J’ai l’air d’enfoncer une porte ouverte ? Eh bien, c’est l’aspect qui semble le moins souhaité par les auteures de romance que j’ai pu croiser. Beaucoup voient très bien l’utilité d’un éditeur pour la publicité qu’il fera d’un roman, pour sa capacité à le publier en papier et à le distribuer en librairie en masse, pour professionnaliser le résultat, produire un livre corrigé, doté d’un titre et d’une couverture qui fonctionnent. Le reste… le travail éditorial (qui est l’essentiel de mon temps) il n’en est pas tellement question. Or, ce qui est précieux dans une relation entre un éditeur et un auteur, c’est ça. Attention, je ne néglige pas le reste et j’y reviendrai. Mais un éditeur est là pour sortir l’auteur de sa solitude souvent revendiquée par les écrivains. Même avec quelques bêtas lecteurs (là aussi, il faudrait s’entendre sur la définition), l’écriture est un moment de face à face avec soi-même qui puise dans les réserves d’une personne. L’écriture est un challenge, un défi, une façon de plonger au fond de soi avec en plus une dead-line et l’angoisse de ne pas y arriver ou de manquer son objectif. L’éditeur est la personne qui est en contact direct avec l’auteur et a le recul nécessaire pour calmer le jeu tout en gardant les objectifs professionnels à l’esprit. Ce n’est donc pas un bêta lecteur qui est là pour voir si le livre fonctionne ou pas et n’a pas forcément une vision globale.
  • L’éditeur est aussi le maillon d’une chaîne c’est à dire qu’il fait le lien entre l’auteure et tous les autres professionnels qui travaillent autour de la production d’un livre : les graphistes, les spécialistes du marketing, les représentants qui vont « vendre » le livre aux libraires, les fabricants comme les imprimeurs et ceux qui sont en liaison avec eux, les correcteurs, les rewriters…

Tout ce travail prend du temps ; à tous les niveaux. Je suis donc très étonnée quand je vois l’édition d’un roman  se faire en quelques mois voire quelques semaines. Beaucoup d’auteurs considèrent aujourd’hui que l’éditeur est un peu inutile : quel besoin de travailler éditorialement ? Les écrivains dans la romance en tous cas, se divisent en deux : ceux qui estiment avoir besoin d’un éditeur et les autres, qui pensent qu’un bon correcteur et quelques bêtas lecteurs suffisent amplement. Certains veulent les deux, en fonction du type de livres qu’ils écrivent. Faut-il y voir une évolution du métier d’auteur et de celui d’éditeur ? Plus équilibré ? Je n’en suis pas sûre.

Un éditeur n’est pas seulement ce professionnel ouvrant quelques voies vers le Graal: l’édition papier, la vraie promotion d’un roman, que sais-je encore… c’est un collaborateur qui apporte toute son expertise du début à la fin de l’écriture. Y-a-t-il des éditeurs qui se comportent mal ou ne font pas bien leur métier ? Sans nul doute. Il en va de l’édition comme de la boulangerie ou de n’importe quelle profession : il y a de mauvais professionnels, des escrocs, des gens qui promettent la lune sans avoir aucune intention de l’offrir… De plus, l’édition n’est pas une science exacte, les plans sûrs n’existent pas. Ce qui complique aussi les choses est le fait que tout le monde, auteurs et éditeurs sont hautement conscients des gains possibles à faire et si les deux parties ont intérêt de s’entendre, il peut aussi avoir une vraie question sur le partage des gains, sur qui est l’élément fort de ce couple. La multiplication des moyens de publier aujourd’hui permet clairement de se passer d’un éditeur traditionnel… dans une certaine mesure. Tout dépend des buts qu’on se fixe.

Comme j’avais déjà eu l’occasion de le dire, travailler avec un éditeur doit d’abord sous-entendre une relation de confiance. Quand cela est possible, la solitude recule pour l’auteure et l’éditeur lui aussi éprouve une grande satisfaction. On peut même oublier (un peu !) l’argent qui peut troubler cet échange et parvenir à un résultat qui convient à tout le monde : l’écrivain, l’éditeur, le lecteur. Là, c’est juste parfait. Mais rare ! Comme toute chose vraiment réussie !

Pour moi, l’éditeur reste un élément fondamental de l’écriture, de la production d’un livre et, de mon point de vue, il n’est pas qu’indispensable pour des aspects plus complexes et plus commerciaux. Loin de là. La romance dont j’ai souvent dit qu’elle en est encore à ses débuts en France devra aussi se poser la question du rôle de l’éditeur et celui-ci aura sans doute à définir le sien : avoir le même que pour n’importe quel secteur de la littérature ou concevoir un statut à part où l’on considère qu’il s’agit d’une production de masse, rapide, que n’importe qui peut faire, à condition de lisser au maximum les textes. Évidemment, cette seconde proposition ne me convient pas. La romance ne gagnera ses lettres de noblesse (si c’est possible un jour !) que si on la prend au sérieux et c’est de la responsabilité de toute la chaîne, donc des éditeurs et des auteures d’y veiller.

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