Ma romance, mon livre doudou

28 mai 2018

Il y a sans doute un millier de raisons expliquant pourquoi tellement de personnes lisent de la romance et depuis si longtemps. Contrairement à une idée qui court actuellement, elle n’a pas débuté il y a quelques années. Ce qui s’est produit, il y a  peu, c’est une prise de conscience du phénomène et son affirmation tonitruante par quelques gros succès de ventes. Si cela ne se reproduira sans doute pas tout de suite, la romance a ses adeptes allant des lecteurs compulsifs à ceux qui n’hésitent pas à en lire quelques-uns quand ils en ressentent le besoin. Cela n’empêche pas que la romance est toujours assez mal vue, mal considérée, niaise selon certains, proche du porno selon d’autres. Alors pourquoi lit-on de la romance ? Je ne vais pas répondre à cette question complètement mais l’une des raisons est qu’il s’agit d’un plaisir régressif, celui de l’enfance, selon moi.

Vous avez sans doute constaté qu’une petite fille ou un petit garçon peut regarder en boucle un dessin animé, un film d’animation, adore relire jusqu’à plus soif, un livre, un passage d’une histoire qu’il connaît par cœur. C’est toujours un peu étonnant, on a parfois envie de proposer autre chose mais l’enfant n’y tient pas et se cale confortablement, le pouce dans la bouche, le doudou à la main et se laisse porter.

La romance a un effet semblable. Pour plusieurs raisons :

  • Les personnes qui la critiquent soulignent son côté répétitif, codé, prévisible. On sait parfaitement comment le roman va finir. Il n’y a pas le moindre doute là-dessus. Le héros et l’héroïne finiront ensemble et heureux malgré tous le aléas placés devant eux. C’est extrêmement sécurisant.
  • Les péripéties de la romance sont souvent dénoncées comme énormes, caricaturales. Les héros ont souvent connu une masse de drames tellement énormes qu’on se demande comment il est possible qu’ils puissent être heureux. Le livre est censé le démontrer (s’il est réussi). Très sécurisant aussi.
  • En lisant la quatrième de couverture d’un roman, on sait parfaitement où l’on va. Certains livres à succès frappent par leur conformisme: scènes déjà lues mille fois, rebondissements classiques, aucune innovation. A contrario, une auteure qui sort des sentiers battus est regardée avec un peu de suspicions : qui es-tu toi, qui veut me changer mon plaisir personnel régressif ?
  • On sa cale aussi avec son livre pour un moment de plaisir, avec son thé, une sucrerie, même quand on sait qu’on ne devrait pas, au coin du feu… On voit fleurir sur les comptes Insta des jolies photos mettant en évidence des couleurs pastel, douces et paisibles, des images de bibliothèque où un beau feu brûle dans la cheminée et où tout est en bois blond et luisant… De la même façon qu’un petit se colle le pouce dans la bouche avec son doudou préféré, avec sa maman… on se met dans les meilleures conditions pour plonger dans son roman.

Il n’y a plus qu’à voyager alors. Peu de genres permettent ça parce qu’ils ne font pas appel aux mêmes parties de notre cerveau. Quand vous lisez Proust, vous pouvez vous installer dans les mêmes conditions, peut-être, mais la comparaison s’arrête là. La romance joue sur les mêmes éléments qui ont tellement bien fonctionner dans notre enfance, notamment le conte de fées qui demeurent la base de nos romances. Ce n’est évidemment pas un hasard. Il faut juste trouver le genre, l’auteure, le livre qui permet cela. Et après, on peut recommencer à l’infini.

En guise de conclusion, je dirais, que comme pour beaucoup de choses, il y a des conséquences positives et négatives. C’est une forme de thérapie qui lutte contre la dépression et évite peut-être de creuser notre dette sociale ! Cela ne fait pas tellement avancer les choses, par contre, car, essayez de piquer son doudou tout crade, déchiré et puant à un petit enfant… Pas facile…

Cela put faire sourire mais c’est aussi un vrai frein à l’évolution de la romance. Parce que la raison même pour laquelle on l’aime tant est qu’on ne veut pas qu’elle bouscule, sorte de la sécurité. Ce qui est un réel problème car aucun genre, rien sur cette Terre ,e gagne à rester immuable. En plus, ce n’est qu’une des raisons pour lesquelles on peut aimer lire de la romance. Il serait réducteur de penser qu’il n’y en a qu’une seule. On peut aussi lire pour voir des femmes trouver l’amour malgré leurs difficultés, découvrir des histoires d’amour ancrées dans notre vie de tous les jours… Je suppose que chaque lectrice a sa propre motivation principale. Rien que pour ça, parfois, il faut accepter de sortir de sa zone de confort, de lâcher le doudou si familier et de se risquer à la déception, à être dérangé.

En tous cas, bonne lecture ! Car, une fois encore, l’offre est importante et permet de relire mille fois la même histoires mais d’autres très différentes aussi. Tout le monde peut y trouver son compte !

One Comment

  • Nora Davy 28 mai 2018 at 21 h 09 min

    Voilà une analyse fine. En effet, la romance nous sécurise. En fait, c’est le cas pour moi et c’est la raison pour laquelle je lis principalement de la chicklit et du feelgood. C’est un besoin, un SAS, une parenthèse de fraîcheur et de douceur dans un monde qui devient de moins en moins beau… C’est la raison pour laquelle par exemple, je ne lis jamais de dark, le côté violent m’étouffe.
    Bref, merci pour cette perspective très intéressante !

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