Captive de Héloïse Cordelles

15 mai 2018

Je vais commencer cette chronique comme j’en ai débuté d’autres en disant que ce livre n’est pas pour moi. Peut-être que certains pourront le trouver bon, réussi mais pour moi, il est totalement raté et me laisse une profonde sensation de malaise.

Tout est dans le titre qui reprend d’ailleurs allègrement celui d’un autre livre de dark romance, mais c’est un détail. Il s’inscrit dans ce genre, totalement (enfin il est plus dark que romance). Comme le suggère le titre, Lya, l’héroïne va devenir la captive mais je dirais aussi la chose d’un certain Abel. Il est le président d’un gang de bikers et se retrouve en prison après une dénonciation. Il va alors apercevoir fugitivement la jolie Lya qui est sur le point de commencer son métier d’institutrice et qui rend visite à son cousin emprisonné lui aussi. Les deux hommes sont fort différents. Abel est un vrai hors-la-loi ce que n’est pas du tout le cousin de Lya qui est un assassin mais qui a des circonstances très atténuantes dirons-nous. Dès le début, le livre est très glauque mais c’est le genre qui veut ça. Abel va donc décider qu’il veut Lya et va mettre tout en œuvre pour l’avoir. Rien ne l’arrêtera, même pas les protestations de la jeune femme.

Ce qui fonctionne bien dans la dark romance c’est de voir un homme pour qui la domination, le fait d’asservir une autre personne, une femme, ne pose aucun souci. Mais il faut qu’il y ait une cohérence psychologique, que le héros ait un puissant charisme, que l’on comprenne comment une femme normalement constituée peut se laisser séduire par un homme qui la fait souffrir, la viole, la prive de liberté. Je n’ai absolument pas ressenti cela avec ce livre. Abel est une sombre brute qui dégoûte Lya, à juste titre, pendant une grande partie du roman. Elle fait ce qu’elle peut pour protester, cède au chantage qu’il lui impose et un beau jour… au détour d’une page, elle l’aime. Je ne sais pas comment ce tendre sentiment est né et ne peux pas qualifier ce qu’éprouve Abel d’amour. Il y a de nombreuses scènes insupportables où il lui impose des relations sexuelles. Le plus grave c’est que l’auteure semble penser qu’à partir du moment où Lya éprouve du plaisir, c’est qu’il existe une intense alchimie entre eux. Or, il est difficile aujourd’hui d’ignorer que des femmes violées peuvent avoir des orgasmes et que cela ne signifie pas du tout qu’elles sont en train de tomber amoureuses ou de désirer leur agresseur.

Je pourrais continuer longtemps ainsi. Les scènes de sexe sont très nombreuses, pénibles, et Abel, fidèle à lui-même s’éclate à dominer, posséder et humilier. Il est assez cohérent pour le coup. La fin de cette relation tombe comme un cheveu sur la soupe avec un épilogue tout rose et hyper classique dans la romance qui vient encore ajouter de la confusion. La dark romance est un genre qui exige de trouver un équilibre subtil, teste notre crédulité et nos limites. Pour moi, elles sont totalement dépassées ici et je ne crois pas une seconde à cette histoire d’amour.

En passant, le milieu des bikers et assez peu évoqué même si cela semble l’axe de départ. L’auteure écrit correctement, le style est soigné. Tout cela est fort dommage. J’espère sincèrement que la dark romance, que j’aime beaucoup, qui m’intrigue, évoluera vers des formes plus subtiles, plus abouties. Ici, ce roman légitime des idées nauséabondes sur l’amour et les rapports homme/femme et même si on se réfugie derrière l’idée qu’il est question de fantasme plus que de réalité, la romance est glauque et glaçante.

2 Comments

  • Piko Lynna 21 mai 2018 at 14 h 13 min

    Bonjour,
    J’ai ressenti exactement la même chose.
    J’aime beaucoup la dark romance, mais j’ai l’impression que ce genre tombe dans la surenchère, un peu comme si les auteurs s’étaient lancés dans un concours pour écrire le livre le plus glauque. C’est à celui qui va être le plus violent, le plus humiliant… Les scènes s’enchaînent pour montrer à quel point le héros est épouvantable… La victime subit, pleure, déteste et d’un seul coup, comme par magie elle est amoureuse, il est amoureux et tout se termine comme un conte de fées. Ce qui me plaît dans la dark, c’est avant tout le côté psychologique, le mécanisme qui pousse l’homme à agir de la sorte, et le cheminement qui pousse la victime à tomber amoureuse de son tortionnaire. Hélas, de plus en plus, tout cela passe à la trappe au profit d’un enchaînement de violence en tout genre, qui finalement laisse une sensation vraiment désagréable.

    • Sylvie Gand 21 mai 2018 at 14 h 22 min

      C’est exactement ça. L’aspect psychologique est incohérent dans ce roman. Il y a aussi cette sensation de malaise sur le fait qu’on confond alchimie sexuelle et orgasme durant une relation sexuelle non consentie. Cela me pose un vrai problème. On va au-delà du mauvais roman, psychologiquement bancal. On fait passer un message dangereux. Ce livre est par ailleurs plébiscité, ce qui me laisse pantoise. J’espère lire de la bonne Dark car là, on va tuer le genre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *