Tropes et clichés: la romance a t-elle déjà tout dit?

23 avril 2018

Le question-titre de cet article a une réponse apparemment très simple : tout a été écrit d’ores et déjà et depuis très longtemps. La romance, comme d’autres genres, comporte un nombre limité de sujets qui ont tous été abordés. La proportion de chance qu’une auteure aborde un thème qui vous est totalement inconnu est très faible. C’est un reproche très souvent fait à la romance de façon un peu injuste car d’autres littératures de genre ont exactement le même fonctionnement. Dans le roman policier, vous avez droit au thriller psychologique, au polar très noir avec serial killer… C’est exactement la même chose et cela ne suscite pas spécialement de reproches de la part des lecteurs ou du monde de la critique en général.

Si tout a été écrit, à quoi bon continuer, me direz-vous? Ou alors pourquoi se donner du mal puisque de toute façon on reprochera à l’auteure d’aborder un thème bien connu ?

Avant de répondre à ces questions, revenons sur ce qu’on appelle en langage un peu savant, les tropes. La romance en a quelques-uns qu’on pourrait s’amuser à lister mais ça serait fort ennuyeux. Un trope est en fait une situation de la romance, donc de la naissance d’une relation amoureuse entre deux personnes. Par exemple, vous avez la seconde chance en amour ( un couple se retrouve après avoir été séparé par la vie, par un problème…), le parent célibataire (dans lequel la présence d’un enfant, complique une relation ou au contraire la rend plus engageante), la rédemption par l’amour (deux héros malheureux ou un seul d’entre eux, trouvent le bonheur et une solution à leur problème par l’amour), le retour aux racines (un héros ou une héroïne revient dans sa ville natale et y trouve un second souffle), l’amitié qui devient amour… Je pourrais continuer comme cela longtemps, parce que les thèmes et toutes leurs nuances sont très nombreux. Malgré cela, on peut parfois avoir une impression de déjà-lu en lisant une quatrième de couverture. Oui, c’est familier car beaucoup d’auteures ont traité ce sujet.

Tout d’abord ces tropes ne sont pas véritablement un problème : ils permettent de sélectionner rapidement ce qu’on aime ou pas. Si vous détestez le triangle amoureux, vous savez déjà que vous ne lirez pas tel ou tel livre. Si au contraire vous adorez ça, vous allez chasser ce thème dans toutes les nouvelles sorties. La romance permet souvent une lecture doudou, qui fait du bien, savoir qu’on va lire ce que l’on préfère est déjà un premier pas vers a satisfaction à condition que l’auteure réussisse son coup c’est à dire traite « bien » le sujet.

Et une fois de plus, tout est là. Tous les tropes ont été abordés, oui. Mais chaque romance est individuelle et ce qui va en donner tout le sel, laisser un souvenir durable, c’est l’écriture et la façon dont l’auteure traite son trope. Et là, c’est infini. À condition que l’écrivaine ne confonde pas trope et clichés ou scènes obligatoires. Je pourrais faire là aussi une liste de ce que parfois les lectrices et les auteures considèrent comme incontournable. Non, il n’est pas nécessaire de lire certaines phrases, non certaines descriptions ne le sont pas plus, non reprendre dans un ordre quasi identique ce qu’ont fait cinquante autres livres avant n’est pas la garantie de faire quelque chose de bien. C’est l’un des soucis me semble-t-il de la romance. Les tropes en eux-mêmes ne sont pas du tout un problème, mais reprendre des scènes qui se déroulent de la même façon, ont les mêmes conséquences peut être plus problématique. Développons un exemple : il y a dans toute romance qui se respecte une scène où l’héroïne va être ivre à un moment où un autre. Elle finit en général, désinhibition oblige, par avoir un comportement rigolo qui tranche avec ce qu’elle est habituellement et ça débloque souvent une situation avec le héros. Alors il y a longtemps, quand c’était nouveau, que mettre en scène une fille bourrée était un peu iconoclaste, cela avait un sens. Mais aujourd’hui ? Si on adore cette scène, on peut la relire de nombreuses fois ; on peut aussi détester être déstabilisé par une romance alors ce genre de scènes quasi obligatoires a sa fonction : rassurer, vous êtes bien dans la romance que vous recherchez. Et il en va ainsi de nombreuses autres scènes, à tel point qu’on peut écrire une romance composée uniquement de moments de ce type, qui arrivent un peu au même point dans le roman avec des effets identiques. Rassurant, mais aussi fatalement ennuyeux au bout d’un moment. Attention, je ne prétends pas qu’il est facile de faire cela; je souligne juste que cela finit par lasser. Un autre exemple ? Le businessman à la Cinquante Nuances de Gris. Pour certaines lectrices, soupçonner qu’on va tomber sur le énième Christian Grey, les fait fuir en courant. Notons toutefois que beaucoup de romances les utilisent encore et qu’aux USA, il y a certains livres avec un titre et un sous-titre, précisant qu’on a bien affaire à un milliardaire. Donc cela fonctionne encore. Il suffit parfois de moderniser les choses en allant un peu plus loin ou en mélangeant plusieurs tropes : le milliardaire, le motard et le BDSM par exemple… Je sais, ça peut paraître indigeste et parfois… ça l’est !

On peut aussi écrire dans un trope hyper fréquent, reprendre des scènes très convenues et pourtant surprendre. Le style de l’auteure, sa façon de parler d’un sujet peut tout changer. Vous n’aurez pas l’impression d’avoir déjà tout lu ainsi.

La romance a donc un potentiel de renouvellement exceptionnel, même si 99 % de ce qui sort chaque semaine surfe sur une vague que vous avez déjà vue. Certaines lectrices adorent cela, d’autres veulent être surprises que cela soit par le thème (très rare, ça…), par le traitement ou par le style. J’appartiens à cette dernière catégorie parce que je lis beaucoup de romances depuis très longtemps (non, ne comptez pas sur moi pour vous donner des chiffres!). Mais il y a de nouvelles lectrices chaque jour. Certaines ont commencé à lire avec Cinquante Nuances (2012), d’autres avec After (2015)… Et je ne parle que des succès majeurs. Il y a quantité d’autres livres qui ont suscité une envie de plonger dans la romance. Depuis la romance a évolué. Et qui se souvient aujourd’hui que le héros dEL James, ce milliardaire sombre et torturé était très fréquent dans les collections azur de Harlequin ? Elle n’a pas inventé grand-chose sinon ajouter une dimension érotique à son roman, avec le succès que l’on sait ! Et puis, pour certaines, le thème les touche tellement qu’elles ne se lasseront jamais de le lire et le relire.

En effet, la plupart des tropes, des thèmes, la façon d’en parler ont existé. Il y a des modes dans ce domaine comme dans d’autres. Cela correspond à notre époque, aux thèmes du moment, à la saturation qu’éprouvent les lectrices sur un sujet. Aujourd’hui, le mâle alpha qui prive sa compagne de liberté est un peu plus délicat à traiter qu’il y a  quelques mois. Le bad boy tatoué qui martyrise la femme de sa vie parce qu’il a été très malheureux petit est devenu si banal qu’il attire moins. Mais qui sait si dans quelques années, il n’apparaîtra pas comme de nouveau innovant et passionnant ?

Une fois de plus, ce qui est passionnant, c’est de voir comment la romance se réinvente. En 2012, quand Cinquante Nuances de Gris est sorti, tout le monde a hurlé au renouveau. Ce n’était pas vraiment le cas, comme je viens de le dire, le milliardaire n’était pas si sexy, ni si nouveau. Pas plus que l’érotisme du roman. Pourtant sous la plus d’EL James, avec les ingrédients qu’elle a ajoutés, cela a donné une impression de nouveauté à un public bien plus large que celui qui lisait les Azur de Harlequin. Tout a été écrit mais tout reste à écrire aussi, avec notre vision du monde qui se renouvelle sans cesse, de nouveaux rapports homme/femme, des thèmes qui se nourrissent de notre actualité (migrants, abus sexuels…) Il y a toujours eu des auteures talentueuses pour le faire.

Quant aux tropes… ils existeront toujours et en tant que lectrice de romance, il serait fort étonnant que vous n’en trouviez pas quelques-uns qui vous conviennent. Ils sont très nombreux et les auteures les réinventent constamment.

Wrap Up

Pros

Cons

No Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *