Romance, orgasmes et contes de fées.

9 avril 2018

Il fallait bien un jour ouvrir ce sujet… Car qui dit romance contemporaine, New Romance, dit relations sexuelles plus ou moins explicitement décrites. Cela fait encore beaucoup ricaner les gens qui se moquent de la romance. On se rappelle du terme mummy porn, de cette façon de dire que la fonction unique de la romance est de venir satisfaire le besoin d’excitation de lectrices frustrées. Il est bien évident que c’est plus que cela mais il y a eu dans cette façon de montrer des femmes qui ont une sexualité plus ou moins assumée, qui s’épanouissent dans une relation amoureuse auprès d’un héros de rêve, une volonté d’associer sexe et femme comme rarement dans la littérature. Les mots-clés ici sont : « épanouir » et « rêve ». Car, en effet le sexe entre les héros de romance est présenté comme extraordinaire, au top, indépassable. Il est impossible qu’il en soit autrement, ce n’est même pas un débat.

Comment imaginer un héros au zizi de taille modeste, qui aurait de temps à autre, des soucis d’érection, voire d’éjaculation précoce et qui aurait besoin d’un GPS pour trouver le point G de sa partenaire, notre héroïne ?

Je suppose que vous venez d’éclater de rire ou de grimacer tellement je viens d’écrire une hérésie.

Dans la romance voilà ce qu’il se passe pour le héros :

  •  Le héros est toujours doté d’un organe de taille considérable. Cela donne des descriptions qui parfois font rire (ce qui n’est pas forcément le but) où on vous donne une idée de l’importance du pénis de monsieur en le comparant à une cannette de coca (et là, me voilà en train de me précipiter sur mon frigo pour regarder ça de plus près parce que je n’avais jamais pensé à cette analogie), à un poignet féminin (bon, là il y a tellement de taille que c’est pas forcément impressionnant). La comparaison suprême étant de préciser qu’une seule main (de l’héroïne) ne suffit pas à en faire le tour, qu’il en faut deux… et là on s’interroge aussi sur les mains de l’héroïne. Bref, tout cela est assez ridicule, pas forcément indispensable pour souligner que la scène est sensuelle. Est-il seulement utile de mentionner de tels détails ? Apparemment oui, car c’est très, très fréquent. Cela laisserait entendre que les femmes en ont quelque chose à faire de la taille et qu’avoir un partenaire gâté par la nature est valorisant…Bref…
  • Le héros a une érection immédiate dès qu’il voit l’héroïne. Parfois, là aussi ça frise le ridicule. Il la voit, même de dos, dans le brouillard et au milieu d’une foule et hop… L’héroïne le remarque très vite… Bref, on nage quand même dans l’irréalisme total. Évidemment, il n’a jamais de panne, peut faire l’amour pendant des heures, le temps que l’héroïne atteigne le nirvana (plusieurs fois, non mais !), peut recommencer dans la demi-heure, n’a jamais aucun problème sexuel, peut coucher avec sa partenaire, alors qu’il est encore sur un lit d’hôpital, après une grave blessure… Là aussi, je vois bien le potentiel « tue-l’amour » que serait un héros obligé de prendre du Viagra ou qui oublierait d’envoyer au septième ciel sa partenaire, mais du coup les problèmes de sexualité ne sont jamais abordés dans la romance alors qu’ils doivent quand même concerner pas mal de monde. Ils ont aussi un potentiel romanesque, comme la maladie sans doute, mais c’est un sujet délicat et pas vraiment glamour, qui ne fait pas rêver donc il n’existe pas dans la romance.
  • Le héros a toujours une expérience de folie même super jeune. Il a couché avec la moitié de son université, donc à dix-neuf ans, il a déjà une grande pratique. De façon très curieuse, c’est considéré comme super excitant par l’héroïne qui, elle, en général en connaît beaucoup moins sur le sujet et se réjouit que d’autres filles aient fait l’éducation de leur homme. Ben oui, difficile d’imaginer un puceau, roi du sexe, le premier coup. L’inverse, c’est à dire une fille hyper expérimentée très jeune… n’existe pas beaucoup ou alors elle a eu des problèmes. Elle a cherché une solution à son mal-être dans des relations sexuelles sans lendemain. En gros, chez un garçon, c’est la preuve de sa séduction, chez une fille, le signe d’un souci. Sans commentaire.

Mais l’héroïne dans tout ça ? Elle n’est pas forcément plus réaliste et en réalité, avec la lecture avec identification dans la romance, on a un peu l’impression de voir ce que la lectrice aimerait être dans un fantasme, une sorte de super-woman du sexe qui n’attend que le bon partenaire pour devenir la reine du sexe, elle aussi (il faut tout de même ne pas abuser !)

  • L’immense arnaque est la « première fois » absolument géniale que connaissent 90 % des héroïnes. C’est en général, avec le héros et il assure un max et l’héroïne endure stoïquement une douleur (ça pince, ça gratouille, ça picote… rien de plus) pour mieux jouir après. Moi, je veux bien… Mais parfois à lire certaines scènes, on a un peu envie de rire. Vous remarquerez que lorsque cela n’a pas été terrible, c’est parce que ce n’était pas le bon, c’est à dire le héros. Sinon, c’est juste parfait, la première fois…
  • Après, c’est la grande folie. L’héroïne a-t-elle parfois la migraine ? C’est à dire pas envie de coucher avec son homme ? Jamais. Alors, oui, on suit souvent les débuts de relation et on sait bien que la migraine n’existe pas ou plus beaucoup dans ces moments-là, mais quand même… Et puis, l’héroïne devient multi-orgasmique, si elle ne l’était pas. Adore tous les trucs nouveaux que le héros tente, sans exception (je vous rassure, la romance ne va pas beaucoup plus loin que la domination ou des relations anales, donc ne tombe pas dans des pratiques bien plus scabreuses). Bref, c’est à vous coller des complexes, si on compare à sa propre sexualité qui est parfois… plus simple ! Encore une fois, c’est une lecture-fantasme donc tout le monde sait très bien que la réalité est plus complexe. Mais pourquoi autant de performance, d’exigence de réussite dans ce domaine ? Je pense qu’une partie de la réponse est que longtemps la sexualité féminine a été niée, condamnée, difficile à exprimer et que maintenant, à condition de respecter quelques règles (elle n’est pas comme ça avec tout le monde, mais seulement avec son homme…), lire qu’une femme expérimente au lit, se laisse aller à ses fantasmes, prend du plaisir, sans complexe ou presque, est profondément libérateur. Au point de tomber dans le total fantasme et d’occulter tout semblant de réalisme.
  • L’héroïne n’est plus tout à fait la niaise d’antan forcément vierge et qui regardait le sexe masculin en gémissant : « Mais ça ne rentrera jamais ! »  et qui devait être « éduquée » par le héros en partant de la base (mais alors la base, vraiment). Elle joue avec des sex toys, elle expérimente, seule ou avec son partenaire. Mais, j’y reviendrai, une héroïne n’a pas forcément les mêmes droits que le héros.
  • Il reste les descriptions anatomiques obligatoires qui commencent à me sortir par les yeux, souvent accompagnées de phrases qui n’ont plus aucun sens. L’héroïne voit le héros et soudain a besoin de changer de culotte parce que voilà… tsunami… Indispensable à savoir avec force détails ? Cliché total ? Je ne sais pas ce qui est le pire mais c’est assez usé maintenant. Et parfois on retrouve ces descriptions dans les chroniques des livres où la lectrice emploie les mêmes images. Au secours ! Je n’insisterai pas sur les seins qui pointent dès que le héros montre le bout… de son nez. À croire qu’on ne connaît pas les soutien-gorges rembourrés dans la romance ! Parfois j’imagine ce que ça donnerait dans la réalité… Et évidemment, vous avez les phrases qui tuent, parce qu’elles sont reprises sans aucun recul, comme si c’était indispensable… Les « tu es tellement étroite », « tu es tellement mouillée » qui en rajoutent encore dans le côté « fluides et manifestations corporelles ». Parfois la romance en fait trop…

Vous l’aurez compris, le sexe dans une romance… c’est un peu ou même très exagéré. Il a son rôle. Une relation amoureuse sans sexe épanouissant, sans description aucune serait décevante. Parce que pendant longtemps, il a été difficile de parler de cela et que la romance avec son lectorat féminin, a besoin d’assumer cet aspect-là. Montrer des femmes qui assument leur sexualité est important. Si la romance présente une situation cohérente et vraiment respectueuse de l’égalité homme/femme, en tous cas… Pour le reste, on est un peu dans le grand n’importe quoi avec pas vraiment de limites. Encore une fois, cela semble toujours plus facile de ne pas rajouter un problème de relations sexuelles à des héros qui ont souvent déjà de très lourds soucis à régler mais justement, cela changerait, non ?

Et puis, il reste cette subtile distinction homme/femme, où la sexualité n’est tout de même pas vue totalement de la même façon. Certaines lectrices ne veulent même pas entendre parler d’autres partenaires que le héros (même dans le passé de l’héroïne) alors que tout de même il est à peu près communément admis aujourd’hui qu’une femme a le droit, comme un homme de tester un peu d’autres partenaires avant de trouver le « bon ». Il est encore très mal vu de voir une héroïne avoir une sexualité épanouie avec un autre homme que le héros (avant lui, évidemment…) Oui, les héroïnes s’éclatent mais avec quelques barrières supplémentaires tout de même dans la majorité des cas.

Je terminerai en disant qu’une sexualité épanouie fait évidemment partie de toute relation amoureuse réussie mais qu’il n’est pas forcément indispensable de les décrire quand l’histoire ne s’y prête pas. Cela conduit à des scènes lues mille fois, à des dialogues (le mot est fort) répétitifs de livre en livre mais également à une surenchère, l’ennemie actuelle de la romance, où pour essayer de surprendre, la solution peut sembler d’en dire encore plus, d’en rajouter, de se sentir obligé de rajouter une scène de sexe.

J’ai bien trop lu, par le passé, de romances où il était impossible de parler d’orgasmes féminins pour m’indigner aujourd’hui d’en lire trop. Mais si le message doit passer (la sexualité féminine existe et est parfaitement légitime), la subtilité peut aussi l’accompagner !

3 Comments

  • Hibana 9 avril 2018 at 7 h 42 min

    Analyse très juste… Merci 😊

    • Sylvie Gand 9 avril 2018 at 8 h 14 min

      Merci!

  • Scarlett Julie 9 avril 2018 at 14 h 29 min

    Merci pour cette belle analyse ! C’est ce qui m’ennuie le plus dans les romances actuelles : c’est répétitifs et PARFAIT à chaque fois, ça en devient agaçant, et je passe carrément certains passages …

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