Le retour du Prince Charmant dans la romance…

2 avril 2018

Il a longtemps été présent dans nos romances, directement inspiré des contes de fée qui sont parfois des romances elles aussi. Mais par définition, le Prince Charmant évolue en fonction de son époque. Il a été un noble chevalier en armure étincelante au départ et il est devenu l’homme idéal de son temps ensuite. Depuis quelque temps, il a été un peu occulté par l’anti-héros, le bad boy qui l’est si peu d’ailleurs qu’il peut rapidement revêtir les atours du Prince. Mais il semblerait que le Prince Charmant revienne et qu’il incarne sans doute un peu plus l’idéal masculin des lectrices et auteures. Comme souvent quand je parle de romance, je souligne le côté fantasmatique de cette lecture ainsi que l’identification à l’héroïne. Depuis quelques mois, quelques années pour les plus précoces, se dessine un homme nouveau qui prend en compte en fait les réalités des évolutions récentes : l’égalité homme/femme, le respect dû aux femmes fait que certains héros marquent le pas aujourd’hui. S’ouvre alors peut-être le règne du Prince Charmant version fin des années 2010.

Alors quelles sont ses caractéristiques ? Deux romans que j’ai lus récemment en donnent un bon exemple : In Harmony d’Emma Scott et Long Shot de Kennedy Ryan. N’oublions pas non plus l’admirable Jamais Plus de Colleen Hoover qui en fait une démonstration magistrale.

  • Je vous rassure, il est toujours aussi beau, musclé et a des yeux qui font chavirer. Il est plus barbu qu’avant car c’est à la mode, mais c’est tout.
  • Il est vraiment un Prince Charmant car il est totalement dévoué à l’héroïne mais en prenant une distance qui n’existait pas avant. Il est amoureux, le dit, et il ferait tout pour sa belle. Pour le moment, cela ne change pas grand-chose mais le plus, la nouveauté est que si pour cela, il doit prendre ses distances ou s’écarter, il va le faire. L’idée est que pendant longtemps l’héroïne avait besoin du héros pour échapper à ses problèmes, pour se réaliser dans la vie. Le héros représentait alors un moyen de trouver une solution. Son niveau social, sa force physique, son argent lui donnaient la possibilité de voler au secours de la pauvre héroïne complètement perdue. Prise sous aile protectrice, elle retrouvait son équilibre perdue ou accédait enfin au bonheur, elle qui était si ordinaire et parfois accablée par les problèmes. Cela pouvait être de « petits » soucis ou de plus importants.Dans les deux livres cités, le héros a cette possibilité-là ou pourrait prendre l’héroïne sous son aile mais il ne le fait pas. D’abord parce qu’elle n’y tient pas, elle veut s’en sortir seule. Ce n’est pas simplement parce qu’elle est têtue et préfère la complication mais parce qu’elle mesure toute la dépendance que cela implique : il vous aide et ensuite vous êtes sous sa protection voire sa domination. Vous donnez les clés de votre vie à un homme. Le Prince Charmant d’aujourd’hui n’est pas du tout du genre à profiter de la situation mais on ne le croit pas sur parole non plus. Le Prince Charmant n’aide pas ou se tient un peu à l’écart, parce qu’il sait qu’une femme peut s’en sortir seule, si on lui en laisse l’opportunité. C’est un message très fort et très nouveau dans la romance.
  • Le Prince Charmant d’aujourd’hui est profondément sensibilisé à tout ce qui est en rapport avec les abus subis par les femmes, la drague lourde, l’insistance pour avoir des rapports sexuels. Dans beaucoup de romances, c’est le héros qui veut coucher avec l’héroïne et la presse de le faire. Elle résiste souvent, plaçant ainsi le couple dans un schéma hyper classique : l’homme propose, la femme dispose. sauf que parfois, on écarquille les yeux tellement le héros propose avec insistance. J’avais déjà soulever ce problème avec les livres de Vi Keeland qui joue beaucoup sur ce fonctionnement et le fait que le héros exprime, pour une fois, sa réticence à insister encore. Dans les romances d’Emma Scott et Kennedy Ryan, cela va bien plus loin. La relation sexuelle n’est même pas à l’ordre du jour à cause d’éléments du scénario, la séduction passe bien sûr par une attraction sexuelle mais que le héros va devoir museler, faire attendre, ne pas imposer. On passe donc à une sorte de relation platonique, pour un temps, je vous rassure. Mais quand on sait que pendant pas mal de temps, la relation sexuelle était primordiale et devait se dérouler à environ 50 % du roman en se développant selon des étapes pré-définies qui devenaient sérieusement répétitives, c’est un changement notable. Le Prince Charmant place la relation sexuelle après d’autres élément de romance et il laisse totalement l’héroïne décider du moment et du rythme. Je passe sur le fait que le héros, plutôt que hurler « jouis pour moi », demande plusieurs fois si l’héroïne est sûre de ce qu’elle désire. Au lieu d’un impératif, d’un ordre on passe à une question. Intéressant…
  • Il peut aussi jouer ce rôle protecteur, plus classique, intervenir… mais parce que l’héroïne lui demande ou a besoin de lui. Il serait stupide de nier que parfois, on a besoin d’aide. Dans le livre de Kennedy Ryan, l’héroïne ne va pas forcément chercher celle du héros en premier. L’histoire explique ses choix mais révèle aussi à quel point les rapports homme/femme dans certaines circonstances sont compliquées par les violences subies par l’héroïne. Et non, l’amour ne suffit pas à tout effacer. Pas dans un premier temps, en tous cas.

Alors évidemment, je m’attends déjà à de sérieuses réactions. Tout d’abord, ne nous leurrons pas, ce type de héros n’est qu’un parmi d’autres et toutes les histoires ne se prêtent pas à un tel personnage masculin. Mais je pense aussi que certaines lectrices vont hurler au « héros mou du genou », à l’absence de virilité, réclamer un bon vieux mâle alpha qui domine, protège, prend en charge la femelle. Il y en aura encore même si je pense d’abord qu’un héros viril n’est pas forcément un être grognon, dominateur, qui explique à l’héroïne ce qui est bon pour elle (lui) et prend des décisions à sa place. D’autre part, ce type de héros va sans doute évoluer. De la même façon que ce héros ne frappe plus l’héroïne depuis des lustres, son côté insistant, gros lourd, dominateur et possessif va devoir s’adoucir. Cela ne remet pas en cause la dark romance qui est basée justement là-dessus mais, comme je le disais précédemment, ce genre n’a pas forcément de place pour un héros Prince Charmant (sauf si justement, c’est lui qui incarne l’alternative aux souffrances subies par l’héroïne). Cela n’empêchera jamais non plus de créer des héros qui se comportent différemment et de les faire s’amender ou pas. Après tout, une femme peut détester ce genre de personnage, l’auteure aura alors la lourde charge (pour moi…) d’essayer de me convaincre qu’il demeure un héros « aimable ». Le Prince Charmant a une phase crapaud parfois… alors tout est possible !

Il se dessine un héros nouveau qui induit forcément des relations de couples bien différentes. En fait le héros change car l’héroïne a déjà évolué. Il y a quelques années, des héroïnes très badass devenaient de vrais caramels mous une fois dans les bras du héros et acceptaient tout de lui ou alors prenaient une place si éminente que le héros était plus faible qu’elle. Nous sommes dans une relation plus équilibrée, plus égalitaire aussi. Qui pourrait s’en indigner et surtout n’est-ce pas totalement normal étant donné ce que notre société cherche à promouvoir ? Tous les évènements récents, les prises de parole des femmes révèlent leurs attentes par rapport aux hommes  : des hommes impliqués autant qu’elles dans la vie familiale, qui les respectent, les soutiennent, leur permettent d’être libres de leurs choix. Il faut lire avec attention ces romances, aux vertus pédagogiques et militantes assez évidentes. Attention, il ne s’agit pas de manifestes mais de démonstrations exemplaires qui tiennent compte de tout ce que nous avons appris ces derniers temps et sur le difficile accès à l’égalité et à une relation équilibrée dans un couple. Le Prince Charmant n’est plus forcément celui qui roule en belle voiture ( ou vole dans un jet quand il ne navigue pas sur son yatch), qui couvre l’héroïne de cadeaux somptueux en lui offrant des orgasmes mémorables. Cela ne suffit plus !

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