Ce qui nous oppose, Ce qui nous unit de Nina Frey

2 avril 2018

Voilà un roman et sans doute aussi une plume à suivre, parce que si le thème est relativement banal,la façon dont ce livre est écrit lui donne son autonomie, sa force et on est vite captif des héros et de leurs aventures.

Au départ, tout est très classique : Sixtine, qui préfère qu’on l’appelle Tina, vit dans un squat parisien. Issue d »une famille plutôt aisée et de Versailles, elle n’a pas vraiment le profil pour devenir une squatteuse à la mèche rose et aux collants déchirés. Elle vit là avec une petite bande dont une amie proche, Eva. Nous apprendrons rapidement pourquoi sa vie a basculé un beau jour la conduisant dans le squat. Elle va faire la connaissance en fac, pendant un cours de socio d’un dénommé Maxime, dit Max. Lui a été aussi abimé par la vie au sens propre et au sens figuré. Un accident de moto lui a laissé de lourdes cicatrices et un gros traumatisme. Max vit avec sa famille et a son propre lots de problèmes. Max et Tina ont sans doute plus en commun qu’ils ne le pensent. Si lui voudrait se fondre dans la masse, ne plus être le monstre aux cicatrices, Tina semble faire tout ce qu’elle peut pour se différencier. Tous les deux sont des écorchés vifs, alors leur première rencontre révèle leur hyper sensibilité, leur difficulté à rencontrer de nouvelles personnes. Mais ils sont intrigués et ils devront surtout travailler ensemble ce qui va les obliger à se revoir.

Cela ressemble à beaucoup d’histoires mais ce n’est pas vraiment le cas. On est tout de suite plongés dans une atmosphère particulière, celle de milieux un peu à part dans Paris. Il flotte ainsi une ambiance aussi romanesque que véridique. L’évocation de Paris, de ses différents quartiers, de certains lieux sont criants de vérité et contribue à créer cette atmosphère particulière. Surtout que l’auteure n’édulcore pas trop les excès, les effets de la drogue et autres substances qu’on trouve en de tels lieux. Cette atmosphère vient aussi en partie de cette émotion frémissante qui flotte sur le livre, celle qu’éprouvent les deux héros, si fragiles et forts à la fois, que la vie a déjà beaucoup testés. C’est cela qui fait la force de ce roman. On s’attache tout de suite à Tina et Max. Ce qui est dommage par contre, c’est que nous n’entrerons jamais tellement au cœur des émotions des deux héros. Cela commence fort mais on reste peut-être un peu trop en surface. Il y a une passion, une intensité de douleur dans ces deux héros qui m’a fait longtemps attendre une explosion qui n’arrive finalement pas. J’ai l’impression que cela aurait donné un livre encore plus fort.

Mais il reste un vrai monde très élaboré, avec de nombreux personnages secondaires riches de potentiel et méritant leur histoire. Il court à travers le roman cette idée que la famille où l’on naît a ses failles, mais qu’elle reste. Et puis il y a aussi celle qu’on se choisit, la fraternité qui se créé dans l’adversité ou parce qu’on partage beaucoup de choses.

Ce livre est réussi malgré les longueurs, surtout vers le milieu, que j’ai ressenties. l’histoire trainaille un peu, on pourrait enchaîner les rebondissements plus vite, plus fort. la plume de Nina Frey est cependant très intéressante, elle sait créer une atmosphère marquante et captivante. Tout cela donne envie de la voir évoluer, écrire d’autres romans qui exploreront ces thèmes, et d’autres, mais avec cette écriture remarquablement efficace et adaptée à son sujet.

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