Storm de Marie H.J

16 mars 2018

J’adore les relations interdites qui flirtent avec le tabou, les histoires qui obligent les héros à se battre bec et ongles pour imposer leur choix. La romance offre pas mal de situations de ce type, de la relation prof/élève en passant par les couples avec un fort écart d’âge et il y a eu quelques histoires mettant en scène des demi-frère et sœur, sans aucun lien de sang et souvent faisant connaissance à l’adolescence, sans avoir partagé une éducation commune. Pour moi, et je reconnais que c’est personnel, le tabou ultime est la relation entre un frère et une sœur, des vraies, mettant donc en scène une situation véritablement incestueuse. Il y en a très peu dans la romance car la plupart des cas de ce genre se terminent devant des tribunaux et s’il existe des vraies histoires d’amour de ce type, elles seraient, me semble-t-il, très difficiles à vivre publiquement et non sans conséquences pour le couple en question.

Je fais cette longue introduction car il me semble que ce genre d’histoires doit être traité avec cela en tête. Dans le roman de Marie H.J, nous avons ce type de relations. Ilan et Lise sont frère et sœur et ont eu une enfance très particulière puisque leurs parents les laissaient souvent seuls avec leur petite sœur. Lise et Ilan se sont rapprochés jusqu’à passer les limites que la morale et la loi imposent, puis la vie (les erreurs d’Ilan) les ont séparés et l’essentiel de l’histoire se déroule dix ans plus tard, à la sortie de prison du jeune homme. Il est renvoyé dans sa ville de Salisbury, auprès de sa famille, avec qui il n’a plus eu aucun lien. Son beau-frère, le mari de Lise, lui propose de travailler dans la maison de retraite qu’il possède, lui offrant une opportunité de réinsertion indispensable pour lui éviter de purger le reste de sa peine en prison. Ilan n’a pas très envie de revenir à Salisbury et de croiser Lise, gériatre dans la maison de retraite, mais il n’a pas le choix. Les retrouvailles ne sont pas aussi difficiles qu’on peut l’imaginer et à partir de là, l’auteure m’a perdue, c’est à dire très vite.

Marie H.J a voulu écrire une histoire d’amour qui va renverser toutes les barrières qu’elle rencontre. Mais au lieu d’étudier avec soin, de passer au crible ce qui interdit à Lise et Ilan de s’aimer, elle va multiplier les obstacles. Il y a donc le fait qu’ils sont frère et sœur, ce qui est très, très loin d’être anodin à mon sens ; mais il y a aussi le mariage de Lise, le fait qu’Ilan sorte de prison et pas mal d’autres petits détails, comme des secrets entre eux. Alors, oui la valeur d’un amour peut se mesurer à sa persévérance, au mal qu’on se donne pour qu’il se réalise mais peut-on considérer que tout peut s’arranger en quelques semaines, parfois après une simple conversation de deux ou trois phrases ou par une pirouette scénaristique très facile ? L’inceste est vite réglé. Alors oui, nos héros se sont dit plusieurs fois, « ce n’est pas bien, ne le faisons pas » (coucher l’un avec l’autre) mais l’inceste n’est pas uniquement dans le fait de passer à l’acte, non ? Quand on éprouve des sentiments amoureux pour son frère ou sa sœur, on a déjà franchi une limite. Je pourrais comme cela continuer longtemps sur le fait que le problème fondamental qu’une telle relation pose n’est qu’à peine effleuré. Et puis les héros font tellement d’erreurs, multiplient les mauvais choix avec une constance consternante. Alors, là aussi, des héros qui ne se trompent jamais, c’est ennuyeux, mais là… Que dire du secret que gardera Ilan pendant des années, ce qui se révèle d’une cruauté terrible envers celle qu’il aime. Toutes les explications fournies par l’auteure ne m’ont pas convaincue du tout. Pour moi, les rebondissements manquent de cohérence, de finesse psychologique voire de psychologie tout court. Que dire aussi de l’attitude de Lise avec son mari avec qui elle envisage de faire un enfant avant de le traiter de tous les noms notamment d’être d’un ennui mortel, le lendemain ?

Je n’ai pas pu m’attacher aux personnages et à ce qui leur arrive à cause de cela. Ajoutons des détails agaçants comme la multiplication de surnoms : Ilan devient Sin (péché… évidemment…) et Lise, Lila ou petite fleur, la sœur c’est Pimouss… Et pourquoi l’intrigue se déroule-t-elle en Angleterre à Salisbury ? Cela n’apporte rien à l’intrigue du tout. Qu’en est-il de la justice britannique car il en est beaucoup question et certaines choses m’ont vraiment étonnée… L’écriture est ultra-familière et paraît assez inadaptée parfois.

Bref, une expérience décevante qui m’a mise presque mal à l’aise à plusieurs reprises.

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