Je Blog, Tu BookTubes, Elle Twitte… La blogosphère et la romance.

5 mars 2018

Qui dit livres de romance, dit blogs de romance ( blogs, forums, sites, comptes Instagram, groupes de lectures…) et je sais de quoi je parle parce que je m’exprime justement sur un blog de ce type. J’en ai connu d’autres et ceci depuis une dizaine d’années, bien avant que la romance soit connue par autant de lectrices, à une époque où les blogs étaient rares. L’idée de chroniquer la romance, de former un partenariat entre blogs et éditeurs ou auteurs était un peu saugrenue : à quoi cela allait-il servir ? Et puis faire une critique d’une romance… comme d’un « vrai » roman… Cela semblait étrange à beaucoup.

Les temps ont changé et je ne vous apprendrai rien en disant qu’il existe maintenant des dizaines de blogs, de comptes Insta, forums… On s’y perd un peu et la visibilité est devenue difficile pour les nouveaux arrivants ou ceux qui ne trouvent pas un angle nouveau.

Alors je ne vais pas analyser le phénomène, mais plutôt me lancer dans quelques réflexions sur le monde des blogs et autres (comme vous l’avez compris, le blog n’est qu’une forme d’expression de tout cet univers qui tourne autour de la romance et on peut le généraliser par le terme de blogosphère). Ces réflexions sont nourries par mon expérience personnelle et par plus de dix ans de rédaction de chroniques, de partenariats et de réception de SP, dont je me passe d’ailleurs très bien aujourd’hui.

La première de ces réflexions repose sur l’ambiguité du statut de cette blogosphère. Comme je l’ai dit, on peut la considérer comme une sorte d’intermédiaire entre le livre de romance et le lecteur mais il est parfois difficile de trouver le juste milieu entre une approche professionnelle, journalistique et une expression de goûts parfaitement personnels, ou d’une passion. Souvent les deux aspects sont revendiqués mais il est difficile de jouer sur les deux tableaux.

  • Les partenariats sont un bon exemple : c’est un accord pris entre une maison d’édition ou un auteur s’il est auto-édité, qui va garantir que le représentant de la blogosphère va recevoir les livres en SP (service de presse, donc gratuitement et en avant-première) et sera averti des publications, invité à des manifestations diverses comme des rencontres avec l’auteur… Cela peut prendre différentes formes mais cela créé des obligations de part et d’autres : l’éditeur invite, fournit les livres, la blogo lit et chronique, rend compte d’un évènement. Alors pourquoi la blogosphère s’indigne de manière récurrente des limitations que les éditeurs donnent : obligation de fournir une chronique dans des délais raisonnables, choix restreint de livres ( pas tout ce qui sort mais quelques exemplaires), renouvellement des partenariats… Il y a même eu un débat il y a quelque temps autour de l’idée que finalement fournir des chroniques nombreuses et à date précise, c’est un vrai travail qui demanderait rémunération. On est loin de la passion, n’est-ce pas ? Une passion rémunérée serait idéale, je l’imagine bien, mais si l’on paye un blog, une page, une chaine YouTube, on entre dans une relation qui ne s’appelle plus du partenariat mais un plan marketing entre un influenceur et une marque. La relation de partenariat entre un éditeur et la blogosphère doit donc rester gratuite mais pas sans obligation de part et d’autre.
  • Le Service de Presse: c’est l’élément central de ce partenariat : la réception de livre gratuits de la part d’un éditeur sous format papier ou électronique. C’est une façon de mettre en avant son partenariat. Je suis personnellement toujours un peu étonnée de l’envie que cela suscite. Crouler sous les SP est la certitude de perdre sa passion, à supposer qu’il y en ait vraiment au départ. Recevoir des livres comme des petits cadeaux est un vrai plaisir mais la course aux SP finit par obliger à des lectures, à chroniquer avec une deadline. Où est la passion ? Cela met une pression considérable. Acheter un livre qu’on souhaite vraiment lire fait autant plaisir. Moins à son porte-monnaie, j’en conviens, mais ses chroniques deviennent alors le choix de lectures personnelles et non pas ce pseudo-travail non rémunéré que certaines blogueuses revendiquent. Mon choix a été vite fait. Disposant de peu de temps, je n’en accepte quasiment jamais. Recevoir des SP oui, mais de manière contrôlée me paraît fondamental.
  • Soyons clairs, si un blog se contente de publier des chroniques, même avec les partenariats les plus prestigieux, il ne va pas aller très loin. Il faut organiser des concours, participer à tout, engager donc des chroniqueurs, et puis être au top de l’info. Il faut les avoir avant les autres, avoir l’air le plus informé. C’est pourquoi, on assiste à des courses à l’annonce : une telle sera publiée chez un tel, le prochain titre sera celui-là, la couverture de tel livre sera celle-ci… Là, le partenariat est oublié : aucune concertation avec la maison d’édition mais plus du tout. On balance l’info, sans la vérifier ( pas très journalistique non plus !), on la commente comme au café du Commerce : « ah c’est moche », « c’est divin », en général, rien de plus tempéré… On oublie alors que dans ce domaine, il s’agit de goûts et que le sien n’est pas plus valable que celui d’un autre… La posture est alors très loin du professionnalisme revendiqué pour obtenir le partenariat. Pourtant, c’est au nom de ce professionnalisme qu’on a divulgué l’info : un blog digne de ce nom se doit d’informer ses lectrices. Ce n’est pas forcément ma définition du sérieux, par contre. L’idée derrière est sans doute aussi de convaincre que son avis aussi subjectif soit-il, sera celui qui prédominera. C’est aussi un moyen de se revendiquer haut et fort totalement indépendant puisqu’on critique son partenaire. Ambigu, avais-je dit?
  • L’ambiguité extrême est que parfois le blogueur se pense meilleur éditeur que l’éditeur lui-même. Il connaît si bien son sujet, mieux même que l’éditeur… Il n’aurait pas fait comme ça, il sait ce que les lecteurs aiment. C’est à la fois vrai et faux. Oui, il peut avoir une meilleure idée que quiconque de ce que le lecteur cherche ; mais celui-ci est-il unique, si facile à déchiffrer ? Et l’éditeur si aveugle ? N’a-t-il pas des impératifs que le blogueur ou le lecteur ignore ? Bien sûr que si, mais la tentation est grande de penser qu’être passionné suffit.
  • Et la passion, justement, dans tout cela ? Rassurez-vous, elle est toujours revendiquée malgré tout. Chaque fois qu’il y a une polémique  – et elles sont nombreuses -, on entend cet argument : « mais moi je ne fais cela que par passion, pourquoi tant de haine ? » Si une fois de plus, je comprends que passion, professionnalisme et sérieux ne sont pas du tout antinomiques, je reste un peu sceptique sur ce qui est à la base de cette passion. Est-ce de partager simplement ses lectures avec d’autres ? Ou alors vouloir en tirer le maximum ? Et si vous pensez qu’il ne peut y avoir aucun gain dans cette activité hormis satisfaire sa passion, vous vous trompez. Sinon pourquoi se lancer dans un partenariat avec une maison d’édition et se compliquer la vie ? Les gains (je ne parle pas que de gains financiers) sont réels même s’ils sont dérisoires aux yeux de beaucoup – dont les miens. Parfois cela flatte juste un ego. Il reste cependant une majorité de vrais passionnés, je le sais, mais ce ne sont peut-être pas les plus voyants, les plus connus… 
  • Le passage de blogueur à influenceur : c’est sans doute le gain le plus important car un blog, compte Insta…qui a des followers nombreux intéressent les marques qui les contactent parfois. Et pas simplement des maisons d’édition. De la même façon, les éditeurs peuvent trouver avantage à travailler avec des influenceurs loin du livre.  Pourquoi pas ? Mais là aussi, on fait entrer une autre composante dans la notion de chroniqueur passionné du livre. Pas impossible, mais encore une ambiguité à éviter. Le partenariat change subtilement de forme et créé encore d’autres barrières et obligations dans lequel l’influenceur donc (ou le compte Insta ou tout autre…) s’englue.

Le fait est que la multiplication des supports, des pages, comptes, chaines rend difficile de se distinguer de la masse et que parler dans son coin de tel ou tel livre peut apparaître stérile – pas à mes yeux, cependant. Il faut donc se faire remarquer et la façon la plus simple de le faire est certainement de faire parler de soi, plutôt que chercher à innover, à être décalé. Il ne faut pas avoir fréquenté ce milieu longtemps pour savoir qu’une petite polémique bien juteuse ou une critique assassine attirent plus l’attention qu’un article bien écrit.

Il reste la question de l’efficacité de ces chroniques, du lien entre recommandation et réel achat. Le fait que toutes les maisons d’édition acceptent des partenariats semble prouver que c’est un très bon moyen. Peut-être. Mais finalement ce qui fait souvent le succès d’un livre dans la communauté, c’est le bon vieux bouche-à-oreille. Un livre plaît et est recommandé par de nombreuses lectrices. C’est vieux comme le monde et la blogosphère permet juste de faciliter la circulation de cette info, ce qui est déjà beaucoup. Mais la condition reste que ce roman séduise les lectrices, pas forcément la blogosphère. La plupart des livres qui ont plu énormément et se sont beaucoup vendus ces dernières années l’ont été à la surprise générale, parfois contre l’avis autorisé des grands blogs du genre. Qui avait vu venir After par exemple ? Et avant, mais il y avait moins de monde alors, Cinquante Nuances de Grey ? Peu de gens… Ces livres se sont imposés sans les grands blogs, voire à leur encontre. Intéressant… Autre remarque qui donne à réfléchir, les blogs ont explosé justement après la publication de ces deux livres car ils ont entraîné la multiplication de lectrices passionnées, avides d’informations et de titres équivalents.

Pour terminer, j’ajouterai que lorsque j’animais un groupe de lecture et que je parlais avec enthousiasme d’un livre, il m’est arrivé de recevoir de nombreux messages privés, des demandes de renseignements pour se le procurer illégalement. Ou de voir sur un autre groupe auquel j’appartenais la demande du fichier. Là aussi, ça donne à réfléchir.

Pour moi, le blog, puisque c’est ma forme d’expression, demeure une façon de communiquer égoïstement ce que j’aime lire. Je sais que des personnes partageant des goûts proches des miens les lisent. Je ne suffirai jamais à lancer un auteur ou son merveilleux ouvrage. Mais ce n’est pas mon but. Surtout, ça me permet de garder un enthousiasme intact après bien des années. C’est précieux, cela! Je sais aussi que beaucoup de gens vivent cela de la même façon que moi, mais ce n’est pas forcément eux qu’on voit ou qu’on entend le plus.

 

4 Comments

  • Evenusia 5 mars 2018 at 8 h 56 min

    Amen ❤️

  • secce 7 mars 2018 at 13 h 56 min

    Merci pour ces infos détaillées 🙂write custom essays

    • Sylvie Gand 7 mars 2018 at 14 h 47 min

      Ce sont plus des impressions personnelles que des infos.

  • karline ( Un brin de lecture) 10 mars 2018 at 16 h 25 min

    tout est dit

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