Midnight Blue de L.J. Shen

18 janvier 2018

Pour commencer, je dois rappeler deux faits irréfutables : en règle générale, je n’aime pas trop les héros immatures, connards sur les bords qui parlent grossièrement et se prennent pour le nombril du monde. Or, L.J. Shen ne fait que des héros de ce type. Et, second point, je les adore. Ils sont tout cela et bien autre chose aussi. Et de façon fort peu surprenante, je suis tombée sous le charme d’Alex Winslow. Et de l’héroïne, Indi, parce que face à un tel personnage, il faut une femme résiliente, forte, solide et compatissante. Elle est tout cela.

Alex Winslow est le rocker type. Il a eu un début de carrière foudroyant et est devenu un Dieu de la musique (et se prend pour tel), puis il a sombré dans les addictions. Il a vingt-sept ans, il est anglais et il évoque toutes sortes de noms de rockstars de plusieurs époques qui ont eu un parcours similaire au sien. Le dernier exploit d’Alex est un album raté et un scandale public lors de la remise d’une récompense à son ex-meilleur ami. Puis il a sombré à nouveau dans les addictions. Alex Winslow, c’est du lourd, du massif car tout cela se trouve dans un corps de Dieu grec débordant de charme. Quand il sort de son énième cure de désintoxication, son entourage ( qui vit aussi de son talent) a décidé que ça suffisait et embauche des babysitters pour le surveiller : pas question de le laisser replonger, c’est sa dernière chance. Et pour cela, ils vont sélectionner la très jeune et assez insignifiante, Indigo Bellamy. Je fais un aparté pour préciser que lorsqu’on parle de rockstar et de Bellamy, je pense immédiatement à Muse (Qui ne connaît pas Matthew Bellamy?!) et ça tombe bien car la jeune Indi va devenir, entre autres, un peu cela pour Alex.

Tout cela a l’air classique, très classique. Mais pas sous la plume de L.J. Shen. D’abord, parce qu’elle n’écrit pas du tout comme tout le monde et ensuite parce qu’elle a plus d’un tour dans son sac. L’écriture, déjà… C’est électrique, nerveux, grossier à souhait, exactement comme l’est Alex. Il est encore au bord de l’addiction, bien conscient que ça peut recommencer n’importe quand et en doute total sur lui-même. Son dernier album a été un échec, il a perdu sa fiancée, partie avec son meilleur ami, alors qu’elle avait été la seule femme a capturé son intérêt. Il a tout à remonter, sa réputation, son groupe, ses relations avec les femmes et tout le monde en général. Cela tombe bien, il doit partir en tournée et compte utiliser ce road trip pour composer. L’arrivée d’Indi l’agace prodigieusement.Mais elle n’est pas du genre à se laisser impressionner et elle n’a pas vraiment le choix. Sa famille, c’est à dire, son frère, son épouse et leur petit garçon, ont besoin d’elle et du salaire énorme prévu pour son boulot. Alors Indi va s’accrocher et se confronter à Alex. Il faut enfin souligner  les trouvailles d’écriture de l’auteure, parfois bien plus poétiques que le ton général, les images qu’elle fait surgir : Alex et sa fidèle guitare accrochée à son dos comme la carapace d’une tortue, Alex griffonnant les paroles de ses chansons au marqueur bleu sur le dos d’Indi….

C’est explosif, tendu, hyper sexy, parfois un peu exagéré dans la première partie. Ce sera ma seule nuance ou presque car vraiment cet Alex Winslow, odieux, immature, auto-centré… parvient à nous toucher quand même. On sent le potentiel d’évolution, on sent l’homme, la star qui a explosé en vol et qui sans doute a de la ressource et un cœur derrière tout ça. On suit cette relation qui ne dit pas son nom, qui s’approfondit à chaque dialogue, à chaque rencontre, à chaque chanson qu’Alex compose, l’inspiration retrouvée apparemment. Et c’est formidablement attachant car tous les deux sombrent et s’intéressent de plus en plus à l’autre sans parfois s’en douter. Le lecteur est le témoin privilégié de tout cela.

La seconde partie est un peu différente car, comme souvent dans les livres de L.J. Shen, ce qui paraissait limpide et simple au départ ne l’est pas forcément. Là aussi, c’est une petite nuance qui fait que je préfère encore d’autres histoires de l’auteure, j’ai un peu vu les choses venir mais c’est tout de même remarquablement fait. Terminons par des références au Petit Prince et des tas de détails de ce genre qui complètent parfaitement l’histoire.

Les personnages évoluent constamment, Indi, en position subalterne, faible par rapport à l’homme puissant, qui n’a pas l’habitude de contrôler ses réactions, une vraie grenade dégoupillée, n’est jamais faible, vaincue. Ce fonctionnement malsain de couple avec un homme qui a tendance à maltraiter tout le monde et une femme apparemment sans moyen de défense fonctionne. Il faut tout le talent de l’auteure pour cela et, elle dit sans ambiguïté ce qui est tolérable ou non, ce qui inacceptable ou pas. Et surtout, Alex change.

Le tout se déroule avec de nombreux personnages secondaires dont différents membres du groupe. Blake et Lucas ont de façon évidente une histoire à raconter, qui se déroule en marge de celle du couple principal. Il y en a d’autres aussi dont Will, l’ex-meilleur ami d’Alex.

L.J. Shen est sans doute la plume la plus nouvelle ces temps-ci. Elle donne une sorte de grand coup de vent dans des thèmes pas évidents, dans des romances qui semblent déjà mille fois écrites aussi. Ce n’est pas qu’un rafraichissement mais une sorte de tempête qui balaye tout. On est fasciné par l’imperfection de ses personnages, surtout masculins, au point d’en oublier de faire attention à l’intrigue et se faire surprendre. On tourne les pages, on grimace, on s’émeut, on rougit… Bref, c’est de la vraie bonne romance très moderne et osée !

 

2 Comments

  • Evenusia 18 janvier 2018 at 21 h 22 min

    Je suis sous le charme de cette auteure. J’ai envie de tout lire d’elle, sa façon de raconter les histoires me fascine. J’adore.

    • Sylvie Gand 18 janvier 2018 at 21 h 31 min

      … ne laisse pas de marbre! Ses héros non plus!!

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