Sick Fux de Tillie Cole

24 octobre 2017

Le moins que l’on puisse dire c’est que la Dark romance évolue et que si ça a commencé avec beaucoup de relations de domination qui flirtaient avec le BDSM ou le syndrome de Stockholm, nous sommes bien au-delà maintenant. Ce roman de Tillie Cole n’est absolument pas à mettre entre toutes les mains, attention. J’ai dû abréger la lecture de certains passages, pour ma part.

Si je dois vous donner une idée de ce qu’est ce roman, je pourrais vous dire que c’est un peu Orange Mécanique dans le monde de Alice aux Pays des Merveilles. Je vous explique. L’héroïne, dont le vraie nom est Ellis, est une fan d’Alice aux Pays des Merveilles. Elle vit assez recluse par son père dans un vaste domaine où elle n’a qu’un seul ami, un dénommé Eddy. Jusqu’au jour où débarque Heathan, un autre gamin, qui a quelques années de plus qu’elle c’est à dire environ onze ans. Heathan trouve refuge chez le père d’Ellis mais le nom de refuge convient assez mal à ce lieu. Heathan est fasciné par le sang et la mort, et surtout la façon de la donner. Habillé tout en noir c’est déjà un gamin très inquiétant. Ellis, dans sa naïveté, n’éprouve aucun préjugé et va immédiatement sympathiser avec lui. Obsédée par Alice ( son prénom la prédispose à cela), elle s’habille comme elle et reproduit des scènes du livre. Après la rencontre avec Heathan, elle va devenir Dollie (Doll signifie poupée en anglais et fait sans doute allusion au fait que la petite fille essaie d’incarner son personnage fétiche et a le même aspect que la Alice sur papier). L’ambiance est déjà hyper inquiétante avec ces deux gamins coupés du monde, maintenus dans une sorte de monde à part. Et ce n’est que le début. Car Dollie et Rabbit (lapin, en anglais, cela devient le surnom de Heathan aux yeux d’Ellis qui l’assimile au lapin toujours en retard) ne sont qu’au début de leur calvaire. Ils subiront le pire et nous les retrouvons une dizaine d’années plus tard, détruits totalement par les violence subies.

Je n’en dirai pas plus, on peut deviner la suite mais certainement pas l’ambiance terrible dans laquelle nous plonge l’auteure. Deux choses au moins m’ont posé problème. La première est qu’une histoire d’amour entre ces deux personnages semble impossible. Beaucoup de choses les lient mais comment l’amour peut se développer entre deux êtres aussi fracassés ? D’autre part, certains rebondissements sont assez peu faciles à croire mais l’ambiance est telle qu’on n’y fait pas attention. Dollie et Rabbit sont des victimes mais pas seulement. Tous deux vont développer une fascination pour le sang et le meurtre. C’est profondément dérangeant, complexe, horrifiant parfois. Nous pénétrons avec eux dans un monde qui n’est pas le nôtre, une sorte « d’autre côté du miroir » qui est assez épouvantable. Difficile de dire de quoi ils souffrent mais tous deux ont de gros soucis psychologiques et sans doute psychiatriques qu’ils n’évacueront jamais. Au moins l’auteure est logique car on voit mal comment tout cela pourrait disparaître.

Le résultat est une sorte de condensé de violences et de perversions, dont même les héros ne sont pas exempts.

Difficile d’aimer un tel roman. Tillie Cole le maîtrise totalement en s’éloignant clairement d’une pure romance. On sait à quel point elle aime les couples fusionnels, créés dans un contexte hostile, qui se sauvent mutuellement. Mais, ici, elle bascule vraiment clairement du côté obscur de la force, l’histoire d’amour devenant presque anecdotique et sans doute le moins intéressant du roman.

Si Tillie Cole a clairement écrit un roman personnel et n’a pas hésité à aller très loin dans le glauque et l’insupportable, si elle sait écrire, il est difficile de ne pas sortir de cette lecture sans un profond malaise et l’envie de lire quelque chose de doux, tendre et rose bonbon ! Les rappels permanents à Alice au Pays des Merveilles sont presque oppressants et j’avoue que les cheveux trop blonds, les lèvres trop rouges et la robe trop bleue d’Alice me dérangent maintenant ! Bref, à lire, si vous voulez découvrir le côté le plus sombre des contes et de l’âme humaine. En plus, à lire la fin de ce livre, il ne serait pas totalement impossible de revoir Dollie et Rabbit. Pas sûre que je sois ravie de cela !

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