Si tu me le demandais d’Emily Blaine

7 octobre 2017

J’avais hâte de me plonger dans ce nouveau roman d’Emily Blaine au résumé prometteur pour moi : j’aime beaucoup lorsqu’un des personnages principaux retrouvent l’amour après une expérience du deuil. Et c’est le cas, ici, avec un héros, Cooper, qui a perdu son épouse huit ans auparavant.

Ce qui frappe dès les premières lignes est la douleur de Cooper qui semble aussi forte que juste après le décès. Des années plus tard, il vit dans une sorte de limbes douloureuses où le souvenir de sa femme le hante. Il fonctionne chaque jour mais guère plus. Un des aspects le plus intéressant du roman est l’effet que cela a sur son entourage et notamment sa fille, Cecilia, qui n’a presque pas connu sa maman et ne peut en parler à son père à cause de cette souffrance. Cooper est loin de la guérison lorsqu’il rencontre lors d’une soirée, sur un toit-terrasse de Portland, une jeune femme, avec qui il va passer quelques moments enchanteurs faits de danse, d’échanges, et d’un baiser. Julianne est comme une sorte d’oasis dans son désert. Il l’apprécie mais il ne s’attend pas à la revoir. Mais le destin ou autre chose va se mettre au travail et Julianne et Cooper vont se croiser encore plusieurs fois.

L’idée de rythmer ainsi la relation de Cooper et Julianne par des rencontres marquées par la danse, la fantaisie, la légèreté est lumineuse. C’est la contrepartie idéale à la grande douleur de Cooper. C’est lui qui raconte son histoire, ce qui se fait assez rarement dans la romance où l’on privilégie les doubles points de vue. Cela laisse Julianne relativement dans l’ombre, c’est normal et nous découvrirons en même temps que Cooper que son passé n’est pas forcément plus simple que le sien. Par contre, c’est un peu frustrant et comme les deux personnages se croisent seulement pendant une grande partie du livre, il est difficile de savoir quand l’attraction, la distraction que représente Julianne deviendra plus pour Cooper.

L’évolution psychologique de Cooper est au centre de l’histoire. Comment cet homme perdu dans son deuil peut-il retrouver l’amour ? En-a-t-il même l’envie ou les moyens ? N’a-t-il pas beaucoup de choses à régler aussi notamment avec son entourage, notamment sa fille, qui vit à ses côtés sans pouvoir communiquer vraiment avec lui ? Cette évolution est globalement bien menée même si je me demande encore, après la fin du roman, si Cooper n’a pas plus besoin de Julianne qu’il ne l’aime. Elle fait d’ailleurs preuve d’un grand altruisme. Les autres personnages sont très classiques dans la romance : le copain grande gueule qui se chamaille avec la soeur du héros depuis des années, sa fille aussi.

Comme souvent, je suis très admirative de l’écriture d’Emily Blaine, soignée, aisée, très adaptée au récit qu’elle tisse. Le passé simple ici convient parfaitement à cette romance contemporaine. D’ailleurs, pour celles qui aiment les étiquettes et les classements, si vous lisez ce roman, vous découvrirez ce qu’est la romance contemporaine typique, loin des sujets actuels à la mode, avec des sportifs, des bad boys et des tatoués. Vous ne pouvez pas être plus éloigné de ce monde qu’avec Cooper, architecte de son état, homme plus mûr que la moyenne et dont la conception de la tenue décontractée sur la plage est une vareuse en lin plutôt que le costume qu’il porte au bureau ! J’aime que l’auteure ne cherche pas forcément à coller aux sujets à la mode. Cela donne par contre, un ton un peu hors du temps à cette romance, très classique, très bien servie par les auteures américaines depuis de longues années.

J’ai apprécié cette histoire qui offre une seconde chance à un homme tellement éprouvé par la vie. Il manque peut-être, selon moi, une émotion plus à fleur de peau, étant donné le sujet, tellement émouvant et fort. Cooper présente une image un peu lisse et brillante qui fait une petite barrière ; ses réactions parfois égoïstes également. Mais le texte est très bon, intelligemment mené, très bien écrit.

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