Juste quelqu’un de bien d’Angela Morelli

30 septembre 2017

Voilà une jolie histoire qui relève sans doute plus de la littérature féminine que de la romance. Bien écrite, elle raconte le parcours d’une jeune femme en pleine interrogation sur son existence et son avenir et pose beaucoup de questions très justes sur des sujets variés, mais qui concernent beaucoup d’entre nous.

Bérénice est une jeune femme de trente-quatre ans mais si nous la suivons surtout à cet âge, nous avons droit, au début du livre, à plusieurs incursions dans son passé, à des moments clés de sa relation (même si elle n’existe pas encore à ce moment-là) avec Aurélien. jeune étudiante brillante, elle a un parcours qui semble alors tout tracé. Elle sait ce qu’elle veut et mieux que cela, elle va le réaliser. Mais à trente-quatre ans, la vie qu’elle s’est choisie n’est plus tout à fait celle qu’elle avait envisagée et ne lui convient peut-être plus trop. Bérénice, sans trop le savoir au départ, est à la croisée des chemins et va revenir sur tout ce qui compose son existence et sur beaucoup de ses choix. Sa vie sentimentale n’est qu’un élément de toutes ses interrogations. Quand elle se réveille, aux côtés d’un trop jeune homme sans se souvenir de ce qui s’est passé, elle sait qu’elle ne veut plus vivre ça. Alors quand elle croise Aurélien, dans son quartier, quelque chose se réveille en elle aussi pour cela.

L’histoire de Bérénice est très intéressante. Tout en elle est une façon de faire passer un message. Cette jeune femme écrit des romances historiques et si cela lui convient parfaitement et qu’elle maîtrise parfaitement cet exercice, elle est bizarrement en panne d’inspiration. Elle a été élevée par sa mère et sa grand-mère mais commence à s’interroger sur son père, cet inconnu dont elle ne sait absolument rien. Et puis, il y a sa meilleure amie, Juliette qui vient d’avoir un bébé, qui galère dans son rôle de nouvelle maman mais la fait réfléchir aussi sur la maternité.

Ce qui frappe est justement la masse de sujets de réflexion qu’Angela Morelli nous livre : cela va depuis les interrogations de Bérénice sur sa vie sentimentale. C’est quoi finalement être amoureuse ? Est-ce succomber au beau gosse de service qui vous colle des bouffées de chaleur ou autre chose ? Et réussir dans la vie, est-ce avec un bon salaire, un métier qu’on maîtrise? Peut-on encore avancer, changer ? Il y a aussi la maternité et la paternité, ses difficultés, les traces que laissent une enfance avec un des parents inexistants… Il y a ainsi beaucoup de questions soulevées, presque trop car Angela Morelli est obligée d’y répondre parfois un peu rapidement. Tout s’arrange parfois  trop vite. Mais ce qui est intéressant, c’est que ces réponses ne sont pas toujours celles codifiées, que l’on croise dans la romance et cela fait du bien.

Bérénice est un personnage intéressant, tout comme Aurélien. J’ai peu parlé d’eux jusqu’alors car ils s’effacent presque devant les questions qu’ils soulèvent, ce qu’ils incarnent. la romance entre eux n’est pas ce qui est le plus réussi du roman et sincèrement, leur histoire d’amour n’est pas ce qui semble le plus important pour la jeune femme. Leur histoire est atypique, elle commence comme beaucoup de celles que nous connaissons mais leurs décisions, le fait qu’Aurélien va oublier systématiquement chacune de ses rencontres avec la jeune femme, fait que nous avons droit à une toute autre histoire que celle à laquelle on pouvait s’attendre. C’est intéressant, c’est un point de vue qui interpelle mais cela rend cette romance à proprement parler un peu décevante. Le livre manque en général d’émotion. Mais le reste compense largement.

Tout le roman est très enlevé, bien écrit, rythmé par des dialogues amusants et instructifs. L’histoire se déroule dans Paris que l’auteure connaît et affectionne visiblement. Cela donne un côté naturel, réaliste à tout ce petit monde et à ce qui leur arrive. C’est également un agréable changement par rapport à ces contextes presque anonymes que nous réservent certaines romances qui cherchent à tout prix à rappeler celles écrites par les Anglo-Saxonnes. Terminons en signalant que les personnages secondaires sont passionnants, pittoresques comme la mère et la grand-mère de Bérénice ou comme Arthur, le petit garçon d’Aurélien qui partage avec Bérénice la passion d’un livre : L’Île au Trésor. N’oublions pas non plus le perroquet de Bérénice, il parle beaucoup et ce n’est pas parfois aussi inutile que ça en a l’air.

J’ai beaucoup aimé ce texte et surtout le fait que ça soit un livre personnel qui ne cherche pas à coller à une mode, aux codes actuels. Angela Morelli nous donne sa version de la romance contemporaine et si je n’ai pas adhéré à tout, j’aime beaucoup ce choix qu’elle a fait d’écrire avant tout.

2 Comments

  • Pinto 3 octobre 2017 at 18 h 45 min

    Bonjour ou bonsoir, j’adore vos livres…je les achete pour la bibliothèque ou je travaille .tout de bon from Suisse..Anneli Pinto

    • Sylvie Gand 3 octobre 2017 at 19 h 08 min

      Je transmets à l’auteure!

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