La tresse de Laetitia Colombani

11 juillet 2017

Il serait bien étonnant que vous n’ayez pas entendu parler de ce roman qui connaît un joli succès, fort mérité depuis quelques semaines. Sur un sujet profondément féministe, ce livre tout en douceur, présente le destin de trois femmes que rien ne rapproche pourtant mais qu’une sorte de fil invisible va relier brièvement.

Il y a Smita, une jeune Indienne qui appartient à la caste des Intouchables et bien loin des images de cartes postales ou des allusions au développement de l’Inde, en montre les faiblesses, les traditions hors d’âge et l’extrême pauvreté. Puis, il y a Giulia, une Sicilienne qui travaille avec son père dans un métier rare et en voie d’extinction sur cette île italienne : la fabrication de coûteuses perruques en vrais cheveux patiemment récoltés. Et enfin, il y a Sarah, avocate d’affaires à Montréal qui a construit une carrière éclair inhabituelle pour une femme et qui ne s’est laissée arrêter par aucun des obstacles classiques.

Cela, c’est le point de départ mais chacune d’entre elles va rencontrer un problème, très lié à son pays et sa situation et Laetitia Colombani nous raconte comment elles vont, avec leur moyens, petits ou grands, tenter de trouver une issue, en tant que femme indépendante.

Tour à tour, avec une grande régularité, elles nous racontent leur histoire, ce moment où leur vie va changer et lentement converger l’une vers l’autre sans qu’elles ne le sachent.

Ce récit écrit dans un style simple et presque épuré est très touchant et vous embarque rapidement. Il est assez facile de voir ce qui va lier ces femmes mais là n’est pas le sujet. De façon symbolique, elles vont toutes coopérer en quelque sorte et montrer que les femmes ont un destin commun, pas semblable mais avec des obstacles à franchir. En effet, leur histoire à toutes trois soulignent que les femmes ont encore bien des combats à mener, qu’elles soient asiatiques, américaines ou européennes ; riches ou pauvres ; éduquées ou pas. Il faut se battre encore et toujours car même quand on s’élève au-dessus de la condition habituelle, on peut perdre très vite. Il faut lutter contre le pouvoir masculin, le poids des traditions, la maladie…

Attention, ce récit n’est pas un pamphlet ni polémique ou militant. Il ne fait que souligner des réalités et a l’optimisme de montrer qu’il est possible parfois de dépasser les difficultés. Le fait que le titre du livre fasse allusion aux cheveux et qu’il en soit question dans le roman est très intéressant. Ils ont souvent été considérés comme le principal outil de séduction des femmes et dans bien des circonstances, les femmes ont été rasées en guise de punition. Le cheveu a ici une valeur symbolique et plus encore.

C’est un livre intelligent, optimiste et touchant que nous offre Laetitia Colombani. Il arrive aussi au bon moment. Dans une période où il est encore difficile de s’affirmer en tant que femme dans bien des domaines y compris dans notre pays, ces histoires croisées qui parlent des femmes et de leur combat, mais également de leur force et de leur aptitude à dépasser leurs difficultés est une bouffée d’espoir très pur.

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