Dear Aaron de Mariana zapata

30 juin 2017

Mariana Zapata est une auteure un peu à part, celle qui écrit le mieux ce que les Américains appellent le « slow burn ». Il s’agit de romances dont le déroulé est très lent et où le rapprochement des deux héros est très progressif. C’est un genre de romances intéressant où deux mains qui s’effleurent simplement vous collent des papillons dans le ventre.

Ici, le principe même du livre implique un « slow burn » puisque les deux héros vont se rencontrer physiquement que très tardivement, vers le milieu du livre. En effet, l’héroïne, Ruby fait partie d’une association qui emploie des bénévoles qui écrivent aux soldats déployés loin de chez eux. C’est le cas d’Aaron, en 2008, quand le livre commence. Nous sommes alors au plus fort, ou presque, de l’effort de guerre américain contre les forces islamistes au Moyen Orient et Aaron est en Afghanistan depuis de longs mois. Une grande partie du roman, déjà toute la première partie, est une romance épistolaire avec des échanges de mails ou de discussions instantanées entre Ruby et Aaron qui ne se connaissent pas et n’échangent même pas de photos. Ce sont littéralement deux esprits qui se connectent et vont élaborer au cours de cette longue correspondance une jolie relation.

Mariana Zapata est experte dans ce domaine et on se laisse entraîner très vite dans ces conversations qui parlent de tout et de rien mais révèlent beaucoup. Ainsi Aaron, exposé à la violence de la guerre, en parle très peu. Nous n’aurons droit à aucun discours horrifique sur ce qu’il vit mais ses silences, sa façon d’éluder les questions ou de couper les conversations en disent long. Les deux personnalités des héros et leur vie personnelle se dessinent peu à peu. Ruby est une jeune personne joyeuse, fantasque qui a un peu de mal à trouver un sens à sa vie dans sa famille assez envahissante, chaleureuse. Ruby est l’avant-dernière et a bien du mal à imposer ses goûts. Elle est couturière et fabrique des vêtements pour des occasions particulières et notamment les costumes pour sa jeune sœur qui fait du patinage artistique. Ce côté artiste, fragile ( elle a ses raisons pour cela) la rendent profondément attachante. Elle est joyeuse, naïve, fantasque, profondément généreuse et emphatique face à un Aaron qui est le soldat typique. Comme je l’ai dit, on devine ses fêlures dans ses silences, ce qu’il ne dit pas et l’auteure choisit de parler de la difficulté de la vie là-bas, l’ennui, la sécheresse, le sable et même donne quelques détails peu glamour sur ce que supportent les militaires. C’est à la fois insignifiant, léger, délibérément naïf mais cela permet d’entrer au cœur de l’esprit des deux héros. On voit aussi se dessiner une attraction, une vraie communion d’âme entre eux.

Évidemment, la contrepartie est l’extrême lenteur de l’évolution de cette relation voire parfois quelques vraies longueurs. L’auteure décrit  outrageusement longuement le rapprochement de deux mains, s’étale dans de longs dialogues un peu répétitifs sur les doutes, les hésitations des deux héros notamment de Ruby car lorsque la romance n’est plus épistolaire, nous suivons le point de vue de la jeune femme. Mais, quand enfin ils s’embrassent… c’est une sorte d’apothéose. Là réside le plaisir du « slow burn ».

C’est une romance riche, tendre et émouvante par bien des aspects. Ruby est délicieuse, fragile et généreuse. Aaron est un homme bien blessé par la vie, celle d’avant et celle qu’il mène ne tant que soldat. Il faut entrer dans ce roman en prenant son temps, comme l’auteure le fait elle-même et se laisser emmener dans la lente montée de cette jolie relation. Une vraie bonne lecture.

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