La Dark Romance, la nouvelle romance à la mode ?

1 février 2017

La Dark Romance commence à se développer en France et comme à chaque fois qu’un courant interne à la romance se développe, c’est la stupéfaction mais également la ruée pour essayer de récupérer le mouvement sans en comprendre parfois exactement les tenants et les aboutissants. Et il y a toujours aussi ceux qui crient au scandale dénonçant le fait que cela n’a rien de nouveau ou que c’est dangereux, malsain ou pervers. Avec ce courant, on peut en effet, se sentir très mal à l’aise, mais je reviendrai sur ce point. Il est donc peut-être temps de refaire un point sur cette niche de la romance.

C’est en effet une niche, c’est à dire un courant interne à la romance visant un public précis bien moins abondant que les lecteurs de genres moins controversés. Il ne peut que l’être, c’est sa vocation. On peut essayer d’élargir ce public à coup de « Venez, ce n’est pas aussi effrayant que ce que vous pensez » ou en choisissant des titres qui ne sont que partiellement de la Dark Romance. L’idée est que l’étiquette suffira à jouer son rôle attractif. Dark Romance a un côté mystérieux et sulfureux qui fonctionne bien. La contrepartie est que cela brouillera la définition de cette expression. Dommage. Et surtout, il n’en restera pas moins qu’un public limité est concerné.

Le second point est la définition de cette expression et là, ce sera forcément bien plus long car le terme a évolué et recouvre toute une série de caractéristiques particulières : la Dark Romance est un dérivé du Dark Erotica, qui existe toujours d’ailleurs. Cela permet d’élargir la gamme de livres. Le Dark Erotica est par exemple, la série de CJ Roberts, Captive parue chez Pygmalion ou la première série d’Anna Zaires, auto-publiée en France. Il implique plus de violence, plus de sexe, plus de situations très dérangeantes. L’un des soucis de brouiller les pistes ainsi est de provoquer des chocs chez le lecteur. Lire un Dark Erotica est plus bien perturbant qu’une Dark Romance dont la définition est très floue. Pour mieux comprendre, détaillons les caractéristiques dans les deux nuances :

  • Le héros dans le Dark Erotica : il est très perturbant, sa personnalité flirte avec le pathologique, la psychopathie. Il est celui qui en général peut être le « bourreau » de l’héroïne. Attention, le mot est parfaitement juste parfois. Il peut l’enlever, la frapper, lui imposer des rapports sexuels non consentis, l’affamer, l’insulter… Il peut être aussi celui qui aide une autre personne à faire du mal à l’héroïne ou un complice silencieux. Tout est possible. Tout le talent de l’auteure ( et ne nous mentons pas, il y en a peu qui en ont assez pour aborder ces thèmes avec succès) est de nous faire croire qu’un tel homme peut changer, s’amender… devenir digne d’être aimé et d’aimer. Petite précision, l’héroïne est souvent la victime dans ces romans, rarement le bourreau ou l’équivalent du héros. Mais elle peut changer au cours du livre. La rencontre des héros se fait alors souvent à mi-chemin.
  • Les thèmes du Dark Erotica impliquent souvent plusieurs caractéristiques: un milieu underground, secret comme un club, une demeure isolée, une île, une bande criminelle… Un lieu où les règles morales habituelles  disparaissent, remplacées par d’autres, rendant l’héroïne incapable de recevoir un secours quelconque. Elle doit trouver en elle-même les ressources pour s’en sortir. C’est la même chose si les héros sont complices, à égalité, situation plus rare mais qui existe. Les thèmes tournent donc autour du syndrome de Stockholm, sur la capacité à pardonner, à s’amender ; sur les limites morales acceptées dans notre société ; sur la capacité de l’amour à sauver des personnes qui semblent avoir perdu leur humanité et leur capacité d’empathie. Est-ce réaliste ? Pas du tout, mais c’est un autre problème.
  • Les tropes c’est à dire les bases récurrentes des scénarios de la romance sont en général : la vengeance, la domination notamment sexuelle ( allant parfois jusqu’au BDSM) et quelques-uns bien spécifiques comme le harcèlement, le syndrome de Stockholm que l’on voit peut dans la romance traditionnelle. Il est possible d’aborder des thèmes hyper tabou aussi comme l’inceste, par exemple.

Comme vous le voyez, c’est un genre hyper spécifique. Bien trop pour toucher un large public d’où l’élargissement à la Dark romance qui garde un certain nombre des caractéristiques mais en allant moins loin. Reprenons les caractéristiques:

  • Le héros de la Dark Romance reste un personnage très décalé, border-line. Un des très bons exemples est le harceleur, celui va essayer de transformer la vie de l’héroïne en enfer. Un des meilleurs que j’ai lus récemment est Vicious de L.J. Shen. Le héros sobrement surnommé Vicious va interférer dans la vie de l’héroïne jusqu’à la modifier. Il peut être également un criminel, un vrai, qui assume ses faits. On va rarement au-delà. Pas de rapports non consentis, une ambiance trouble, oui, mais pas de situations glauques ou d’une extrême violence. Le héros est donc border-line, méchant, immoral mais pas perdu complètement. Il peut aussi se trouver au cœur d’une situation douloureuse ou pénible avec l’héroïne.
  • Les thèmes sont bien plus consensuels même s’ils posent quand même des problèmes. Dans le cas cité plus haut, celui de LJ Shen ou encore celui publié chez Harlequin, qui s’appelle finement Dark Romance de Penelope Douglas, il s’agit de harcèlement, de jeux pervers avec l’héroïne par une bande de garçons dont le héros. On voit qu’on garde l’idée d’un héros tourmenteur, l’ambiance lourde, le flirt avec les limites de la morale mais pas plus.
  • Les tropes sont assez proches du romantic suspense sombre. Il serait assez compliqué de définir où l’un commence et où l’autre finit. Il y a souvent une intrigue de type policier avec un meurtre, une enquête ou de l’action comme les activités d’un groupe criminel. Parce que ce n’était pas encore à la mode, la série Bad de Jay Crownover n’a pas été classée dans ce genre mais en fait presque partie. A contrario, un sujet sombre et triste n’est pas forcément de la Dark Romance.

On le voit la Dark Romance est plus floue, flirte avec d’autres genre. Il n’y a que sa frange la plus extrême, le Dark Erotica, qui se différencie clairement. Attention, à ne pas tout classer sous le bannière Dark Romance parce que c’est très bon du point de vue marketing. On risque d’affadir le genre et surtout de le galvauder.

 

Maintenant, ce genre était assez controversé, il me semble opportun de rappeler quelques points :

  • Je ne vois pas très bien l’intérêt de se poser la question du réalisme de ce genre d’histoire. La réponse est clairement non, même si sans des cas très, très rares, le syndrome de Stockholm peut déboucher sur une relation amoureuse et si le véritable inceste, sujet hautement tabou dans notre société n’est pas, dans un pourcentage infime de situations, simplement une forme d’agression sexuelle. Il n’est pas question de rendre ces situations acceptables. ce genre de livres montrent souvent au contraire combien cela peut être destructeur.
  • Est-ce une véritable romance si un héros se comporte mal vis à vis de l’héroïne ? Est-ce de l’amour ? Est-ce de l’amour toxique ? Je ne trancherai pas non plus. N’oubliez pas toutefois qu’on demeure dans une œuvre de fiction et que l’immense majorité des lecteurs peuvent lire avec intérêt ce genre d’histoires sans faire la moindre confusion avec la vie réelle. Dans ce domaine, je pense que chacun est capable de juger, de se faire son opinion. Pas la peine de faire la leçon aux gens en leur disant que ce qu’ils lisent est mal. En matière de lecture, je suis bien plus choquée par l’enthousiasme de certains pour des textes médiocres que pour des livres dérangeants.
  • Lire de la Dark Romance ou du Dark Erotica ne peut pas convenir à tout le monde et chacun a ses limites. Si vous aimez les situations les plus extrêmes, n’en concluez pas que vous êtes dérangés. En revanche, vous pouvez être horrifiés par la simple mention d’un héros cruel vis à vis de l’héroïne et refuser d’ouvrir un tel livre. Là aussi, chacun est libre. Lire un thriller gore ne fait pas de vous un psychopathe en puissance. Se passionner pour un psychopathe dans un roman, ne dit pas que vous les aimez dans la vie, ni que vous êtes attirés par eux.
  • L’attrait pour ce genre peut conduire à en vouloir toujours plus, à exiger de plus en plus de violence, de plus en plus de situations limites. Or, le genre a aussi ses limites. Il y a un moment de bascule où le héros devient amoureux, que ce soit crédible ou pas.

 

On lit de la Dark Romance parce que c’est sans doute les conditions les plus hostiles pour que se développe une relation amoureuse. Tout est exacerbé, tout est d’une intensité extraordinaire donc cela provoque un flot d’émotions très vaste allant de l’horreur à la pitié.

La Dark Romance, c’est l’amour qui naît, en dépit de tout,  sur un champ de ruines, sur un terrain calciné, sur une terre si aride, si stérile qu’il ne devrait rien y pousser.

Cela peut évidemment faire rêver, fasciner, émouvoir…. ce que la romance cherche souvent. Il existe de plus en plus de textes en français. À vous de trouver si ce genre vous plaît, ou pas et ceux que vous préférez là-dedans.

6 Comments

  • Belinda 1 février 2017 at 13 h 37 min

    MERCI ! Je n’ai pas d’autres mots que merci pour cet article … Je l’ai attendu et je suis ravie de voir qu’une autre personne que moi a constaté que cette branche commence à s’infiltrer dans le marché européen ( France, Belgique,…).
    Je te rejoins sur la plupart des points et j’ai hâte de voir comment cette romance sera écrite par nos auteurs.

    • Sylvie Gand 1 février 2017 at 18 h 00 min

      pas eu beaucoup de temps ces derniers temps et ça devient plus très clair cette notion de dark romance!

  • Evenusia 2 février 2017 at 20 h 50 min

    Merci pour cet article qui éclairera celles qui se posent la question de savoir où se posent certaines limites. En français j’ai lu La Cage Dorée, en dark romance bien bien dark. Bien fichu, bien écrit mais avec une suite de descriptions un peu dures à lire. Je suis, comme Belinda, sûre qu’il y aura d’autres auteurs qui vont émerger de ce courant. Et aussi comme tu le soulignes si bien qu’il y en aura qui vont s’indigner ! ça va être drôle 😀

    • Sylvie Gand 3 février 2017 at 7 h 58 min

      ça s’indigne déjà au nom de la protection des femmes et de tout cela. Mais je pense vraiment que c’est plus une littérature de fantasme. Rêver d’être immobilisé par un mec bien effrayant est un fantasme. Avoir des fantasmes n’est pas un problème, je pense. je suis bien plus gênée quand une romance se situe dans un monde très contemporain, celui qu’on peut connaître et montre des femmes acceptant n’importe quoi d’un mec. Mais même dans ce cas-là, je ne pense pas que c’est une façon d’encourager la soumission pu alors les jeux vidéos violents pousseraient aux meurtres…

  • Hibana 25 juillet 2017 at 7 h 00 min

    Un excellent article, et une analyse très juste. Je lis parfois du Dark, peu, car il faut un sacré talent pour en écrire. C’est un sujet casse-figure par excellence.

    • Sylvie Gand 25 juillet 2017 at 10 h 05 min

      En effet, pour bcp cela sombre dans le glauque et la surenchère. Après chacun a ses limites. Et je comprends très bien que ça ne soit pas la tasse de thé de to
      ut le monde.

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