Vicious – Sinners of Saint – 1 de L.J. Shen

1 janvier 2017

J’ai une sympathie toute relative pour les sales types, les connards dans la romance car si ce type de héros est brillant, il faut un auteur au style impeccable, inspiré pour sauver le personnage, pour lui apporter tellement de nuances qu’on tombe amoureuse, comme l’héroïne, d’un homme qui n’est pas le prince charmant, loin de là. Il est tellement blessé et traumatisé qu’il ne sera jamais totalement un homme comme les autres. C’est le cas de Baron Spencer Junior, surnommé fort justement Vicious voire Vic.

Une petite nouvelle a déjà été publiée pour présenter la bande de quatre ado, quatre garçons pratiquement tous issus de couches aisées de la population d’une petite ville de Californie du sud. Vicious est l’un d’entre eux. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la nouvelle pour découvrir ce roman ; elle s’attarde toutefois sur l’histoire de l’un des garçons avec une prof de ce lycée.  Nous reviendrons, grâce à des flashbacks sur la vie des adolescents et sur ce qui s’est passé alors entre Vicious et celle qu’il surnomme Help ( on pourrait peut-être dire La Bonniche étant donné qu’elle est la fille des employés de la maison de ses parents). Help s’appelle en réalité Emilia. Nous suivrons le couple essentiellement dix ans après leur séparation et dans un tout autre lieu, New York. C’est là qu’Emilia a fini par s’installer, à cause de Vicious, avec sa petite sœur, Rosie, qui souffre d’une grave maladie pulmonaire. Emilia et Rosie vivent mal, ont besoin d’argent et c’est comme ça que Vicious, lorsqu’il va retomber par hasard sur Emilia, va la contraindre à le suivre dans ses projets. Emilia a déjà beaucoup souffert à cause de lui, il a changé sa vie aussi. Tout cela  a été terriblement injuste et ressemble aux résultats d’un harcèlement d’une jeune fille sans pouvoir et sans argent face à un garçon trop riche et trop puissant. C’est bien plus compliqué que cela en réalité.

Le roman n’est pas simplement une histoire d’amour même si celle qui unit Vicious et Emilia est remarquable. C’est celle d’une vengeance, d’un plan soigneusement ourdi par un homme de vingt-huit ans qui a caché à tous les failles familiales et les drames qu’il a subis ou dont il a été témoin. L’histoire est lourde et grave, parfaitement cohérente, ce qui n’est jamais totalement le cas dans les romances complexes comme celle-ci. Vicious agit pour de bonnes raisons selon ses propres critères moraux. C’est un personnage absolument remarquable et totalement unique. On peut s’interroger jusqu’au bout du roman sur son équilibre mental, sur le fait qu’il a subi des traumatismes si profonds qu’il sont impossibles à dépasser. C’est la limite que je donnerais à ce livre qui m’a captivée de bout en bout : la conclusion de l’histoire de Vicious et Emilia tient peu compte de ce détail qui n’en est pas un. Vicious est méchant, insensible, cruel et résolu. Il ne comprend pas très bien ce qui le pousse vers Emilia et mettra longtemps à interpréter cette obsession mais l’auteure réussit brillamment à nous montrer la complexité des rapports des deux héros. Car Emilia n’est pas une totale victime. Elle est très forte et ne craint pas, comme beaucoup, Vicious et ses failles même quand elle n’en a pas totalement connaissance. Leur histoire longue, pénible, est à la fois prévisible et inattendue, belle et cruelle. On comprend totalement l’attraction et la répulsion que peut  exercer un homme comme Vicious et c’est là que réside toute la difficulté avec ce genre de héros. Jamais il n’est totalement détestable. L’auteure pour montrer leur opposition totale va jusqu’à les différencier dans leurs façon de s’habiller. Emilia a les cheveux mauves, portent des leggings avec Rudolf dessus. Vicious a le charme redoutable des hommes qui portent superbement le costume.

Le talent de l’auteure est brillant, elle maîtrise une intrigue pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Elle écrit des scènes sensuelles très belles, elle a surtout un sens des dialogues qui donne l’impression qu’on ne lit pas pour la énième fois ce genre d’histoire.

Le tout se déroule dans un contexte riche, celui de l’art que pratique  Emilia mais également de l’entreprise que les quatre ado ont monté, une fois adultes, une sorte de société de conseil financier. Il est évidemment que les prochains romans porteront sur des personnages secondaires qui ont déjà de nombreuses caractéristiques. Tous sont riches et imparfaits à leur manière. Ils vivent chacun à un bout des Etats-Unis ou en Angleterre. Une fois de plus, la complexité de la personnalité des personnages est frappante.

L’auteure excelle dans ce genre intermédiaire qui confine à la dark romance ou en est une des nouvelles branches. Nous ne sommes pas dans les limites très noires qu’on peut trouver dans ceux qui évoquent le syndrome de Stockholm par exemple mais dans une zone plus grise, plus réaliste aussi, comme ici, lorsqu’on évoque le harcèlement qu’une personne peut faire subir à une autre. La force de L.J. Shen est de nous faire aimer ses personnages, de nous faire dépasser le rejet qu’ils suscitent au départ et de les faire exister sans les faire trop changer, sans les trahir et les transformer. C’est un vrai défi à relever, réussi quasi parfaitement ici.

Wrap Up

  • 9.5/10

Pros

Cons

2 Comments

  • Evenusia 1 janvier 2017 at 23 h 05 min

    Il me tentait beaucoup celui ci et avec ton avis je vais le lire vite ! Sympa de commencer l’année par un presque coup de cœur.

    • Sylvie Gand 2 janvier 2017 at 7 h 39 min

      Auteure super intéressante. À suivre…

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