La délicatesse du homard de Laure Manel

27 décembre 2016

Quelle jolie et touchante romance que La délicatesse du Homard. Si ce titre vous paraît un peu mystérieux, il s’expliquera très bien par la lecture du roman et je vous laisse découvrir toute sa subtilité.

Cette très jolie et sensible histoire est racontée à deux voix par le héros et l’héroïne. Elsa, dont le vrai prénom est en réalité Axelle va venir littéralement s’échouer en Bretagne, sur un plage, à proximité de la maison et du centre équestre de François. Il va découvrir cette femme dont on ne sait pas exactement qui elle est ni ce qu’elle est venue faire sur ce bout de plage. Il se doute bien qu’elle n’est pas au mieux de sa forme mais il va la recueillir instinctivement ( François, nous le verrons est un homme d’instincts! ). Il fait entrer ainsi chez lui une femme au bout du rouleau dont il ne sait rien. Lui-même a une histoire lourde et s’est reconstruit autour de son travail, un centre équestre, ses amis, sa famille, quelques femmes qui traversent sa vie, mais c’est un solitaire. De façon prévisible mais néanmoins très convaincante et touchante, François et Elsa vont s’apprivoiser et se soigner l’un l’autre. Tous deux vont nous raconter ce qui leur est arrivé à tour de rôle, dans des chapitres assez courts qui alternent leur point de vue.

On plonge très vite dans cette histoire volontairement écrite dans un style ultra-simple, presque parlé. Les deux personnages interpellent tout de suite par leur vulnérabilité, par la douleur qu’on sent poindre sous les mots. L’auteure distille les informations avec lenteur et prudence. Et il y a beaucoup à apprendre car l’histoire de ces deux personnes est particulièrement horrible, surtout celle d’Elsa. Depuis le début de sa vie, elle a connu les situations les pires que l’on puisse imaginer et il est clairement facile à comprendre pourquoi elle a voulu, un beau jour, renaître ailleurs.

Le livre est très intelligent et évoque des sujets graves qu’on  aborde peu la plupart du temps : la filiation et le poids des erreurs du passé, même celles que l’on n’a pas commises soi-même mais que l’on paye ; l’histoire qui se répète, la difficulté de perdre certains êtres de sa vie, la parentalité toujours compliquée… L’histoire très lourde des héros permet évidemment de tout évoquer. Très honnêtement, c’est presque trop et l’on comprend le temps qu’il faut à Elsa, surtout elle, même si François a son propre chemin pour émerger.

Et ils vont beaucoup s’apporter l’un l’autre. L’auteure a la finesse de construire leur relation avec minutie, lenteur, précaution. Ces deux écorchés vifs ont besoin de temps et peu à peu, à petite touche, François s’intéresse de plus en plus à cette femme, la première depuis longtemps. Elsa fait de même, avec lui. Ils sont tellement rouillés qu’ils ne reconnaissent pas forcément ce qui leur arrive et c’est le lecteur qui sourit en coin devant l’évidence. Mais cette relation offre de très jolis moments de confort, de réconfort, d’attention profonde à l’autre. On voit cet amour partir de rien du tout pour éclore sur un terrain qui pourtant semblait totalement stérilisé par le malheur. C’est très émouvant et riche d’espoir.

Le tout se déroule avec la Bretagne en guise de décor, la plage, les oiseaux, les rochers et le vent. J’ai beaucoup aimé l’évocation de cette région, la façon dont l’auteure en parle, à quel point ce finistère, dans le sens premier du terme, c’est à dire la fin de la terre, est une façon pour Elsa de se donner sa dernière chance de vie. C’est un très beau symbole et une image porteuse d’espoir elle aussi. Il y a également les chevaux qui font si peur à Elsa au départ et qu’elle va apprendre à aimer en même temps qu’elle trouve sa place aux côtés de François.

On peut peut-être déplorer l’avalanche de malheurs que les héros ont dû traverser mais on oublie tout cela car le roman reste positif et n’est jamais plombant. François est un personnage délicieux, plus léger qu’Elsa qui a besoin de se réparer avant toute chose. Son infinie patience, sa maladresse touchante, sa tendresse et sa générosité vis à vis de celle qui a besoin de lui sont impressionnantes et marquent durablement. Quant à Elsa, elle a plié mais jamais rompu. Joli message aussi.

J’aurais peut-être aimé un livre au style plus recherché également mais il y a de très belle formules, des expressions très bien trouvées qui montrent que l’auteure a de la ressource dans ce domaine. Je vais explorer les autres livres de cette auteure auto-éditée qui remporte actuellement un joli succès, très mérité.

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