It ends with us de Colleen Hoover

7 décembre 2016

Je parlerai assez peu du contenu de ce roman de Colleen Hoover car je pense qu’il vaut mieux l’ouvrir sans trop en connaître le sujet, ni le contenu, ni la construction. Sachez simplement qu’il ne s’agit pas d’une romance classique, construite comme vous en avez l’habitude et peuplée de scènes que vous avez déjà lues quelque part, sans doute en moins bien d’ailleurs, car c’est de Colleen Hoover dont nous parlons ! Le sujet central est la violence conjugale et là non plus je n’en dirai pas plus, sinon que je pense que beaucoup d’hommes ( et je les cite en premier parce qu’ils sont concernés au premier chef ) et de femmes devraient lire ce magnifique récit. Si vous voulez comprendre ce que cette expression signifie, le roman vous aidera.

Ce n’est pas un roman pédagogique même s’il nous apprend beaucoup mais une analyse d’une extrême intelligence et sensibilité de ce sujet, abordé à travers l’histoire mêlée de trois personnages principaux, Atlas, Ryle et Lily. Cette jeune femme a été confrontée dès son enfance à la violence conjugale à travers l’exemple de sa propre famille. Elle grandit avec ce poids, ce souci permanent et dans les années si formatrices de l’adolescence, cela aura un impact profond sur ses choix de vie, les hommes et beaucoup de choses. Mais elle va aussi croiser le chemin d’Atlas, un jeune homme SDF et plus tard, Ryle.

Le roman va s’attarder sur la vie de Lily, sur ses choix amoureux et personnels. Elle, qui porte un nom presque prédestiné, est fascinée par le jardinage et les fleurs. Cela jouera un rôle important dans son existence. Il y a les hommes de sa vie aussi, au sens large, son père, Atlas, Ryle. Il y a l’amour, les drames, la tristesse, les moments de poésie intense qui nous sont offerts.

Colleen Hoover raconte cette histoire avec unes sensibilité bouleversante. À la fin du livre, dans une postface superbe, elle explique à quel point le sujet la touche personnellement et c’est sans doute le moment le plus émouvant. Mais ce qui ressort est l’intelligence et l’émotion qu’elle a mis dans son écriture. Son talent immense lui permet de mettre des mots sur ce qui se passe, de nommer chaque émotion, d’expliquer chaque élément. Elle parvient, ce qui doit être, à mon avis, le but de tout écrivain, à transmettre totalement, ce qu’elle veut dire et ce que ces personnages signifient. On est donc en direct avec les émotions et les évènements, ce qui touche évidemment profondément mais également donne une démonstration particulièrement limpide, lumineuse d’évidence du processus de la violence, en général et dans un couple. Et tout cela, sans émettre aucun jugement, sans mélodrame, sans manichéisme, sans volonté de généraliser et sans condamner.

Parfois une phrase passe et elle interpelle. Ce n’est jamais d’une intelligence renversante mais c’est juste très vrai. Ainsi, un personnage dit qu’il n’y a pas de mauvaises personnes, juste des gens qui font parfois de mauvaises chose. Une évidence ? Oui mais c’est tellement éclairant sur le mal qu’on peut nous faire parfois ou qu’on peut faire aux autres.

Ce livre, c’est juste cela, un condensé d’émotion et de finesse. Parce qu’il y a ce que les personnages traversent, le sujet principal qu’elle aborde mais il y a aussi ces détails apparemment inconséquents mais tellement bien trouvés et révélateurs comme le fait que la jeune Lily écrit un journal qu’elle adresse, faute de mieux et d’interlocuteur direct, à Ellen de Generes, qu’elle affectionne particulièrement. C’est amusant, touchant et génialement trouvé pour démontrer la solitude de Lily mais paradoxalement, le fait qu’elle n’est jamais seule. Il y a une foule de détails de ce genre.

Et puis il y a l’amour, car la violence n’y est pas forcément si étrangère. Il en est beaucoup question et même de romance dans ce livre mais pas de façon classique du tout. L’amour est là, tout le temps et absolument magnifique. Certains détails de la vie sentimentale de Lily sont à couper le souffle. L’amour qu’un homme peut lui porter, la dévotion que cela implique, la passion, sont superbement évoqués. Mais il est dit tellement dans ce livre que cela arrive presque silencieusement, subrepticement, comme une cerise sur un somptueux gâteau. Il est également question de l’amour entre mère et fille, de la transmission, de l’héritage qu’on doit gérer, assumer, dépasser.

Je pourrais continuer longtemps. Ce livre emporte, convainc totalement et aborde un sujet difficile d’une façon inattendue et profondément utile. Il y a, au-delà de l’émotion, des leçons, une inspiration à tirer de ce roman. Je ne sais pas si, comme on le dit, c’est le meilleur livre de Colleen Hoover ( jusqu’au prochain ?!) mais il est est proche de la perfection. Même si on a envie de discuter certains des choix des personnages et qu’on reste frustrés parfois de l’envie d’en savoir plus sur certains personnages, il n’aurait pas pu être écrit autrement.

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