Les relations taboues dans la romance

20 novembre 2016

Parmi les thèmes les plus efficaces de la romance, il y a le « forbidden love », la relation interdite, du moins en théorie, celle qui ne devrait pas aboutir car elle est condamnée par la société, la loi aussi, et pose un problème moral, judiciaire ou autre.

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Une relation interdite plus rare, celle d’un homme avec la meilleure amie de sa fille.

Pour expliquer un peu ce thème très efficace, je prendrai des exemples dans trois romances contemporaines en vo que j’ai lues récemment. Elles illustrent bien le mouvement avec un exemple hyper banal et d’autres plus rares. Il y en a beaucoup d’autres bien sûr mais ils sont très évocateurs.

La première question est de se demander pourquoi ces schémas sont aussi recherchés par les lectrices. La réponse est assez simple. C’est sans doute un problème de transgression. Au plaisir de la découverte de l’autre, de l’amour qu’on se découvre pour lui, de l’alchimie qui existe entre deux personnes, il y a l’interdit, le fait que la société ou la loi s’y opposent ou trouvent cette relation scandaleuse. Au-delà de la difficulté de construire une relation, il y a à vaincre les préjugés ou plus encore. C’est toi et moi contre le monde entier, toi et moi qui dépassons les limites que la société impose. Cela apporte un plus à la relation amoureuse classique qui peut se comparer au frisson qu’on éprouve en lisant un polar ou un film d’horreur quand les personnages prennent des risques.

Cela induit aussi une relation secrète, menacée, qui peut être détruite pas les autres en un clin d’œil, condamnant des amants heureux à se séparer. C’est l’amour contre la raison, contre la loi, contre les autres. Les grands mythes, les légendes et les histoires d’amour qui ont défié le temps sont basés souvent là-dessus. La romance fait bien se terminer des relations qui ne devraient jamais pouvoir se développer et encore moins aboutir.

Les auteurs multiplient alors des scènes typiques de ce thème comme :

  • La rencontre secrète, sous le nez des autres, ou juste un peu plus loin dans un lieu que seuls les amoureux connaissent.
  • Les signes de connivence, encore une fois sous les yeux des gens, les petits effleurements, les regards échangés qui en disent tellement longs lorsque les amants ne peuvent pas l’exprimer vraiment.
  • Les disputes ou séparations inévitables car le risque est trop grand.

Est-ce efficace? Terriblement !

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La relation interdite, la plus banale, celle d’un prof et de son élève.

On retrouve pas mal de relations interdites, elles évoluent selon l’époque où l’on vit et la romance se tient à prudentes distances de certaines. Il y a aussi de véritables désastres car comme dans d’autres genres de la romance, on peut tomber dans le très glauque aussi si l’auteure n’a pas la talent nécessaire. Et comme certains de ces thèmes touchent des éléments profonds de notre psyché, cela peut donner naissance à des textes assez malsains. Donc, il faut être prudent dans ses choix. Mais cette précaution prise, on peut avoir de fascinantes lectures.

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Encore plus rare, la relation d’un psy et de sa patiente.

 

La plus classique de cette relation tabou est celle qui peut exister entre un prof et son élève. Dans l’immense majorité des cas, c’est un prof homme qui va séduire ou se laisser séduire par une élève ou une étudiante. Cette relation est largement condamnée moralement aux Etats Unis et en France. La romance évite soigneusement de choisir un protagoniste mineur mais la plupart des écoles et universités américaines ont une règle stricte ne permettant pas à des profs et des élèves de tomber amoureux. C’est une loi plutôt sage qui permet de protéger l’un et l’autre. Un prof peut harceler un élève et vice-versa. Mais, parfois, et cela peut-être tout à fait sincère et beau, une relation peut commencer comme cela. Nous connaissons tous des exemples y compris parmi d’anciens ministres ! On trouve énormément de textes reprenant ce thème, d’une qualité inégale et assez répétitifs. Les obstacles à franchir sont toujours les mêmes et la construction du livre en souffre.

La seconde est celle qui peut se dérouler entre un homme plus âgé et une jeune fille qu’il rencontre par le biais de ses propres enfants. Voilà un autre cliché social : celle mettant en scène un homme mûr, en pleine crise de la quarantaine/cinquantaine ou plus et qui se retrouve tourneboulé par une jeune fille en fleur, elle-même perturbée par ses hormones. La romance essaye alors de démontrer qu’en dehors de ce cliché malheureusement parfois vrai, il peut y avoir une vraie, belle et profonde relation amoureuse. Ce thème est riche, il permet souvent de voir comment l’entourage souvent très choqué réagit, en premier lieu les enfants du héros. Non seulement, cela est mal vu mais la différence d’âge vient s’ajouter à l’interdit. En anglais, on parle de liaison May/December , c’est à dire de deux amoureux qui ne sont pas dans la même période de leur vie. C’est un autre type de romances d’ailleurs. Bizarrement, on considère encore assez choquante cette différence d’âge dans notre société alors qu’elle est relativement banale. Là aussi, les auteures prennent bien la précaution de choisir des protagonistes majeurs. Et une fois de plus, c’est souvent le père et la copine jeune d’un enfant et non l’inverse. Mais cela vient sans doute du fait que beaucoup de lectrices s’identifient bien plus dans ce schéma.

Un des plus gros tabous et qui pose encore le plus de questions, est la relation interdite entre un patient et son médecin, particulièrement si c’est un psy. Et là, non seulement, la société l’interdit mais également la déontologie et le bon sens. Comment apporter de l’aide à un patient dont on est amoureux ? Dans ce type de romances, la liaison doit en tenir compte. Cela peut coûter fort cher au patient à son médecin. Et si un héros est un héros, il ne peut pas se laisser aller à une telle incartade. Il faut donc tourner autour et sortir de la relation patient/médecin. Mais c’est riche aussi. Un peu comme dans le syndrome de Stockholm, on peut alors parler de transfert, phénomène parfaitement identifié aujourd’hui qui met en évidence la reconnaissance qu’un malade peut avoir envers celui qui le soigne. Ce genre de romances est encore assez rare et le type de scénario relativement restreint forcément. Est-il nécessaire d’ajouter que le médecin est le plus souvent un homme et la patient, une femme ? Il y a souvent une différence d’âge également, soulignant que ces relations sont inégalitaires, dissymétriques, entre un personnage d’autorité, de pouvoir et un autre qui est en position de faiblesse.

Il y a beaucoup d’autres exemples et parmi ceux-là, il y a celui qui a connu le plus de parutions récemment, au même titre que celui de prof et élève, c’est la relation entre un demi-frère et sa demi-sœur. Ils ne partagent pas de liens de sang la plupart du temps dans la romance mais il y a des rares exceptions. La quantité de titres parus y compris en France est impressionnante. De notre point de vue, c’est vaguement glauque mais pas forcément tabou mais aux Etats Unis, dans plusieurs états, le fait que les parents soient mariés suffit à qualifier d’inceste une telle liaison, même si aucun lien de sang n’existe. Comme il suffit qu’il n’y ait pas mariage ou que celui-ci disparaisse, le côté tabou est vite oublié. Mais on retrouve là, une histoire qui plaît et la plupart se ressemblent beaucoup également. Il y a en tant, copiées les unes sur les autres, qu’il n’est pas forcément intéressant d’en lire plusieurs ! Si il existe un réel lien de sang, évidemment, c’est différent, je recommande d’ailleurs de lire la nouvelle de Juliette Di Cen, Trop proche de toi, qui reprend cette idée.

D’autres relations taboues existent : celle du patron et de son employé même si elle est d’une telle banalité qu’on ne la voit plus comme cela du tout maintenant ; toutes celles mettant en scène un personnage qui a du pouvoir sur un autre ou ceux appartenant à des camps opposés. Un des domaines où la romance ne s’aventure pas trop, c’est l’adultère. Plus que taboue c’est une relation qui révulse. Mais d’une part, cela ne va pas très bien dans une romance, les lectrices étant très réfractaires à ce schéma mais en plus, c’est assez banal dans la vie quotidienne pour ne pas trop faire rêver, la victime ou le coupable sortant peu grandis de l’expérience.

Voilà en tous cas, un petit échantillon des thèmes les plus sulfureux de la romance. Attention qui dit histoire d’amour dit forcément une version plutôt sage du tabou donc pas de panique !

 

 

 

 

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