Les « vrai » ou « faux » de la New Romance

24 octobre 2016

nrCe n’est pas la première fois que j’écris un article sur la New Romance mais ce genre a connu tellement de bouleversements ces dernières années qu’il est parfois difficile pour les lecteurs/éditeurs/libraires ( la liste n’est pas exhaustive) de savoir exactement ce que ce terme recouvre. Pour éviter un long article ennuyeux, truffé de définitions, voilà un petit quizz sur la base du « vrai » ou « faux » qui peut être instructif.

 

 

 

1) Le terme de « New Romance » vient des États-Unis et a été inventé par un éditeur américain.

Faux ! Malgré sa consonance anglo-saxonne, cette expression a été créée par un éditeur français qui en a déposé la marque. Ce n’est pas la première fois que cela se produit et l’expression est particulièrement bien trouvée puisqu’elle a permis de qualifier tout le mouvement de romance contemporaine qui a explosé ces trois dernières années, environ.

2) Le New Adult, c’est de la New Romance.

Vrai! Du moins, c’est globalement vrai. Le New Adult ( NA) est apparu dans la romance anglo-saxonne et a désigné un très intéressant mouvement né aux alentours des années 2010-2011, dans l’auto-édition ( les éditeurs classiques ne s’intéressaient pas trop à ces manuscrits). Il s’est caractérisé par plusieurs éléments: les auteurs étaient toutes des jeunes femmes, elles créaient des héros plutôt jeunes avec des problématiques assez graves et typiques ( sortie de l’adolescence, découverte de la vie sexuelle, professionnelle, règlements des problèmes avec les parents, la famille…). Il a connu un succès fulgurant et immédiat qui créé un mouvement plus large qui s’est généralisé depuis. Mais la New Romance englobe ce genre et s’est élargie.

3) Le Young Adult (YA) est donc une autre forme de New Romance.

Faux, là aussi, globalement. Il y a quelques exceptions mais le YA n’a pas forcément une romance au coeur de l’histoire. Les héros sont en général plus jeunes et les thématiques sont assez différentes. Mais surtout, ce genre apparu dans la lignée de Harry Potter (il y a donc souvent un monde paranormal, des dystopies, pas forcément une évocation de notre monde contemporain), est garanti sans détails sexuels. Aux US, il était inconcevable que des enfants ( des lecteurs de HP, par exemple), découvrent des scènes de sexe dans leurs romans. Ce n’est pas la seule différence, mais elle est majeure encore aujourd’hui, le YA et le NA se distingue, car il n’y a pas de sexe explicite dans le YA. Le NA a peut-être été engendré par le YA, car justement, certains romans, parlant d’une histoire d’amour, sont restés très prudents concernant le sexe. Twilight, un YA, a vu un nombre incalculable de fanfictions fleurir pour combler l’envie des fans de lire des détails sur Edward et Bella et leur amour dans toutes les acceptions du terme. Donc, non le YA, n’est pas de la New Romance.

4) La New Romance est donc forcément érotique.

Faux ! Le sexe est toujours explicite dans la New Romance mais les auteures s’expriment selon leur sensibilité, leurs propres limites. Il peut y avoir des détails très crus, très graphiques ou pas. Le sexe peut être abordé de façon très différente mais il est toujours évoqué. De ce fait, la New Romance a presque englobé la romance érotique comme elle a englobé le NA. Quelles différences claires existent-ils entre une romance érotique et de la New Romance ? Difficile de le dire maintenant même si certains sujets sont en général pas abordés dans le New Romance; Ainsi, les pratiques sexuelles telles que le polyamour, la domination ou d’autres, restent encore classifiés dans la romance érotique mais parfois les limites sont bien minces.

5) La New Romance, c’est donc du mommy-porn!

Impossible de conclure… Pour cela, il faut admettre que les mommy-porn existe. Est-ce qu’un livre avec des scènes d’amour explicites est du mommy-porn ? Alors, oui c’est le cas. Est-ce que cela signifie que c’est du porno ? Pas du tout. Est-ce que les lectrices qui adorent ce genre de lectures sont des frustrées/mal baisées/adeptes du fantasme du viol ? Pas forcément… Eh oui, les clichés ont la vie dure et qualifier la New Romance de mommy-porn, c’est la renvoyer dans sa case honteuse et mal considérée donc évitons cette expression !

6) Le New Romance est donc destiné à un public plutôt jeune ( mais pas adolescent).

Faux! La New Romance peut plaire à tous les âges. Globalement, les héros sont assez jeunes, mais ce n’est pas toujours le cas. Le poids du NA dans ce genre fait qu’il y a, en effet, pas mal de couples très jeunes mais les auteurs explorent d’autres âges de la vie. Il y a très peu de personnages au-delà du milieu de la trentaine toutefois. Mais le lecteur peut, lui, avoir n’importe quel âge. Même si la lecture est identificatrice dans ce genre, une femme plus âgée peut très bien s’imaginer, de nouveau, en jeune étudiante/jeune maman/jeune femme. Ce n’est pas très compliqué et plutôt gratifiant.

7) La New Romance est donc destinée à un public féminin essentiellement.

Vrai ! Mais elle ne demande qu’à conquérir les hommes ! Il est vrai que les descriptions des hommes dans ces romans mettent la barre assez haut. Cela peut leur faire peur ! Plus sérieusement, une légende urbaine dit qu’il y a un lectorat masculin mais très peu de gens ont rencontré un homme lisant de la romance ou alors ils ne le savent pas. L’avouer publiquement est presque aussi facile pour un homme que de parler de son impuissance ou de son éjaculation précoce. Donc forcément… Ceci dit, c’est un genre qui vise un public féminin écrit par des femmes.

8) Finalement la New Romance c’est de la romance contemporaine, comme on en fait depuis des lustres.

Faux! La New Romance est… nouvelle ! La romance contemporaine existe depuis longtemps et a connu de grands moments mais elle avait des caractéristiques qui avaient sans doute vieilli quand la New Romance a débarqué. Des Susan Elizabeth Phillipps, Jill Shalvis, Robyn Carr, Rachel Gibson… ont toujours beaucoup de talent mais elles ont émergé dans les années 90 ou 2000. Leurs thématiques sont celles des femmes jeunes de cette période. En gros, les nouvelles auteures ne devaient pas se reconnaître dans leur approche de la romance. Les éditeurs ne les suivaient pas, d’ailleurs, continuant à rechercher des histoires avec des femmes un peu plus âgées, confrontées à des problèmes différents. La New Romance, propulsée par quelques gigantesques succès d’édition, par l’arrivée de nouveaux moyens de publication ( plateforme gratuite d’écriture, auto-édition, liens directs avec les lectrices par l’intermédiaire des réseaux sociaux…) a complètement renouvelé le genre.

9) Les thèmes de la New Romance sont pourtant assez classiques et déjà vus.

Vrai! Vous retrouvez des ressorts dramatiques, des thèmes, des rebondissements lus depuis des dizaines d’années dans la romance comme la rédemption par l’amour, le bad boy et la gentille héroïne, le grossesse accidentelle, les héros qui tombent amoureux du frère ou de la soeur de leur meilleur ami… Tout cela a déjà été écrit. Tout a déjà été écrit mais il demeure d’infinies possibilités de tisser les histoires, d’enrichir un contexte, de faire réagir les personnages. Ce genre est très en phase avec notre époque et s’inspire des femmes de notre époque. Elles réagissent comme nous ou plutôt comme nous souhaiterions parfois pouvoir réagir.

10) La New Romance, c’est toujours la même chose.

Vrai et faux! Oui, les thèmes à la mode sont peu nombreux: le sportif, le chanteur, le bad boy, le tatoué… Cela tourne un peu en rond et il faut beaucoup de talent pour s’en sotir avec cela mais certaines y parviennent. Et puis la New Romance est née en repoussant quelques codes, quelques limites, que la romance impose. Elle continue à se développer, à évoluer à chaque parution. Aujourd’hui, on peut revendiquer écrire une New Romance et voir son histoire mal finir ce qui était totalement inconcevable il y a peu de temps encore. Cela remet en cause d’ailleurs ma propre définition de la romance qui implique une fin heureuse, ce qui est peut-être la dernière vraie limite du genre. La romance peut se développer dans tous les milieux, dans des atmosphères drôles, sexy, dramatiques, mélodramatiques, émouvantes… Les choix sont infinis et chacun peut y trouver son compte.

Si vous comptez un point par « bonnes » réponses, quel score avez-vous atteint ?!

Pour conclure, je rappellerai que l’on peut nommer le phénomène comme on le souhaite. « New Romance » est très commode car suffisamment large pour englober toutes les innovations récentes autour du genre « romance ». Cela a permis à la romance, notamment contemporaine, de sortir, un peu, de son ghetto. Le mépris, la moquerie ( mommy-porn…), l’ignorance dédaigneuse continuent à  exister malheureusement. En cela, il n’y a donc rien de « new ». La seule différence, et elle a son importance, est l’argent généré par le genre. Il était loin d’être négligeable aux US mais insignifiant chez nous. Mais cela n’est plus le cas, d’où l’intérêt de nombreuses maisons d’édition et l’explosion des publications d’origine très variée. Cela est très « new ». Espérons que tout bougera encore car ces évolutions sont passionnantes à observer et pour tout lecteur, c’est souvent un moyen d’accéder à encore plus de moments de plaisir!

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