De la diversité ethnique dans la romance francophone ?

29 août 2016

Ils ‘appellent Cole, Nathan, Zack ou Clément. Elles s’appellent Abbi, Jennifer, Pauline ou Cassandra… Nos héros se ressemblent beaucoup et pas simplement parce que les auteurs se conforment aux thèmes et aux habituels poncifs de la romance. En fait, c’est en lisant plusieurs romances francophones — mais, très sincèrement, la romance anglophone ne fait pas mieux — que je me suis rendue compte qu’elle ne laissait pas beaucoup de place à la diversité ethnique. Alors, attention, il n’est pas question du tout de prendre un ton politiquement correct et de s’indigner de ce fait en réclamant à corps et à cris des quotas ou une forme de discrimination positive qui obligerait, comme ce fut le cas, dans le cinéma américain, d’avoir un représentant d’une minorité ethnique au moins dans le générique. Cela a donné un nombre incalculable, il y a heureusement pas mal de temps, de méchants et de personnages à la mort prématurée ! Cela serait stupide, artificiel et justement… politiquement correct ; la romance l’est assez comme ça.

Non, mais quand on écrit de la romance contemporaine, avec des personnages ancrés dans un présent immédiat, on peut tout de même s’étonner de noter que la romance francophone préfère toujours un contexte particulièrement uniforme, voire carrément anglo-saxon, qui ne risque pas de voir apparaître des personnages issus d’autres continents alors que nous travaillons, vivons, sortons, sommes entourés de personnes bien réelles d’origines ethniques variées sans que cela pose le moindre problème à la plupart d’entre nous ( soyons lucides, ça pourrait poser souci à certains mais je persiste à penser qu’ils sont minoritaires).

 

 

 

kimaniIl est évident que ce choix n’est pas délibéré ni vraiment calculé mais sans doute la résultat de causes diverses et complexes. La première serait peut-être que, justement la romance anglo-saxonne, fait exactement cela et que la plupart de nos auteurs, nourries depuis des années de lectures de ce type n’en ont pas tout à fait l’habitude. Aux US, il y a clairement une délimitation dans la romance. Chez Harlequin, par exemple, il existe une collection spéciale consacrée à la romance afro-américaine. Elle s’appelle Kimani et ne met en scène que des couples afro-américains. Parfois, dans la romance classique, en guise de personnages secondaires, vous pouvez en découvrir, mais c’est très rare. Dans un pays issu de l’immigration mais qui a eu et a encore son lot de problèmes à gérer cette diversité, cette façon de procéder en dit long. Ajoutons que la plupart des auteurs de ce type de romance sont elles-mêmes afro-américaines et que celles qui veulent échapper à ce type de collection, ont plutôt intérêt à choisir des personnages très WASP ( White Anglo-Saxon Protestant, expression américaine soulignant les principales caractéristiques de la population  de la première vague de population issue de l’immigration européenne aux USA). Il existe aussi une romance dite « inter-raciale ». Je me contente ici de « franciser » un mot d’origine américaine. Pas de collection spéciale dans ce cas-là mais ils sont parfaitement identifiables comme tels, par une mention ou dans la quatrième de couverture. Aujourd’hui, dans une romance anglo-saxonne, vous pouvez trouver des personnages qui sont homosexuels, bisexuels mais très peu d’Afro-Américains ou d’Asiatiques. Il n’y a que les Hispaniques qui ont un peu plus de chance mais c’est surtout pour leur charme latin !

 

De façon générale, les héros sont occidentaux ou très occidentalisés et réduits à quelques clichés assez simplistes : l’Espagnol est ombrageux et ténébreux, l’Allemand rigoureux et efficace, le Russe passionné et autoritaire. On ne peut pas parler vraiment de mixité ni de création d’un personnage différent. Parfois, on privilégie un exotisme dérangeant comme cela pouvait être le cas avec les Amérindiens dans certaines romances. En gros, on véhicule des préjugés et on est fort loin de chercher la diversité, bien au contraire.

 

 

 

N’oublions pas l’exemple presque cocasse des romances que l’on trouve surtout chez Harlequin aussi ( mais pas que!) avec des héros arabes mais toujours chefs de leurcheikh petit pays imaginaire, des cheikhs au regard ténébreux, occidentalisés,  souvent aux prises avec les forces conservatrices de leur pays. C’est un contexte totalement improbable mais qui a gardé son charme pour certaines lectrices car ce sous-genre survit malgré tout et l’émergence des monarchies pétrolières du golfe persique ne risque pas de tarir cette source. Quelques romances auto-publiées et traduites de l’anglais ont remporté de jolis succès sur Amazon. Mais on ne peut pas considérer ce type de diversité comme exemplaire étant donné qu’il s’agit de contextes particulièrement aseptisés, qui confinent plus au conte de fée qu’à la fresque sociale.

 

 

 

 

Notre histoire et la façon dont la romance française s’est développée sont a priori très différents donc nous ne devrions pas être bloqués par les mêmes soucis. Alors pourquoi, nous aussi, avons-nous droit à des personnages plutôt blancs, d’origine européenne… ?

Je ne prétends pas connaître toute la romance francophone, et je m’excuse par avance si j’oublie une oeuvre majeure, mais j’ai très peu d’exemples à donner de héros ou d’héroïnes issus de la diversité. Anne Rossi a publié et n’a malheureusement pas terminé une série de romances portant sur un groupe de rock dont le personnage principal du second livre était d’origine africaine et le héros du prochain roman de Jacinthe Nitouche et Fleur Hana est maghrébin. Mais quels autres exemples a-t-on? Ce désert interroge tout de même.

Alors, certes, si on choisit des personnages comme cela, on décide peut-être délibérément d’évoquer des problèmes sociaux ou de discrimination et cela n’est pas très « romantique »? Ou pire, ça serait un sujet qui risque de fâcher ? Je n’en suis pas si sûre. Il me semble que  parler d’un personnage homosexuel, n’oblige pas forcément à se lancer dans le militantisme gay. Cela fait partie alors de la personnalité du personnage et de certains problèmes auxquels il peut être confronté. Et un héros qui abat des montagnes et dépasse des obstacles, il y en a un nombre énorme dans la romance.

Je n’ai pas vraiment d’explication mais à force de lire tout le temps la même histoire: l’étudiant qui rencontre une jolie étudiante avec leurs lots de problèmes assez similaires, le riche milliardaire et l’héroïne plus pauvre qui va lui tenir tête… je me dis qu’un peu de… diversité, dans les deux acceptions du terme, ne serait pas désagréable. Que de fantasmer sur un héros d’une origine ethnique différente permettrait de varier les plaisirs. Que de parler d’une héroïne confrontée à des problèmes ou des envies différentes pourrait être un riche renouvellement du genre.

 

 

2 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *