La romance peut-elle se passer d’une fin heureuse?

25 juillet 2016

HEA or not

Peu à peu, les codes de la romance sautent. Il n’en reste plus guère, sauf peut-être le HEA, Happily Ever After en anglais, c’est à dire la fin heureuse ou le « tout est bien qui finit bien ». Et encore… Plusieurs romances sont sorties ou ont défrayé la chronique ces derniers temps, ouvrant la porte à d’autres, qui ne respectent pas ce principe apparemment intangible. C’est le cas de plusieurs romans adaptés au cinéma ces dernières années, par exemple. Ils se terminent par la mort d’un des protagonistes. Car, en effet, si la romance dévie de cette règle bien établie, ce n’est pas pour voir l’histoire d’amour finir par une infidélité ou de la routine quotidienne, mais bien à cause de la mort de l’un, voire des deux personnages. Seule la mort les sépare, et encore, ce qui reste un grand classique des histoires sentimentales qui ont émaillé la littérature depuis longtemps.

En effet, jusqu’il y a peu, il n’y avait guère de doute que les histoires d’amour finissaient mal en général (comme le dit si bien la chanson). Regardez du côté de Roméo et Juliette, Héloïse et Abélard, Tristan et Iseult… À part dans les contes de fée où l’expression « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » est née et où les héros, après de nombreux déboires, trouvaient la paix dans un amour infini qui portait ses fruits (les bébés), cela se passait assez mal. Mais, si ce n’était pas forcément le cas à l’époque, aujourd’hui, nous savons que ces histoires sont pour les enfants…

Il semblerait donc que la romance s’oriente aujourd’hui vers une inspiration rappelant la tragédie plutôt que le conte de fée. S’agit-il alors encore de romance au sens où nous l’entendons aujourd’hui ? Sans doute pas et, surtout, je ne pense pas que ça vise forcément le même public. Il peut l’être, on peut passer de la romance la plus légère et rigolote à un mélodrame ou une tragédie épouvantable sans que cela pose problème. Mais, à titre personnel, et je ne suis pas la seule, je n’aime pas trop ce type d’histoire. Peu importe l’étiquette qu’on colle à ce genre, à condition toutefois que le lecteur soit averti. La lecture très identificatrice de la romance convient beaucoup moins au mélodrame, car la position est bien moins confortable.

De plus, il semble qu’il y ait de plus en plus de romans qui épousent tous les codes de la romance, conservent même une forme de HEA, sont construits comme une romance, mais n’aboutissent pas à un couple qui finit sa vie ensemble, sur cette Terre, en tous cas. Le HEA est que l’intrigue fait parfois l’impasse du deuil et montre que celui qui a survécu a refait sa vie ou gère l’absence de l’autre correctement ou, plus tiré par les cheveux à mon goût, les « âmes » de nos héros se retrouvent d’une certaine façon, quelque part. Le souci avec ce genre de livres, c’est que l’on croit souvent pendant longtemps lire une romance on ne peut plus classique, pour finir avec le moral sérieusement plombé.

Alors pourquoi ce virage, pourquoi le développement de ce genre de romans, assez rares au départ?

Il est toujours difficile de le dire. Tout d’abord, comme nous l’avons dit, ce n’est pas si nouveau et rappelons que, dès 1970, Erich Segal, scénariste à Hollywood, signe Love Story et que le roman tiré du film (et non l’inverse, pour une fois) sera un bestseller mondial. L’histoire raconte comment un jeune couple d’origine sociale très différente va tomber amoureux et comment la jeune femme va découvrir qu’elle souffre d’une leucémie incurable. Il a fait verser de nombreuses larmes.

Ensuite, il y a sans doute différents facteurs qui se rejoignent.

Le premier est que peut-être une fin où un des héros au moins meurt vous offre vraiment l’éternité. Quand cela finit bien, on ne sait jamais ce qui peut se passer dans les chapitres qui ne sont pas écrits. Il est certain qu’un héros mort le restera (sauf dans le paranormal !). L’amour devient éternel.

D’autre part, ceux qui aiment ce genre de livres disent toujours que c’est magnifique (je coince un peu là, car mourir dans d’atroces souffrances n’a rien de beau pour moi) et que les émotions les ont submergés. En effet, la mort, ce qu’elle représente pour nous, ce que nous en connaissons, tout cela nous terrifie et renvoie forcément à quelque chose de notre vie, plus que l’amour encore. Tout cela conduit à éprouver de puissantes émotions difficiles à égaler… tout en se disant, en fermant le livre, que cela n’est qu’une histoire et que sa vie est pour le moment bien plus agréable.

Et puis, il y a le double syndrome Ghost et Titanic.

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Tout le monde sait pertinemment que Jack va mourir à la fin et que le bateau coule, mais tout au long, on conserve l’espoir irrationnel qu’il survivra, pour mieux pleurer sur le deuil terrible de Rose quand le drame se produit. Et puis, l’histoire est encore plus belle puisqu’elle gardera, magnifiée par le souvenir et le temps, une beauté, une jeunesse que trente ans (et même moins) d’une union heureuse n’ont pas. Jack ne meurt jamais dans la mémoire de Rose.

 

 

 

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Pour Ghost c’est un peu la même chose, avec une petite dimension mystique ou paranormale. Oui, l’être aimé a disparu, mais quelque part, dans une autre dimension de là où il est, il veille la personne aimée. C’est une vision « réconfortante » de la mort, celle qui fait que les héros amoureux ne sont jamais totalement séparés, même par la mort, ce qui est profondément romantique.

 

 

 

Voilà sans doute ce qui plaît dans ce genre de romans qu’il est par ailleurs difficile de critiquer.

Si vous émettez l’idée que vous n’avez pas été ému, vous passez pour un être insensible au cœur plus dur que la pierre. La romance la plus banale et niaise prend tout de suite une autre dimension avec un personnage qui meurt (ce qui ne retire rien parfois à la médiocrité de ce qui précède ce décès). Cela peut en tous cas tenter les auteurs. La romance a, de plus, cette aura de rose bonbon, de facilité, de conte de fée réservé à des décérébrées ou des frustrées, certainement pas la tragédie ni le mélodrame. Le texte devient forcément plus noble, du moins en théorie.

Et puis ne négligeons pas l’époque que nous vivons.

Le rappel quasi quotidien que la mort, par maladie ou d’autres façons, n’est jamais très loin et peut briser tous les rêves et toutes les vies. C’est justement ce que la romance s’attachait à contredire et qui lui vaut cette réputation de facilité, d’irréalisme voire de bêtise.

Malgré tout, je reste très attachée à l’idée de fin heureuse dans la romance. Je peux oublier tous les autres codes mais pas celui-là et j’évite le plus possible ces textes, pour moi, sinistres. Pour ceux qui les aiment, rassurez-vous, il risque d’en arriver d’autres et même de plus en plus car quand quelque chose marche, et c’est le cas, les textes proches ou identiques se multiplient. Préparez vos mouchoirs!

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