Désolée, je suis attendue de Agnès Martin-Lugand

15 avril 2016

désolée je suis attendueIl y a certains livres qui n’ont besoin d’aucun effet particulier, qui s’impose à vous par leur simplicité et leur évidence. Agnès Martin-Lugand sait écrire ce genre de livre. Ce dont elle parle n’est pas loin de nous du tout, elle le fait avec une garde économie de moyens mais elle touche avec une justesse rare le cœur des choses. Le message qu’elle diffuse dans ce roman n’est pas inédit ni révolutionnaire mais il a besoin d’être présenté ainsi. C’est aussi une jolie romance, simple et profonde en même temps.

Yaël est une working girl d’aujourd’hui, une battante, une femme entièrement consacrée à sa carrière, accrochée à son téléphone comme à une planche de salut. Mais Yaël n’a pas toujours été comme ça et si elle est entièrement dévouée à son travail, elle a tout un petit monde autour d’elle, une famille aimante, des amis très proches. Ils ont tous joué un grand rôle dans son passé, jusqu’à un moment. Et puis un jour, parce que rien n’est jamais droit et prévisible dans la vie, les choses vont se dérégler et elle va commencer à se poser bien des questions.

Il est difficile d’expliquer pourquoi mais en quelques lignes, Agnès Martin-Lugand vous entraine dans son monde et celui de Yaël. C’est elle qui nous raconte son histoire et on a vraiment la sensation d’être dans sa tête fort bien faite. Yaël travaille dans une agence d’interprétariat dans le monde des affaires. Nous allons donc plonger avec elle dans ce monde de tension, d’exigence de perfection, d’efforts à toujours intensifier de jour en jour. Le style de l’auteure va s’adapter à l’évolution importante que connaît la jeune femme. Avec des phrases simples, un vocabulaire contemporain, des situations banales de la vie courante, Agnès Martin-Lugand tisse son histoire, distille son message, nous plonge dans le drame personnel de la vie de Yaël.

Tout sonne juste. C’est le genre de livre qui émeut alors que l’auteure ne semble pas chercher à le faire, alors qu’il n’y a pas de drame épouvantable ou de traumatisme indépassable. C’est le genre de livre où forcément, à un moment ou un autre, dans un personnage ou un autre, on reconnaît un peu de soi et de ses propres réactions. Yaël n’est pas seule contrairement à ce que l’on pourrait croire au départ. Les autres, nous les découvrons après. A la froideur robotique succède la chaleur d’un entourage avec des personnages parfaitement trouvés : la grande sœur généreuse et bienveillante, les copains pas toujours indulgents, les neveux et nièces bruyants mais adorables, les hommes qu’on n’a peut-être manqués.

Car le titre est très bien trouvé. L’auteure joue avec cette périphrase : « je suis attendue ». Par qui ? Par quoi ? Et est-ce que Yaël attend de son côté. Entre autres, dans les différents messages du livre, il y a celui-ci. Parfois on se manque dans la vie, on manque un embranchement, on ne voit pas un bras tendu mais on peut parfois avoir une seconde chance.

Au final, le ou les messages du livre ne sont pas si simples que cela, pas plus que l’écriture parfaitement dosée et subtile, qui n’impose rien et suggère beaucoup. L’auteure sait faire filtrer une quantité d’émotions à travers des mots et c’est à cela qu’on reconnaît un talent certain : on sort de cette lecture avec des images dans la tête, des odeurs de Provence ou d’eau de piscine, de tendresse de bras qui enlacent…On a ressenti tout cela avec les personnages.

Agnès Martin-Lugand n’en est pas à son coup d’essai. Elle a capturé déjà pas mal de lecteurs dans les filets de ses mots et ce roman lumineux et fort touche autant que les autres. D’ailleurs, les fans de l’auteure reconnaîtront le clin d’oeil de l’auteure à l’un de ses autres livres, Entre mes mains, le bonheur se faufile. Une autre périphrase subtile…En attendant, dévorez ce livre qui ne devrait pas vous laisser indifférent.

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